Le marxisme et les évangiles (4 – Karl Kautsky)

“La critique de la religion est la condition de toute critique” (Marx).

Nous entamons sur ce blog une série de publications sur la critique des évangiles par les marxistes, à la suite des positions prises dans les années 1840 par les “Jeunes Hégéliens”.

4 – Karl Kautsky

De leur côté, Mehring et Kautsky ont adhéré, en 1885, pour l’essentiel, à la thèse de Bauer qui d’une part met en évidence que nous ne savons rien de certain au sujet de la personne de Jésus, et d’autre part que le christianisme peut être expliqué sans avoir recours à ce dernier.

Des critiques ultérieures, dont celles de Paul Göhre, remettaient en cause, en s’appuyant sur l’existence de nouvelles recherches, les thèses de Bauer en les considérant comme dépassées. Ces critiques conduisirent Kautsky à prendre en compte les recherche les plus récentes ce qui se traduisit d’une part, par un maintien de ces positions antérieures et, d’autre part, par un élargissement de son point de vue. Ces travaux firent donc l’objet d’un nouveau livre, paru en 1908 : «Les fondements du christianisme» (http://www.marxists.org/ archive/kautsky/1908/christ/)

4.1. Les fondements du christianisme

Dans cet ouvrage, Kautsky rappelle qu’il s’intéresse à ce sujet depuis de nombreuses années et qu’il avait publié un essai sur la genèse de l’histoire biblique primitive dans Kosmos en 1883 et un autre en 1885 consacré à la genèse du christianisme dans le Neue Zeit. En 1895, il publie un ouvrage consacré aux précurseurs du socialisme dans lequel il traite également du christianisme primitif. Dans le livre publié en 1908, Kautsky met en évidence qu’il n’existe pratiquement par de sources païennes, datant du premier siècle, qui attestent de l’existence de Jésus, fait surprenant dès lors que l’on prend au sérieux ce qui est rapporté dans les évangiles.

4.2           Les sources païennes

Selon Kautsky, la première mention de Jésus dans une source non chrétienne se trouve dans l’ouvrage de Flavius Josèphe, un historien juif de langue grecque ; intitulé « antiquités judaïques », écrit en 93 après JC. Mais selon les analyses retenues par Kautsky, il s’agit de faux ajoutés par les copistes chrétiens au cours du troisième siècle. Kautsky évalue également une deuxième source, celle de l’historien romain, Tacite. Dans les « Annales », écrites vers 115-117, Tacite mentionne les persécutions des chrétiens et l’origine de leur nom, en la personne du Christ. Mais, selon Kautsky, cette source est elle-même sujette à caution dans la mesure où un historien romain plus tardif ne fait pas mention de ces persécutions. On trouve enfin, une indication similaire dans Suétone qui écrit peu de temps après Tacite et qui dit des persécutions des chrétiens par Néron qu’il s’agissait d’hommes qui se sont donnés une nouvelle et dangereuse superstition. Dans Suétone, il n’est pas fait mention de Jésus et Tacite ne fait que parler de Christ, c’est-à-dire de messie et non de Jésus.

4.3           Les sources chrétiennes

En ce qui concerne, l’analyse des sources chrétiennes, et tout particulièrement les évangiles, Kautsky reprend les critiques classiques qui mettent en doute leur crédibilité. Les évangiles n’ont pas été écrits par ceux dont ils portent le nom. Kautsky retient le point de vue de Bauer : Le premier évangile est celui de Marc, écrit plus d’un demi-siècle après la date assignée à la mort de Jésus et notamment après la destruction du Temple de Jérusalem (70), suivi de Luc, puis de Matthieu. Le dernier serait l’évangile de Jean, écrit au milieu du deuxième siècle.

L’analyse de l’apocalypse (révélation) de Jean montre que le texte aurait été écrit peu de temps après la mort de Néron, donc après 68, car le nombre mystique 666 [1] le désignerait. D’autre part, les analyses ont conduit au dépassement du point de vue de l’école de Tübingen selon laquelle l’apocalypse aurait été écrite par Jean.

Les divergences entre les analyses ultérieures font conclure à Kautsky qui suit Otto Pfleiderer [2], qu’il est très difficile de se faire une opinion définitive et d’isoler ce qui relève du mythe et des faits historiques.

Les évangiles commettent beaucoup d’erreurs factuelles et donc relatent des éléments qui sont faux ou impossibles. Qui plus est, ce qui fut élaboré comme évangile connaîtra ensuite de nombreuses altérations (ajouts comme suppressions) dès lors qu’ils passent entre les mains « d’éditeurs » soucieux de l’édification de la foi.

Beaucoup des dires de Jésus étaient présents avant lui (par exemple, le pater). Au fond, il n’y a pratiquement rien qui puisse permettre d’établir des faits concernant Jésus.

Kautsky en tire donc la conclusion que devant cet état de fait, il est n’est pas étonnant que dans les premières décennies du XIXè siècle des études aient rejeté les évangiles comme source fiable de la vie de Jésus et Bruno Bauer a pu aller jusqu’à nier l’existence de Jésus.

4.4           La synthèse

En synthèse, Kautsky conclut que les éléments factuels disponibles sont au mieux ce que nous en dit Tacite : du temps de Tibère, un prophète a été exécuté et la secte des chrétiens lui doit son inspiration, mais que nous sommes incapables de dire quelque chose de définitif au sujet de ce qu’il disait ou pensait. Il n’a pas pu réaliser ce qu’en disent les relations chrétiennes car sinon, un Flavius Josèphe en aurait abondamment parlé. L’agitation comme l’exécution de Jésus n’attirèrent pas la moindre attention de ses contemporains. Mais s’il était le champion d’une secte, sa figure, dotée de pouvoirs surnaturels, entourée de légendes, acquiert une importance croissante avec le développement de la secte.

Quand la secte s’affermit et devient une église, elle fixera le canon, la liste des écrits chrétiens considérés comme authentiques. Par la même occasion, de nombreux évangiles et d’autres écrits furent rejetés comme apocryphe, hérétiques ou douteux. Leur diffusion est arrêtée quand ils ne sont pas détruits. Les textes restés dans le canon sont eux mêmes harmonisés pour qu’ils aient la meilleure concordance possible.

[1] Le nombre de la bête, bien connu des satanistes modernes. Engels adhérait à cette analyse.

[2] Das Urchristentum, seine Schriften und Lehren, in geschichtlichen Zusammenhang beschrieben. Edition de 1902.

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