1976-2016, regards sur les quarante ans écoulés

En novembre 1976, nous éditions le premier numéro de la revue « Communisme ou Civilisation » (plus loin CouC). Celui-ci contenait un texte de 22 pages intitulé, précisément, « Communisme ou Civilisation » et 19 pages de « thèses complémentaires au n°6 d’Invariance (1969) »[1].

Le petit noyau qui publia cette revue (et qui, pour l’essentiel constitue encore aujourd’hui notre organe collectif Robin Goodfellow) le fit au sortir d’un passage relativement bref par le Groupe Communiste Mondial, en 1975, qu’il quitta rapidement au vu du caractère mensonger de ce groupe qui prétendait se situer dans la lignée du projet de retour à Marx d’Invariance, et qui ne faisait en réalité, dans la pire ambiance de secte, qu’ânonner des formules et des litanies, dans une caricature d’invariance du marxisme qui n’en était que la totale ossification.

Dès le premier numéro sorti, ce petit noyau prit une teneur internationale, puisque des camarades brésiliens rencontrés à Paris organisèrent, une fois de retour et encore sous la dictature des généraux, un petit cercle d’études du Capital de Marx dont une partie s’agrégea à CouC. Même à l’échelle microscopique qui est encore la nôtre aujourd’hui, le travail de restauration programmatique s’effectuait à une échelle internationale, notamment dans des pays de langue latine (Espagne, Brésil, France, puis Mexique), mais aussi en Allemagne (de l’Ouest à l’époque).

[1] Tous ces textes sont disponibles sur notre site www.robingoodfellow.info, rubrique « Archives ».

LIRE LE TEXTE ENTIER (PDF) : 40-anniversaire

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La situation politique au Brésil

Pour lire le texte en entier : Situation-Brésil-juin2016

INTRODUCTION

Les événements politiques qui se sont produits à un rythme accéléré au Brésil,[1] dans un contexte de tension marquée par la polarisation entre ceux qui étaient pour l’impeachment de Dilma Rousseff et ceux qui appuyaient le gouvernement PT, sont des manifestations visibles aussi bien de la crise économique qui frappe le pays depuis quelques temps, que de la recherche par les différentes fractions de la bourgeoisie[2] d’une expression politique plus adéquate pour la représenter au sein de l’Etat dans la situation actuelle.

Ce changement d’attitude de la majorité des fractions de la bourgeoisie vis-à-vis du gouvernement actuel montre de manière éloquente que pour elle le gouvernement de Dilma n’est plus un “bon” gouvernement. Mais, du point de vue de la bourgeoisie, que serait un “bon” gouvernement dans une situation idéale ? La réponse coule de source : ce serait un organe capable de permettre à l’ensemble de la bourgeoisie de gouverner, de garantir la tranquillité des affaires et l’ordre social sur le plan interne, et notamment de s’assurer du soutien du prolétariat, de présenter un visage fort et assuré sur le plan externe, de garantir la sécurité des frontières (bref de défendre les intérêts impérialistes du Brésil) et de favoriser la production du maximum de plus-value, y compris en faisant de la lutte des classes un facteur de rationalisation et de développement de la production capitaliste. Cette situation idéale présuppose que tout ceci se déroule dans une phase d’expansion de l’accumulation qui favorise des relations sociales plus “malléables” et fluides et évite l’éruption de conflits importants. Cependant, le meilleur gouvernement bourgeois – “meilleur” du point de vue bourgeois, évidemment – ne peut pas étouffer la lutte des classes ni les contradictions et les conflits de pouvoir qui se manifestent dans la société.

Les diverses fractions de la bourgeoisie entrent en concurrence pour la production et la répartition de la plus-value produite, qui se décompose notamment en profit, intérêt, rente et impôts. Au sein de cette concurrence, les capitalistes industriels peuvent s’opposer aux propriétaires fonciers, les industriels aux capitalistes du commerce, la bourgeoisie à l’Etat ; les orientations du développement industriel peuvent amener différentes branches à s’opposer entre elles, comme par exemple les lobbies du transport routier face à ceux du transport ferroviaire ou fluvial. L’ouverture et l’expansion de marchés, les outils pour faciliter l’installation d’entreprises, les recours aux crédits sélectifs pour favoriser certains secteurs de l’économie ayant un fort pouvoir de lobbying auprès du gouvernement, etc. sont des mesures politiques qui indiquent le rapport de forces entre fractions bourgeoises, et ses manifestations à travers les représentations (partis) politiques au sein de l’Etat. Naturellement, le puissant antagonisme entre bourgeoisie et prolétariat est toujours présent et s’exprime de manière plus ou moins aigue selon les circonstances. Pour les fractions de la bourgeoisie, la question est celle de la production du maximum de plus-value et de sa répartition, pour le prolétariat il s’agit, sur le plan immédiat, de résister à une exploitation qui tend à être toujours plus importante[3].

Ainsi, le “bon” gouvernement pour la bourgeoisie, est celui qui arrive à maintenir, au milieu de tout cela, les équilibres et la paix sociale. En revanche, les intérêts du prolétariat révolutionnaire sont, eux, totalement inverses. Il a tout intérêt à ce que l’Etat bourgeois se trouve affaibli, que les partis qui représentent les différentes fractions de la bourgeoisie s’affrontent entre eux et se trouvent dans une situation de grande faiblesse pour assurer la conduite des affaires publiques d’un “bon” gouvernement. Le prolétariat, par conséquent, ne peut rester indifférent à l’évolution de la représentation politique du camp bourgeois et à ses difficultés, car elles lui sont favorables. Pour cette raison des événements comme ceux qui secouent le Brésil depuis bientôt deux ans méritent une analyse circonstanciée, du point de vue des intérêts du prolétariat, ce qui ne veut pas dire que ce dernier ait – dans le cas particulier [4]– à apporter son soutien à l’un ou l’autre camp.

Comme nous l’avons déjà dit il y a 15 ans dans notre texte d’analyse sur le “18 Brumaire”,[5] si la lutte des classes détermine les évolutions des partis, alors l’étude de cette évolution constitue un indicateur, même grossier, des tendances de la lutte des classes ou du moins des relations entre les classes. Comme les classes sociales (en y incluant évidemment le prolétariat) doivent être représentées au sein de la société, on peut reconnaître, sous la surface immédiate des phénomènes, les tendances aux bouleversements plus profonds entre les diverses fractions de la société, qu’elles se situent dans le camp bourgeois ou dans le camp prolétarien. Quant au prolétariat, même lorsqu’il ne dispose pas de son expression politique, de son parti de classe autonome et opposé à tous les autres partis de la société, il continue à exister et à s’exprimer politiquement, même sous une forme contradictoire et non révolutionnaire.

Au Brésil, particulièrement au cours de ces dernières années, différentes fractions de la bourgeoisie pressées par les difficultés issues de la crise mondiale de 2008-2009 s’efforcent d’arriver à un accord général sur le plan politique afin de déloger le PT du pouvoir. Ces derniers temps, alors que le Brésil retrouve une crise que le PT a tenté de juguler et a réussi à différer pendant quelques années, la dispute devient d’autant plus féroce que la concurrence entre les fractions de la bourgeoisie s’avive du fait de la baisse brutale du taux de profit. Ce mouvement a commencé à se manifester ici et là depuis la mi-2012, via des frictions au sein du Congrès national (Chambre des députés et Sénat fédéral)[6].

Nous ne chercherons pas ici à rappeler et analyser dans le détail l’évolution de ces expressions politiques, tant celles du camp bourgeois que celles du camp prolétarien, qui finirent par déboucher sur les événements actuels au Brésil, ni à raconter sur le mode journalistique et à chaud les derniers événements qui agitent le pays et évoluent rapidement à mesure des péripéties du long processus de destitution[7] et de ses conséquences politiques. Ce qui nous intéresse c’est de commenter deux liés à ces phénomènes :

  • la crise économique actuelle
  • la possibilité que les fractions de la classe bourgeoise forment un gouvernement capable d’assurer pour quelque temps la “paix politique et sociale” pour la libre exploitation de la classe prolétarienne, capable d’étouffer pendant quelques temps les revendications économiques et sociales du prolétariat, fortement touché par la crise économique.

Le principal défi posé à un tel gouvernement est de pouvoir compter sur l’appui d’une partie significative du prolétariat, car comme le disait déjà Engels, “la bourgeoisie a appris qu’elle ne parviendrait jamais à dominer politiquement et socialement la nation, autrement qu’avec l’aide de la classe ouvrière.” (Préface de 1892 à la réédition de “La situation de la classe laborieuse en Angleterre”, Editions sociale, p. 393)

[1] Rappelons, pour le lecteur francophone, que le Brésil est une république fédérale, à l’image des Etats-Unis. Le libellé exact de l’Etat est « République Fédérative du Brésil ». On a donc un niveau de gouvernement état par état, et le niveau fédéral représenté par le gouvernement central et les chambres haute et basse.

[2] Avec le développement du mode de production capitaliste, se développent des formes sociales de propriété (sociétés par actions, holdings, etc.) et les différences entre capitalistes et propriétaires fonciers tendent à disparaître, de manière plus ou moins affirmée en fonction du développement des rapports sociaux capitalistes d’un pays. La classe capitaliste et la classe des propriétaires fonciers tendent, par conséquent, à se fondre entre elles, à s’interpénétrer, les uns achetant les terres et les immeubles qui deviennent propriété sociale, les autres devenant actionnaires et capitalistes. Ainsi dans ce texte nous appelons bourgeoisie ou classe bourgeoise l’ensemble des diverses fractions de l’industrie, des finances, de l’agro-alimentaire, du grand commerce, des mines, etc. Plus de détails sur cette tendance peuvent être trouvés dans notre publication : « Le marxisme en abrégé », disponible en PDF sur notre site www.robingoodfellow.info ou en livre papier sur le site www.lulu.com

 

[3] On voit aussi comment de nouveaux acteurs dans le cadre de l’activité capitaliste cherchent à influencer les états pour promouvoir leur nouveau « modèle économique ». Par exemple Uber, dans le domaine du transport urbain se présente, dans les termes de l’idéologie bourgeoise, comme une firme moderne et libérale, s’oppose à fractions de la classe capitaliste et des classes moyennes (sociétés employant des chauffeurs salariés, artisans chauffeurs de taxi) et ramène le salariat à une forme de travail indépendant ou de travail à domicile. De nationalité américaine à la base, la firme couvre un très large champ international, se confrontant ainsi aux législations propres de chacun des états où elle cherche à s’implanter.

[4] Mais, comme le dit Engels en 1889 dans une lettre à Gerson Trier : “Cela n’exclut pas, cependant, que ce parti puisse momentanément utiliser à ses fins d’autres partis. Cela n’exclut pas davantage qu’il puisse soutenir momentanément d’autres partis pour des mesures qui représentent ou bien un avantage immédiat pour le prolétariat, ou bien un progrès dans le sens du développement économique ou de la liberté politique. Pour ma part, je soutiendrais quiconque lutte véritablement en Allemagne pour l’élimination de la succession par ordre de primogéniture et d’autres survivances féodales, de la bureaucratie, des droits de douane, des lois de répression contre les socialistes, des restrictions au droit de réunion et d’association. »

[5] Cf. “Notes sur le Bonapartisme. A propos du « 18 Brumaire de Louis-Napoléon Bonaparte »”, de Juin 2001, accessible sur notre site

[6] Nous ne distinguerons pas, dans ce texte les poids des représentations politiques et des lobbies des fractions de la bourgeoisie au sein du Parlement comme indicateur grossier de la lutte des classes, bien qu’il soit notoire qu’à la Chambre des Députés prédominent de loin les intérêts personnels les plus mesquins et les chasses gardées au sein du système de coalitions entre les partis. La grande masse des députés s’exprime peu ou pas du tout, appuyant ses leaders qui expriment politiquement les intérêts de ces fractions. Au Sénat fédéral, le mouvement des partis politiques, du fait du mode d’élection, tend à indiquer déjà de manière plus fine les intérêts des différentes fractions bourgeoises.

[7] Sur le modèle américain, les brésiliens désignent par l’anglicisme « impeachment » la procédure de destitution prévue par la Constitution. Nous le traduirons systématiquement ici par « destitution ».

Internationalistes, toujours et partout !

Internationalistes, toujours et partout !

Contre l’état bourgeois, toujours et partout !

 La situation créée en France par les attentats débutés le 7 janvier 2015 avec la tuerie de Charlie-Hebdo devrait susciter une réponse unie de la part de tous les groupes et individus se réclamant de la gauche communiste et internationaliste. Encore faut-il avoir une analyse claire des événements, et de leur contexte sous-jacent ce qui est loin d’être simple.

Le camp prolétarien doit en effet déjouer plusieurs pièges très dangereux que pourraient créer des prises de position énoncées à mauvais escient.

Voir notre prise de position (Pdf) :  Internationalistes_janv2015

Réponse à Table Rase

http://tablerase.org/fil-rouge-2-reponse-de-robin-goodfeelow/

17 Août 2014

Chers camarades,

Nous saluons votre initiative d’interroger régulièrement les groupes et cercles pour fournir des explications sur leurs positions à travers votre publication « Le Fil rouge ». Il est à craindre cependant que le « fil rouge » en question soit difficile à tirer entre des expressions aussi éclectiques que celles que vous avez interrogées et il serait souhaitable qu’une fois les réponses reçues, vous vous livriez, sinon à une synthèse (à notre avis impossible), du moins à un commentaire. Néanmoins c’est avec intérêt que nous répondons à votre initiative, sans forcément en respecter scrupuleusement le formalisme.

Premièrement sur les questions de durée, se limiter à parler des 10 ans passés est, selon nous, insuffisant pour les raisons que nous expliquerons.

Deuxièmement, établir une liste de points, d’un côté les faiblesses, de l’autre les tâches ne permet pas de relier dialectiquement entre elles d’une part faiblesses et tâches, d’autre part les faiblesses entre elles.

Nous respecterons donc l’esprit général de votre demande, mais exposerons d’un bloc notre conception de la période et des tâches des révolutionnaires.

1. Nous caractérisons la période actuelle comme étant encore une période de contre-révolution, dont les origines remontent au milieu des années 1920 et dont les causes se situent dans l’involution de la révolution russe et sa résorption dans une accumulation capitaliste dirigée par l’Etat, dans l’inféodation en conséquence du parti international du prolétariat (la Troisième Internationale) à la politique de l’Etat russe, dans la défaite des révolutions allemande et hongroise, dans l’incapacité des mouvements de classe en France, en Italie, en Grande-Bretagne à poser la question de la prise du pouvoir, et dans la dégénérescence pratique et théorique des partis prolétariens et leur abandon du marxisme au profit du stalinisme. Le coup de grâce est donné par l’échec de la révolution chinoise, si bien que c’est un prolétariat grandement défait qui sera aux prises avec la révolution espagnole et la deuxième guerre mondiale qui parachèvent ce processus contre-révolutionnaire.

Pour la deuxième fois, une dizaine d’années après la faillite de la Deuxième Internationale, le prolétariat mondial se voyait dépossédé de tout son arsenal organisationnel, théorique, pratique, militaire, au profit d’un enrôlement sous la bannière de l’impérialisme « soviétique » et plus tard dans la deuxième boucherie impérialiste mondiale. Mis à part quelques courants de gauche, dont singulièrement la Gauche communiste italienne qui en fût l’expression la plus conséquente, le courant marxiste sombra corps et bien dans la contre-révolution, y compris de la part des trotskystes qui se déconsidérèrent à jamais avec la défense de l’URSS impérialiste dans la deuxième guerre mondiale.

Ce n’est donc malheureusement pas dans les 10 ans dernières années que nous trouvons les explications du marasme actuel de la classe prolétarienne au niveau international, mais dans les 90 ans qui ont précédé et qui sont 90 ans de contre-révolution ininterrompue. Ceci ne s’était jamais vu auparavant dans l’histoire du mouvement ouvrier, lorsqu’une génération nouvelle qui vivait une révolution n’était pas loin de la génération de la révolution précédente : les barricadiers de 1830, 1848, 1871 pouvaient être presque de père en fils ou de mère en fille, des combattants révolutionnaires nourris de la geste de leurs aîné(e)s et de la mémoire tactique des combats de classe.

Nous identifions comme période de contre-révolution une période où le prolétariat ne possède aucune expression politique autonome, n’a pas de parti politique distinct, et agit – au mieux – comme la queue des partis bourgeois radicaux. A l’inverse, un cours révolutionnaire est ouvert lorsque ce prolétariat se constitue en parti international, constitue une force capable de menacer le pouvoir bourgeois et se situe dans une perspective plausible de conquête du pouvoir politique pour exercer sa dictature. Nous renvoyons à notre texte sur « Le cours historique de la révolution prolétarienne ». Une version revue sera publiée dans notre ouvrage « Le marxisme et la république démocratique » qui paraîtra au dernier trimestre 2014.

Tout ceci, bien évidemment ne signifie pas que ces 90 années passées ont été sans histoire(s) ! Ni que le prolétariat soit resté inerte ; ni qu’il n’y ait pas eu de très nombreuses révolutions comme en Chine, à Cuba, au Vietnam, en Algérie, en Iran… mais ce sont toutes des révolutions bourgeoises, anti-coloniales ou anti-impérialistes, au sein desquelles le prolétariat, même lorsqu’il atteignait un certain degré d’organisation (par exemple en Iran) n’avait pas de possibilité de prendre la tête de ces révolutions pour les transformer en révolutions socialistes, notamment parce que ces révolutions étaient isolées et ne se situaient pas dans le cadre d’une vague révolutionnaire prolétarienne comme celle des années 1920. Il ne faut pas oublier non plus les transitions pacifiques vers la démocratie comme en Amérique latine qui ont permis une recomposition des organisations ouvrières. L’Europe également a connu récemment et connaît (Ukraine) un ensemble de transformations (de révolutions plus ou moins pacifiques à des guerres civiles meurtrières) qui ont amené le terrain de lutte nécessaire au prolétariat : la république démocratique tandis que de nouvelles nations (parfois pour la première fois dans l’histoire) se créaient. Là aussi le prolétariat n’a joué aucun rôle autonome même s’il a été très présent dans la lutte. L’évolution de la situation dans le monde arabe laisse penser que l’établissement d’une république démocratique serait déjà un grand pas.

Cela ne signifie pas non plus que, dans les pays occidentaux, et ceci dans une perspective purement réformiste, le sort du prolétariat et des travailleurs en général (classes moyennes improductives) ne se soit pas considérablement amélioré durant les 60 années qui suivent la fin de la deuxième guerre mondiale, ceci sur la base des miettes distribuées à partir du produit d’une féroce exploitation. D’une certaine manière, tant que le capital pouvait le faire, accorder au prolétariat une partie de ses revendications (droits sociaux, protection économique, temps de travail, meilleures conditions de vie…) est le meilleur moyen de le désarmer pratiquement et idéologiquement et un des fondements de la permanence de la contre-révolution. Mais ceci, dans le cadre du mode de production capitaliste, ne peut jamais être durable car celui-ci connaît périodiquement des crises qui ravagent la société. Si l’effet de ces crises a pu être atténué dans toute la phase 1945-1975, elles se sont manifestées avec chaque fois plus de vigueur depuis, jusqu’à la crise majeure de 2007-2008, crise qui ne sera pas la dernière.

Les attaques menées par la bourgeoisie internationale contre les prolétaires et les populations travailleuses en Europe et aux Etats-Unis pour restaurer la profitabilité du capital dans les vieilles nations à la compétitivité menacée ont suscité des réactions, mais qui ne sont pas encore à la hauteur d’une riposte de classe, basée sur la reconnaissance de la part du prolétariat de son programme et de ses objectifs historiques : l’abolition du salariat, de la propriété privée des classes et de l’état, la lutte pour le socialisme, ….

Pour nous, le principal dommage de cet état de contre-révolution durable, c’est la dégénérescence théorique que subit ce qui reste du mouvement communiste, devenu très perméable aux influences bourgeoises et petites-bourgeoises de tout type.

On peut dire qu’après les efforts théoriques de la Gauche italienne jusqu’au début des années 1970 (et encore marqués par de nombreuses limites dues notamment à un léninisme non critique), le mouvement a complètement laissé tomber les tâches théoriques de l’heure, la poursuite du développement scientifique de la théorie révolutionnaire et du coup se retrouve incapable ne serait-ce que d’interpréter correctement la réalité actuelle, en y intégrant 90 ans de développement capitaliste mondial depuis le début de la contre-révolution.

Le prolétariat révolutionnaire s’est vu dépouiller de tous ses symboles : vocabulaire, drapeaux, partis, chants, textes théoriques… au point qu’il est très difficile de défendre le communisme aujourd’hui.

La faiblesse de l’appropriation et de la défense du programme communiste de la part des révolutionnaires est pour nous la principale faiblesse dont découlent toutes les autres : hésitations et erreurs tactiques, compromissions avec l’idéologie bourgeoise, incompréhension des faits, sectarisme, etc.

Pour notre part, nous pensons qu’il est important et urgent d’organiser des débats1, des groupes de travail, des lectures collectives, des critiques des positions petites-bourgeoises, des publications sur les questions suivantes :

  • Crises et théories des crises
  • Théorie de la valeur, critique des théories du capital fictif
  • Question démocratique et révolution permanente – Question nationale
  • Critique de la religion
  • Histoire des courants communistes et ouvriers depuis la première guerre mondiale, dans le monde
  • La mystification du capital
  • La dialectique
  • Période de transition et communisme

Pour terminer sur cette question, nous dirons qu’il ne s’agit pas de lister les « faiblesses » du prolétariat mais de considérer une faiblesse majeure : celle d’être absent de la lutte des classes comme acteur autonome, conscient, organisé, et de ne se mobiliser, quand il le fait, que comme une force supplétive des mouvements bourgeois et petits-bourgeois.

Ainsi, d’une cause majeure peuvent découler plusieurs effets. Comme un malade dont les défenses se sont effondrées, le prolétariat est sensible au virus du nationalisme, aux microbes de l’extrême-droite, à la contagion religieuse, aux infections de la xénophobie et du racisme…

Y-a-t-il, sur le chemin d’un renouveau du prolétariat révolutionnaire, des signes encourageants aujourd’hui ?
2. Les évolutions du prolétariat à l’échelle mondiale ne sont homogènes ni dans l’espace ni dans le temps. Tandis que dans les pays occidentaux (en gros) l’intégration du prolétariat au char des intérêts bourgeois, même bien au-delà du périmètre de la seule « aristocratie ouvrière » a permis depuis les années 1950 de vider de son contenu la lutte des classes, les pays du Sud ont connu, dans un temps un peu décalé, depuis les années 1970-1980 un développement formidable de la classe ouvrière par la transformation rapide des classes rurales en prolétaires dans les grandes villes, mais aussi le gonflement d’une armée de réserve considérable.

Néanmoins, ces bataillons du prolétariat moderne ont su s’organiser au plan syndical pour imposer leur force et défendre leurs droits face au capital national et international qui y voit une masse de force de travail taillable et corvéable à merci. On peut citer le Brésil et l’Afrique du Sud comme exemples de pays où la radicalisation des forces syndicales contre le syndicalisme de collaboration de classes est en train de prendre une certaine importance et où ils peuvent bénéficier, pour l’instant encore, d’un contexte démocratique bourgeois. Dans d’autres pays comme l’Iran, l’Irak où existe un syndicalisme fort, celui-ci est laminé par la répression et le chaos lié à l’implosion de l’Etat, tout comme en Syrie ou en Libye. Dans les pays touchés par le « printemps arabe », Tunisie et surtout Egypte, l’épisode prolétarien se fait attendre même si, dans ce dernier pays, le niveau des grèves et manifestations ouvrières a atteint un sommet ces dernières années.

A l’Est, les événements de Bosnie (Tuzla) de février 2014 sont un signal important car il montre que des populations poussées à bout par la misère et la corruption sont capables non seulement de s’organiser dans des formes embryonnaires de démocratie directe (les forums) sinon encore de représentation ouvrière, mais surtout de jeter à bas le mensonge nationaliste qui sert à dresser les uns contre les autres des fractions d’une même classe ouvrière de la région. Dans des pays comme l’Ukraine où la situation du prolétariat est identique, c’est aussi la réponse nationaliste qui est brandie pour détourner le prolétariat de la lutte des classes (ce qui ne signifie pas qu’il n’y ait pas un vrai enjeu national à la consolidation de la nation ukrainienne) et des mouvements anti-guerre se sont manifestés dans les régions de l’Ouest en juillet 2014.

L’Afrique est aussi un continent dont la croissance capitaliste (+5%) est grosse de manifestations prolétariennes car elle va susciter la mobilisation d’une classe ouvrière jeune et dynamique, sur fond de sous-emploi endémique et de misère persistante, notamment dans les métropoles surpeuplées comme Lagos, Dakar… Là encore, l’Afrique du Sud avec son prolétariat combatif pourrait jouer un rôle majeur dans la lutte des classes à l’échelle du continent.

Dans les pays du Sud de l’Europe, les plus durement touchés par les plans d’austérité imposés par la bourgeoisie internationale et ses institutions financières, plusieurs phénomènes se croisent. On a vu d’abord la mobilisation des classes moyennes dans le mouvement démocratique, a-classiste et spectaculaire des « indignés » de la Puerta del Sol à la place Syntagma. Refusant toute forme d’organisation, centré sur la revendication d’une « vraie démocratie », ce mouvement a fini par devenir le fourrier de nouvelles forces politiques réformistes visant à rajeunir la gauche totalement discréditée par les partis de gauche traditionnels locaux. Siryza en Grèce et Podemos en Espagne en sont l’expression. Dans le même temps, l’extrême-droite (Aube Dorée en Grèce) sait exploiter les faiblesses et les angoisses du prolétariat pour jouer sur les divisions raciales et ethniques, la haine et la peur de l’étranger, avec une pénétration forte par le biais d’actions caritatives (réservées aux nationaux) d’implantation de terrain dans les quartiers populaires, etc. (tactique dans laquelle excellent également les islamistes).

Tout ceci ne forme pas un mouvement de classe et l’avenir est incertain, même si l’explosion périodique des crises à la fois dévoile chaque fois plus les contradictions du mode de production capitaliste et jette dans la misère et parfois la révolte des bataillons entiers de prolétaires et de classes moyennes prolétarisées.
En attendant que faire, selon une vieille formule ?

Au-delà du travail théorique indispensable dont nous avons déjà parlé plus haut, il nous semble que les révolutionnaires ont un certain nombre de tâches à accomplir, qui, elles aussi sont classiques :

  • Maintenir le maximum de contacts entre individus, groupes, cercles, indépendamment des divergences mais en restant dans une exigence de cohérence minimale par rapport à la définition du socialisme, et donc sans allégeance au réformisme, au maintien des rapports marchands, à la logique économique du capital, etc. Ceci par exemple exclut toute la gauche et extrême-gauche actuelles.
  • Créer des structures techniques de diffusion communes, maison d’édition, web, radios, revues, …
  • Créer des occasions de rencontre, comme les débats, réunions publiques, camps d’été… et en tirer du matériel de diffusion et de propagande
  • Informer au maximum sur les événements, les luttes en combattant la désinformation et la facilité permises notamment par les médias dits « sociaux », tout en en utilisant la simplicité de diffusion
  • Intervenir dans les luttes en se regroupant de manière à faire passer, même de façon très minoritaire, des mots d’ordre défendant le point de vue du prolétariat, y compris dans des lieux où il n’est pas le bienvenu2. Ceci pourrait passer par la réalisation de matériel en commun, tracts par exemple, dont le risque est qu’ils soient trop généraux si on veut gommer les divergences existantes, mais qui auraient le mérite d’insister sur les positions communes
  • Favoriser au maximum les contacts au niveau international, en privilégiant l’internationalisme comme axe majeur du développement de la lutte.

Toute initiative allant dans ce sens nous paraît intéressante, car le chemin est immense, sachant que des pas de géants peuvent être accomplis, comme le montre toute l’histoire passée, dès que surgit un mouvement autonome qui se réapproprie son histoire et sa tradition politique et invente de nouvelles formes (comme les soviets en Russie en 1905).

De ce point de vue des lieux de rencontre comme Table Rase sont précieux et on ne peut qu’en encourager le développement et la multiplication. Pour notre part, dans la mesure de nos disponibilités nous répondrons toujours de manière favorable à vos invitations et sommes disponibles pour animer, comme par le passé, des conférences et débats sur les différents sujets cités dans la première partie de ce texte.

Salutations communistes

Robin Goodfellow

1 Et ceci non pas en invitant des universitaires « ès qualités », se disent-ils marxistes, mais en restant sur la base de l’anonymat prolétarien et du travail collectif.

2 Nous pensons par exemple aux récentes manifestations pour la Palestine où, même sans participer aux cortèges, la défense d’un point de vue internationaliste aurait pu être une action

Engels censuré !

Le site web ( http://www.jaures.eu)  se consacre à la diffusion de l’oeuvre de Jean Jaurès. Fort bien et nous ne pouvons que saluer une initiative qui de plus « évite de ne proposer de Jaurès que certains courts extraits de quelques textes permettant de déformer sa pensée… voire juste quelques citations tellement sorties de leur contexte qu’elles ne veulent plus rien dire (ou plutôt qu’elles ne veulent plus dire que ce que veulent leur faire dire ceux qui les manipulent ainsi !). »

Arrivés par hasard sur ce site, nous trouvons un texte de Jaurès consacré à Engels et qui reprend cette citation (fautive comme nous allons le voir) d’Engels de 1891 où, critiquant le programme d’Erfurt,  il est dit : « Si une chose est certaine, c’est que notre parti et la classe ouvrière ne peuvent arriver au pouvoir que sous la forme de la République démocratique. Celle-ci est la forme spécifique de la dictature du prolétariat, comme l’a montré déjà la grande Révolution française. » (souligné par nous)

Or cette traduction (nous ne savons pas si elle est de Jaurès lui-même) est toujours la traduction officielle, dans les éditions staliniennes, de ce texte. Elle n’en est pas moins erronée. Il est vrai qu’elle a un grand avantage. Elle sert de point d’appui à tous les manipulateurs pour transformer Engels en démocrate. Mais Engels ne dit pas DE mais POUR (für). Une fois rectifié le sens de cette citation, nous comprenons parfaitement qu’elle s’inscrit dans la tradition de tout ce que Marx et Engels ont répété pendant des décennies.

Nous avons donc fait un commentaire dans ce sens sur le site. Ce commentaire a été accepté avec bienveillance.

Le commentaire du texte http://www.jaures.eu/ressources/de_jaures/republique-et-socialisme-jaures-et-engels-1901/

« Si cette citation d’Engels a été traduite par les soins de Jaurès et cette traduction se perpétue de nos jours, il n’en demeure pas moins que cette traduction est au moins fautive. Engels emploie le terme für et sans être grand germaniste, il faut donc traduire « pour » et non « de ». On retrouve ainsi la proposition constante de Marx et Engels quant à la république démocratique à savoir qu’il s’agit du nécessaire champ de bataille pour que la lutte entre le prolétariat et la bourgeoisie puisse parvenir à son terme avec la conquête du pouvoir politique par le prolétariat.

« Ce qu’il [le prolétariat] conquit [en imposant la République], c’était le terrain en vue de la lutte pour sa propre émancipation révolutionnaire, mais nullement cette émancipation même » (Marx, 1850, Les luttes de classes en France, Pléiade, Politique, p.244)

« Même la démocratie vulgaire, qui voit dans la République démocratique le millenium et qui ne soupçonne guère que c’est précisément sous cette forme ultime de l’Etat de la société bourgeoise que devra se livrer la bataille entre les classes (…). » (Marx, 1875, Critique du programme de Gotha, Pléiade, T.1, p.1430).

« Une chose absolument certaine, c’est que notre Parti et la classe ouvrière ne peuvent arriver à la domination que sous la forme de la république démocratique. » (Engels, Critique du programme d’Erfurt, 1891)

« Marx et moi, depuis quarante ans, nous avons répété jusqu’à satiété que pour nous la république démocratique est la seule forme politique dans laquelle la lutte entre la classe ouvrière et la classe capitaliste peut d’abord s’universaliser et puis arriver à son terme par la victoire décisive du prolétariat » (Engels, 1892, réponse à Giovanni. Bovio, in Révolution et démocratie chez Marx et Engels de Jacques Texier, p.388)

« ( …) la république bourgeoise, a dit Marx, est la forme politique dans laquelle seule la lutte entre prolétariat et bourgeoisie peut se décider. » (Engels, 1894, Lettre à Turati, in Révolution et démocratie chez Marx et Engels de Jacques Texier, p.391) » (Commentaire de Robin Goodfellow 21/06/2014)

Suite à quoi nous avons reçu cette réponse du modérateur du site :

« Bonjour,

Merci pour votre précieux commentaire. Il figure donc à la suite de l’article.

Bien cordialement, » (Réponse du modérateur du site – 21/06/2014)

Plus tard, poursuivant la lecture du site, nous tombons sur un texte de Jaurès où il reprend une expression de Marx, l’« évolution révolutionnaire », pour lui faire dire tout autre chose et dans un sens réformiste.

Nous avons alors proposé un second commentaire :

Commentaire du texte : http://www.jaures.eu/ressources/de_jaures/jaures-et-levolution-revolutionnaire-marx-1901/

« Nous avons déjà vu comment Jaurès (cf. commentaire sur République et socialisme ,Jaurès et Engels 1901) maltraitait le texte d’Engels pour lui faire dire l’inverse de la position qu’il (avec Marx) a toujours défendue à savoir que la république démocratique est le champ de bataille, le terrain de lutte nécessaire à l¹émancipation du prolétariat et qu¹il ne peut être que cela. Il ne s’agit donc pas de préserver la république démocratique, ses institutions et l¹organisation étatique qui y correspond mais d’en finir avec elles.

Dans ce texte, Jaurès récidive avec cette citation de Marx : « évolution révolutionnaire » et il lui donne un sens et une tonalité réformistes qui est complètement absente de l¹original. En effet que nous dit Marx :

« Si les travailleurs allemands ne peuvent accéder au pouvoir et faire triompher leurs intérêts de classe sans traverser un long processus de développement révolutionnaire [traduit aussi par évolution révolutionnaire], du moins ont-ils cette fois la certitude que le premier acte de ce drame révolutionnaire en perspective coïncidera avec la victoire directe de leur propre classe en France et s’en trouvera considérablement accéléré. » (Marx, Adresse du Comité central de la Ligue des communistes, Mars 1850, Pléiade, Politique, p.558)

« A une conception critique, la minorité oppose une conception idéaliste. Au lieu de rapports réels, la minorité préfère la seule volonté comme force motrice de la révolution. Alors que nous disons aux ouvriers : il vous faudra peut-être encore passer 15, 20, 50 ans de guerre civile et de conflits internationaux, non seulement pour changer les rapports existants mais pour vous changer vous-mêmes et vous former à la domination politique, vous, au contraire, vous leur dites : nous devons prendre maintenant le pouvoir ou aller nous coucher.(…) A l’instar des démocrates, vous avez remplacé le développement révolutionnaire [idem autre traduction : évolution révolutionnaire] par des phrases sur la révolution. » (Marx, intervention de Marx contre la fraction Schapper à une réunion de la ligue des communistes ­ 15 septembre 1850 ­ cité par F. Claudin, Marx, Engels et la révolution de 1848, p.312)

Le sens est donc un sens organique, darwinien avant la lettre, et en tous cas dialectique. Dans la première citation c’est le processus de la révolution permanente qui est visé et qui doit voir se succéder et s’épuiser les partis bourgeois et petits bourgeois au pouvoir avant que ne vienne le tour du parti prolétaire qui devra affronter les classes coalisées sous le drapeau de la « démocratie pure ». Dans l’autre, le propos porte  non seulement sur le processus révolutionnaire au cours de la révolution mais sur la nécessité de plusieurs assauts révolutionnaires pour vaincre. Il s’agit donc aussi de l’attente résolue de la contre-révolution pour sélectionner la classe, lui faire tirer les leçons de l¹expérience révolutionnaire et contre-révolutionnaire afin de l¹aguerrir, la renforcer sur le plan de l¹expérience, de la théorie et de la conscience.

Nous sommes loin des interprétations tendancieuses de Jaurès. Il est vrai que : « (…) ce M. Jaurès, ce professeur doctrinaire, mais ignorant, surtout en économie politique, talent essentiellement superficiel, abuse de sa faconde pour se forcer dans la première place et poser comme le porte-voix du socialisme qu¹il ne comprend même pas. » (Engels, Lettre à Lafargue, 6 mars1894, Correspondance Engels ­ Lafargue, p.354)

Si le destin tragique de Jaurès dans le cadre d’une radicalisation croissante de sa pensée, fait qu¹il est acquitté, fusse au bénéfice du doute, de l¹accusation de trahison du mouvement socialiste, ce n’est pas dans l’étude de son œoeuvre que l’on trouvera une source sérieuse pour l¹étude du socialisme en tant que science. » (Commentaire de Robin Goodfellow 27/06/2014)

Ce commentaire nous a valu ensuite la réponse suivante :

« Bonsoir,

Avant – votre premier commentaire sur notre site ­ c’était du débat. On aimait bien. Maintenant, fusse par la bouche d’Engels, ce sont des anathèmes (le « doctrinaire », venant d’Engels, étant particulièrement savoureux…). Pas leur place sur notre site, où l’on peut débattre mais pas insulter, et où il est question de politique et non de science ou de religion.

Cordialement, » (Réponse du modérateur du site 27/06/2014)

Nous n’avons donc pas laissé passer cet acte de censure (Comble du ridicule, il s’agit de la censure d’Engels !)

« Monsieur le censeur,

Quel crime a commis Engels pour que vous le censuriez ?

Nous avons dans un premier commentaire que Jaurès sur la base d’une citation disons déformée pour être poli, faisait dire à Engels l’inverse de ce que lui et Marx ont dit tout au long de leur vie quant à la république démocratique. Cette traduction, erronée, est curieusement toujours en vigueur aujourd’hui et elle sert les mêmes intentions : faire passer  Engels pour un démocrate. La dernière tentative substantielle de ce genre remonte au livre de Jacques Texier : « Révolution et démocratie chez Marx et Engels » ou après s’être tiré une balle dans le pied en expliquant que la traduction est fautive ; notre auteur la reprend quand même pour en tirer près d’un siècle après les mêmes conclusions fallacieuses que Jaurès (Il n’est pas sûr que Texier ait connu le texte de Jaurès – il se serait épargné l’idée que son interprétation est nouvelle). Toute étude sérieuse de la pensée de Marx sait que cette traduction est tendancieuse. Nous nous sommes donc permis de rétablir son contenu effectif.

Dans un second commentaire nous montrons, citation à la main, que Jaurès procède de manière encore plus fallacieuse quant au thème de l’ »évolution révolutionnaire », termes extraits hors contexte de l’oeuvre de Marx pour leur faire dire tout autre chose que leur signification exacte.

Cela commence à faire beaucoup quant à la compréhension du marxisme de Jaurès. Et du coup nous rappelons le jugement d’Engels sur Jaurès.

Que n’avons-nous pas fait là ? Vous prenez alors prétexte du ton d’Engels, de la forme de sa pensée pour, selon un procédé bien connu, non seulement éviter le fond du commentaire mais le censurer purement  et simplement.

Vous avez de ce point de vue une singulière conception du débat auquel vous ne cessez de faire référence. Vous avez, comme vous êtes le gestionnaire du site web, toute latitude pour répondre aux commentaires et montrer que ce que nous disons – même si nous pouvons appuyer chaque ligne par des citations de Marx et Engels – n’est pas conforme à leur pensée. Vous pouvez même tenter de démontrer – nous attendons cette prouesse avec un sourire en coin ; le révisionnisme ne dit rien d’autre – que le socialisme scientifique est une religion.

Vos procédés et votre censure en disent long sur votre conception de la liberté d’expression. Sans doute appartenez-vous directement ou idéologiquement à ce parti dont les membres, le cadavre de Jaurès encore chaud, appelaient le prolétariat de tous les pays à s’entrégorger, le parti des assassins de Rosa Luxemburg, le parti qui négociait avec le fascisme, le parti de la défense des colonies et des va-t-en-guerre.

Vous censurez Engels parce qu’il a égratigné l’icône réformiste. Nous avions cru comprendre que votre site visait également à donner à lire des ressources sur Jaurès ; vous publiez Trotsky, pourquoi ne voulez-vous pas que soit connue l’opinion d’Engels ? Vous pourriez aussi reprendre quelques écrits de Lénine et Rosa Luxemburg qui sont dans la même veine.

Nous supposons que, partant de ce principe, vous souhaitez interdire « La sainte-Famille » qui critique notamment les frères Bauer, « Misère de la philosophie » parce qu’elle dit du mal de Proudhon, l’»Anti-Dühring » qui comme son nom l’indique s’en prend à Eugène Dühring, «La question du logement » qui donne des coups de bâtons au docteur Mülberger [1], et pourquoi  pas du « Capital » qui condamne la société bourgeoisie dont il est une nouvelle fois démontré que vous et vos pareils en êtes les fidèles cerbères.

Monsieur le censeur, bonsoir.

[1] Mülberger d’ailleurs s’en était plaint dans des termes qui évoquent vos arguments pour censurer Engels, mais Mülberger avait au moins fait une réponse sur le fond » (Courriel de Robin Goodfellow au modérateur. 30/06/2014)

Voilà le dernier état du dossier sur cette censure aussi mesquine que ridicule