Le marxisme et les Evangiles (5 – Lénine, et conclusion)

“La critique de la religion est la condition de toute critique” (Marx).

Nous entamons sur ce blog une série de publications sur la critique des évangiles par les marxistes, à la suite des positions prises dans les années 1840 par les “Jeunes Hégéliens”.

5 – Lénine

Lénine, pour sa part, ne s’encombre pas d’une analyse [1] . Il avalise les travaux d’historiens bourgeois:

« D’autre part, considérez les représentants de la critique scientifique moderne des religions. Presque toujours, ces porte‑parole de la bourgeoisie cultivée « complètent la réfutation qu’ils apportent eux‑mêmes des préjugés religieux par des raisonnements qui les dénoncent aussitôt comme des esclaves idéologiques de la bourgeoisie, comme des « valets diplômés de la prêtraille ».

Deux exemples. Le professeur R. Vipper a publié en 1918 un petit livre : La naissance du christianisme (éd. « Pharos », Moscou). Retraçant les principales acquisitions de la science moderne, l’auteur, loin de combattre les préjugés et le mensonge, qui sont l’arme de l’Eglise en tant qu’organisation politique, élude ces questions et prétend ‑ prétention vraiment ridicule et réactionnaire ‑ s’élever au-dessus des deux « extrêmes » ‑ l’idéalisme et le matérialisme. C’est de la servilité devant la bourgeoisie régnante qui, dans le monde entier, dépense des centaines de millions de roubles, prélevés sur les profits extorqués aux travailleurs, pour soutenir la religion.

Le savant allemand bien connu Arthur Drews qui, dans son livre intitulé le Mythe du Christ, combat les fables et préjugés religieux et démontre que Jésus n’a jamais existé, se prononce, à la fin de son ouvrage, pour la religion, mais rénovée, expurgée, subtilisée, capable de tenir tête au « torrent naturaliste qui s’affermit de jour en jour » (p. 238 de la 4° édition allemande, 1910). C’est un réactionnaire déclaré, conscient, qui aide ouvertement les exploiteurs à substituer aux vieux préjugés religieux pourris des préjugés tout nouveaux, encore plus répugnants et plus infâmes.

Cela ne signifie pas qu’il ne faille point traduire Drews. C’est dire que les communistes et tous les matérialistes conséquents doivent, tout en réalisant, dans une certaine mesure, leur alliance avec la partie progressive de la bourgeoisie, la dénoncer inlassablement, quand elle verse dans l’esprit réactionnaire. Se soustraire à l’alliance avec les représentants de la bourgeoisie du XVIII° siècle, époque où elle fut révolutionnaire, reviendrait à trahir le marxisme et le matérialisme, car l’«alliance» avec les Drews sous telle ou telle forme, dans telle ou telle mesure, s’impose à nous qui luttons contre la domination des obscurantistes religieux. » (Lénine, la portée du matérialisme militant, 12/03/1922)

[1] Dans son ouvrage, à charge, sur Lénine, Hélène Carrère d’Encausse, retrace le contexte de cette période. Nous lui laissons la responsabilité des commentaires normatifs.

« Si, avant la révolution, Lénine a défendu la séparation de l’Eglise et de l’Etat, (…), après Octobre, il lui faut élaborer une véritable politique face à la religion. La séparation était déjà en cours ; l’Eglise, qui avait rétabli le patriarcat lors de son concile d’Août 1917, en préparait les voies. (…). Le 23 janvier 1918 paraît le décret sur la séparation de l’Eglise et de l’Etat, ainsi que sur celle de l’Ecole et de l’Eglise. D’emblée, des violences sont exercées contre des clercs, des religieuses, arrêtés ou publiquement humiliés. Des églises et des monastères sont fermés, soumis au pillage. (…).

Mais, la famine va donner au maître de la Russie l’occasion de passer d’une lutte sournoise contre la religion à une guerre ouverte. Après avoir appelé à venir au secours des affamés, le patriarche avait créé un Conseil ecclésiastique national en vue d’organiser l’aide de l’Eglise. Le Conseil est aussitôt interdit : l’Eglise ne peut intervenir dans les affaires de la nation. Le 19 février 1922, le patriarche prescrit que soient donnés, pour soulager les victimes de la famine, tous les objets de valeur contenus dans les églises, à l’exception de ceux utilisés pour les sacrements. Le 23 paraît un décret « approuvé par Lénine », dit Volkogonov, ordonnant la saisie générale des objets consacrés. Les fidèles, les clercs tentent ça et là de s’y opposer ; c’est le signal de massacres et d’une répression effroyables. Un document « très secret », daté du 19 mars 1922, adressé par Lénine à Molotov et destiné aux seuls membres du Poltbro, éclaire d’un jour sinistre l’attitude de Lénine dans cette affaire. Partant de la conviction – qui ne fut jamais confirmée – que le « clergé cent-noir » avait élaboré un plan mettant à profit les confiscations d’objets sacrés pour engager la bataille contre le pouvoir des soviets, Lénine écrit :

« Pour nous, ce moment est celui où nous avons 99% de chance de réussir à détruire l’ennemi [lEglise] et nous assurer d’une position indispensable pour les décennies à venir. C’est précisément maintenant, et seulement maintenant, quand, dans des régions affamées, les gens se nourrissent de chair humaine et [que] des centaines sinon des milliers de cadavres pourrissent sur les routes, que nous pouvons (et devons) réaliser la confiscation des trésors de l’Eglise avec l’énergie la plus sauvage et la plus impitoyable. Nous devons quoiqu’il arrive, confisquer les biens de l’Eglise le plus rapidement et de manière décisive, pour nous assurer un fonds de plusieurs centaines de millions de roubles or. Sans ce fonds, aucun travail gouvernemental en général, aucun effort économique, aucune défense de notre position à la conférence de Gênes n’est concevable… » Et, pour y réussir, Lénine ordonne dans la même lettre des confiscations brutales et implacables, « sans s’arrêter devant rien », et « l’exécution du plus grand nombre possible de représentants du clergé réactionnaire et de la bourgeoisie réactionnaire [..]. Plus grand sera le nombre des exécutions, mieux ce sera » (….)

Ces instructions de Lénine sur les exécutions furent respectées. Près de huit mille serviteurs de l’Eglise furent « liquidés », conformément à son souhait, en 1922 » Hélène Carrère d’Encausse, Lénine, p.565 à 567, Fayard

EN GUISE DE CONCLUSION

Donc, du point de vue des ennemis du marxisme, il est plus que de bonne guerre d’affirmer que le « marxisme » niait l’existence de Jésus. Le « marxisme officiel » du XXème siècle emboîtera, pendant quelques temps, le pas de Lénine et adhérera à la thèse ouverte par Bruno Bauer avant de la renier.

Marx et Engels ne peuvent être inclus dans ce marxisme (mais l’amalgame est très aisé) et renvoyaient les réponses à bon nombre de questions posées par le christianisme primitif à des recherches et découvertes ultérieures tout en insistant sur l’importance de ces recherches [1].

Bauer avait consacré sa vie à étudier ce sujet. Engels et Kautsky avaient mené de nombreuses recherches personnelles, médité et écrit sur les origines du christianisme. On pourrait donc s’attendre à ce que le mouvement communiste prenne en compte tout ce que le XXème siècle (et le XXIè) a mis à jour en matière de sources, de travaux archéologiques [2], etc. Il est loin d’avoir esquissé une telle tâche, ce d’autant plus qu’il ressemble toujours plus à une girouette soumise aux divers vents bourgeois ou petits-bourgeois.

On peut d’ailleurs constater que la question n’est sûrement pas résolue avec certitude car, encore en 2008, un petit-bourgeois, athée, hédoniste, comme Michel Onfray remet également en cause l’existence de Jésus [3]. Citons aussi, le tout récent ouvrage de Nicolas Bourgeois « Un mensonge nommé Jésus. Enquête sur l’historicité du Christ » qui semble exploiter la même veine.

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[1] « On n’en a pas fini avec une religion qui s’est soumis le monde romain et a dominé pendant 1800 ans la plus grande partie, et de loin, de l’humanité civilisée, en se bornant à déclarer que c’est un tissu d’absurdités fabriqué par des imposteurs. On n’en vient à bout que si l’on sait expliquer son origine et son développement à partir des conditions historiques existant au moment où elle est née et où elle est devenue religion dominante. C’est particulièrement vrai en ce qui concerne le christianisme. Il s’agit précisément de résoudre la question de savoir comment il a pu se faire que les masses populaires de l’empire romain préférèrent à toutes les autres religions cette absurdité prêchée de surcroît par des esclaves et des opprimés, jusqu’à ce que l’ambitieux Constantin finit par considérer que confesser cette religion de l’absurde était le meilleur moyen de parvenir à régner sans partage sur le monde romain. » (Engels, Bruno Bauer et le christianisme primitif)

[2] Par exemple, Israël Finkelstein qui dirige l’institut d’archéologie de l’université de Tel-Aviv et Neil Asher Silberman, directeur historique au centre Ename de Bruxelles, ont, sur la base des derniers travaux archéologiques, mis en doute l’existence de Moïse et de l’Exode, tout en relativisant l’importance de David et Salomon que d’autres (Thomas Thomson, Niels Peter Lemche, Philip Davies, …), regroupés par leurs détracteurs sous l’étiquette (abusive selon les concernés ; cf. Minimalism, « Ancient Israel, » and Anti-Semitism de Philip Davies, http://www.bibleinterp.com/articles/ Minimalism.htm) de « minimalistes bibliques », expédient dans les limbes du mythe.

[3] Traité d’athéologie, p.163. Onfray cite parmi ses devanciers, Prosper Alfaric, A l’école de la raison, Publications de l’Union rationaliste. Raoul Vaneigem, La résistance au christianisme. Les hérésies des origines au XVIII° siècle, Fayard.

Le marxisme et les Evangiles (3 – Friedrich Engels)

“La critique de la religion est la condition de toute critique” (Marx).

Nous entamons sur ce blog une série de publications sur la critique des évangiles par Marx et Engels, à la suite des positions prises dans les années 1840 par les “Jeunes Hégéliens”.

3 – Friedrich Engels

Reprenant ses travaux de jeunesse [1], Engels se replongera dans l’étude du christianisme primitif. Il écrit trois articles à ce sujet. « Bruno Bauer et le christianisme primitif » à la mort de Bauer (1882), « Le livre de l‘Apocalypse » (1883), «Contribution à l’histoire du christianisme primitif » (1894-1895). Dans la nécrologie de Bauer, il met en exergue la contribution de Bruno Bauer à la compréhension de la domination du christianisme. «La contribution de Bruno Bauer pour répondre à cette question est beaucoup plus importante que celle de quiconque. Par l’étude de la langue, Wilke avait démontré que les Evangiles s’étaient succédé dans le temps et étaient interdépendants. Bruno Bauer refit la démonstration, de façon irréfutable, à partir du contenu des Evangiles, en dépit du désir des théologiens semi-croyants de la période de réaction qui a suivi 1849 de s’opposer à sa démarche. Il a dévoilé le caractère antiscientifique de la confuse théorie de Strauss sur les mythes qui donnait loisir à chacun de tenir pour historique ce qui lui plaisait dans les récits évangéliques. Et si dans cette affaire il apparut que, de tout le contenu des Evangiles, presque rien n’était historiquement vérifiable -si bien que l’on peut même mettre en doute l’existence historique d’un Jésus-Christ, Bauer a, ce faisant, seulement déblayé le terrain pour répondre à la question : quelle est l’origine des représentations et des idées qui ont été rassemblées dans le christianisme en une espèce de système, et comment parvinrent-elles à dominer le monde ?

C’est de cette question que Bauer s’est occupé jusqu’à la fin. Ses recherches culminent dans ce résultat : le Juif alexandrin Philon, qui vivait encore en l’an 40 de notre ère, mais était très vieux, est le vrai père du christianisme et le stoïcien romain Sénèque pour ainsi dire son oncle.» (Engels, Bruno Bauer et le christianisme primitif, Paru dans le Sozialdemokrat nos 19 et 20 du 4 et du 11 mai 1882.)

Dans « Le livre de l’Apocalypse », Engels reprend à son compte l’essentiel de cette thèse «Si, en effet, à considérer la doctrine, on peut appeler Philon le père du christianisme, Sénèque fut son oncle.» (Engels, Le livre de l’Apocalypse).

Dans son « Ludwig Feuerbach et la fin de la philosophie classique allemande », Engels revient sur cette période qu’il résume ainsi :

«(…) lorsque, en 1840, la bigoterie orthodoxe et la réaction féodale absolutiste montèrent sur le trône avec Frédéric-Guillaume IV, il ne fut plus possible de ne pas prendre ouvertement parti. On continua encore à mener la lutte à l’aide d’armes philosophiques, mais non plus, cette fois, pour des buts philosophiques abstraits ; il y allait directement de la destruction de la religion traditionnelle et de l’Etat existant. Et si, dans les Annales allemandes, les buts finaux pratiques apparaissent encore pour la plupart sous un travestissement philosophique, l’école jeune-hégélienne se dévoila nettement, dans la Gazette rhénane de 1842, comme la philosophie de la bourgeoisie radicale montante, et elle n’utilisa plus le masque philosophique que pour tromper la censure.

Mais comme la politique était, à cette époque, un domaine très épineux, la lutte principale fut menée contre la religion. N’était-ce pas d’ailleurs, indirectement aussi, surtout depuis 1840, une lutte politique ? La première impulsion avait été donnée par Strauss dans la Vie de Jésus (1835). Plus tard, Bruno Bauer s’opposa à la théorie développée dans cet ouvrage sur la formation des mythes évangéliques en démontrant que toute une série de récits évangéliques ont été fabriqués par leurs auteurs eux-mêmes. La lutte entre ces deux courants fut menée sous le manteau philosophique d’un conflit entre la « conscience de soi » et la « substance ». La question de savoir si les histoires miraculeuses de l’Evangile étaient nées du fait de la formation de mythes par voie inconsciente et traditionnelle au sein de la communauté, ou si elles avaient été fabriquées par les évangélistes eux-mêmes fut enflée jusqu’à devenir la question de savoir si c’était la « substance » ou la « conscience de soi » qui constituait la force motrice décisive de l’histoire du monde. » (Engels, Ludwig Feuerbach et la fin de la philosophie classique allemande. Editions sociales, p.20-21 [2]).

Plus loin, Engels fait le bilan des grandes figures produites par la gauche hégélienne. «Strauss, Bauer, Stirner, Feuerbach furent autant de prolongement de la philosophie hégélienne, dans la mesure où ils ne quittèrent pas le terrain philosophique. Après sa Vie de Jésus et sa Dogmatique, Strauss n’a plus fait que de la littérature philosophique et de l’histoire religieuse à la Renan ; Bauer n’a réussi à faire quelque chose que dans le domaine de l’histoire de l’origine du christianisme, mais en vérité une chose remarquable ; Stirner resta une curiosité, même après que Bakounine l’eut amalgamé avec Proudhon et qu’il eut baptisé cet amalgame « anarchisme » ; Feuerbach seul fut éminent en tant que philosophe. » Engels, o.p.c., p.57)

Mais, on ne saurait en tirer la conclusion qu’Engels partage les thèses de Bauer. Dans le dernier article qu’il eut l’occasion de consacrer à l’histoire du christianisme primitif, Engels revient plus précisément sur l’œuvre de Bauer, tout comme il reprend le thème de l’Apocalypse.

« L’autre tendance est représentée par un seul homme : Bruno Bauer. Son grand mérite est d’avoir impitoyablement critiqué les Evangiles et les Epîtres apostoliques, d’avoir été le premier à prendre au sérieux l’examen des éléments non seulement juifs et gréco-alexandrins, mais aussi grecs et gréco-romains qui ont permis au christianisme de devenir une religion universelle. La légende du christianisme né de toutes pièces du judaïsme, partant de la Palestine pour conquérir le monde avec une dogmatique et une éthique arrêtées dans leurs grandes lignes, est devenue impossible depuis Bruno Bauer ; désormais elle pourra tout au plus continuer de végéter dans les facultés théologiques et dans l’esprit des gens qui veulent « conserver la religion pour le peuple », même aux dépens de la science. Dans la formation du christianisme, tel qu’il a été élevé au rang de religion d’Etat par Constantin, l’Ecole de Philon d’Alexandrie et la philosophie vulgaire gréco-romaine — platonique et notamment stoïcienne — ont eu leur large part. Cette part est loin d’être établie dans les détails, mais le fait est démontré, et c’est là surtout l’oeuvre de Bruno Bauer ; il a jeté les bases de la preuve que le christianisme n’a jamais été importé du dehors, de Judée, et imposé au monde gréco-romain, mais qu’il est, du moins dans la forme qu’il a revêtu comme religion universelle, le produit le plus authentique de ce monde. Naturellement, dans ce travail, Bauer dépassa de beaucoup le but, comme il arrive à tous ceux qui combattent des préjugés invétérés. Dans l’intention de déterminer, même au point de vue littéraire l’influence de Philon, et surtout de Sénèque, sur le christianisme naissant, et de représenter formellement les auteurs du Nouveau testament comme des plagiaires de ces philosophes, il est obligé de retarder l’apparition de la nouvelle religion d’un demi-siècle, de rejeter les récits qui s’y opposent des historiens romains, et, en générale, de prendre de graves libertés avec l’histoire reçue. Selon lui, le christianisme comme tel n’apparaît que sous les empereurs Flavien, la littérature du Nouveau Testament que sous Hadrien, Antonin et Marc-Aurèle. En conséquence, on vit aussi disparaître chez Bauer tout fond historique pour les récits du Nouveau Testament relatifs à Jésus et à ses disciples ; ils se résolvent en légendes où les phases de développement interne et les conflits moraux des premières communautés sont transposés et attribués à des personnages plus ou moins fictifs. Ce ne sont ni la Galilée ni Jérusalem, mais bien Alexandrie et Rome qui sont, d’après Bauer, les lieux de naissance de la nouvelle religion. »

Engels se tient à distance, dans le cadre des connaissances de son époque – c’est lui qui insiste particulièrement sur ce point -, aussi bien de la thèse extrême, athée, de Bruno Bauer que des travaux théistes de l’école de Tübingen [3]. Pour Engels la vérité, compte tenu de l’état de la recherche de son temps, doit se situer entre les deux points de vue [4].

[1] Lettres du Wuppertal (1838-1839); articles du Telegraph für Deutschland et du Morgenblatt für Gebildete Leser (1839-1841). Lettres aux frères Grœber, étudiants en théologie à Berlin, (1838-1841).

[2] La note des éditeurs qui présente les œuvres de Strauss et Bauer dit : « Strauss y présente Jésus-Christ non comme dieu, mais comme une éminente personnalité historique. Il tient les récits des Evangiles pour des mythes surgis de manière quasi-inconsciente dans les communautés chrétiennes. Dans sa critique de Strauss, Bruno Bauer lui reproche d’avoir méconnu le rôle de la conscience dans la création des mythes. » id note p.21

[3] Dont l’exonyme français de l’époque est Tubingue.

[4] « Par conséquent, si dans le résidu qu’elle ne conteste pas de l’histoire et de la littérature du Nouveau Testament, l’école de Tubingue nous a offert l’extrême maximum de ce que la science peut, de nos jours encore, accepter comme étant sujet à controverse, Bruno Bauer nous apporte le maximum de ce qu’elle peut y contester. La vérité se situe entre ces extrêmes. Que celle-ci, avec nos moyens actuels, soit susceptible d’être déterminée, paraît bien problématique. De nouvelles trouvailles, notamment à Rome, dans l’Orient et avant tout en Egypte, y contribueront bien davantage que toute critique. » Engels, histoire du christianisme primitif, Marx Engels, Sur la religion, Editions sociales, p.303)

Le marxisme et les évangiles (2 – Bruno Bauer)

“La critique de la religion est la condition de toute critique” (Marx).

Nous entamons sur ce blog une série de publications sur la critique des évangiles par Marx et Engels, à la suite des positions prises dans les années 1840 par les “Jeunes Hégéliens”.

2 – Bruno Bauer

Le livre de Strauss fut rejeté par les hégéliens et au premier plan des contradicteurs se trouve Bruno Bauer [1]. En 1837, Strauss prend  la défense de son livre dans un opuscule intitulé « En défense de ma vie de Jésus contre les hégéliens ».

A la fin de 1836, le jeune Karl Marx part à Berlin pour y poursuivre ses études. En 1838, il fréquente un club de jeunes docteurs que l’on a pris l’habitude d’appeler « jeunes hégéliens » et qui contribuèrent, tout comme Strauss, aux « Annales de Halle », revue éditée par Arnold Ruge. Le chef de file de ce groupe est Bruno Bauer. Marx qui ne tarde pas à devenir un pivot de ce groupement devient son jeune ami et compagnon de lutte.

Bauer, dans l’été 1839 entre en délicatesse avec le représentant en chef des hégéliens orthodoxes. Parti à l’université de Bonn, il poursuit à l’automne 1839, une évolution intellectuelle qui le conduit bien au-delà des positions de Strauss. En correspondance constante avec lui, Marx n’ignorait rien de cette évolution. Après son « Herr Dr. Hengstenberg. Kritische Briefe über den Gegensatz des Gesetzes und des Evangeliums » (1839) qui le conduit à Bonn, Bauer publie des travaux sur les évangiles (« Kritik der evangelischen Geschichte des Johannes » (Critique de l’histoire évangélique de Jean)-1840 -, « Kritik der evangelischen Geschichte der Synoptiker [2] » (Critique de l’histoire évangélique des synoptiques) -1841 – et il reviendra sur ces thèmes tout au long de sa vie. [3]

Après quelques mois à Trèves, sa ville natale, Marx rejoint Bonn en juin 1841. Il y entame avec Bauer une collaboration qui se traduit par un ouvrage anonyme, paru en novembre 1841, « La Trompette du jugement dernier contre Hegel l’athée et antéchrist . Ultimatum ». En prenant l’apparence d’un défenseur de la foi, le livre cherche à montrer que sous ses dehors théistes, Hegel est un athée et que les jeunes hégéliens en sont les vrais héritiers. Par exemple, au chapitre ou l’auteur feint de déplorer le mépris de Hegel pour l’écriture sainte et l’histoire sainte, on trouve ces citations de Hegel, à l’appui de ses dires : « Par le biais du mode de représentation des premiers siècles après la naissance du Christ, la vie de Pythagore nous parvient contée plus ou moins dans le même goût que la vie du Christ, sur le terrain de la réalité commune, et non dans un monde poétique ; elle nous apparaît comme un amalgame de fables extravagantes et merveilleuses, comme la somme hybride des représentations des magiciens, les mélanges de naturel et de surnaturel, la boutique des mystères de l’imagination trouble, pitoyable, et des divagations de têtes dérangées se sont greffées sur lui. L’histoire de sa vie est gâchée. Tout ce que la mélancolie et l’allégorisme chrétiens ont pu dénicher, y a été attaché. Les miracles que relatent les biographes tardifs de Pythagore sont pour une bonne part tout à fait insipides et du même goût que ceux du Nouveau Testament » Hegel, Histoire de la philosophie, I, 220, 221, 228), cité dans « La Trompette du jugement dernier contre Hegel l’athée et antéchrist . Ultimatum », p.150, 151

Selon l’analyse du biographe de Marx, Maximilien Rubel, les deux auteurs se seraient partagés la matière : A Bauer, la théologie, à Marx, la partie politique et philosophique. Une suite était en chantier à la fin de l’année 1841. Diverses péripéties (interdiction de la Trompette, maladie de Marx, décès de son beau-père) en empêchèrent la complète réalisation.

Bauer avait aussi l’idée de mettre sur pied une revue de l’athéisme avec la collaboration de Marx et également de Feuerbach. Ce projet non plus n’aboutira pas.

Le jeune Marx partageait-il pour autant entièrement le point de vue de Bauer ? Rien n’est moins sûr. La correspondance de Marx à Bauer n’a pas été retrouvée et l’analyse de leur trajectoire laisse penser que, même s’ils ont pu cheminer côte à côte et s’apporter mutuellement [4], leur approche était différente. Cette différence se manifestera très tôt [5] et se terminera par une rupture [6] qui s’achèvera [7] dans des ouvrages comme « La Sainte famille » (1845) ou « L’idéologie allemande » où Marx et Engels règleront leur compte à leur conscience philosophique en inaugurant la conception matérialiste de l’histoire.

De son côté, Engels se rendit à Berlin pour y effectuer son service militaire d’octobre 1841 à octobre 1842. A cette occasion, il fréquente les jeunes hégéliens dont l’évolution dégénérative est entamée. Ils se baptisent les Affranchis (Freien). Le retour de Bauer à Berlin, à la fin du premier trimestre de 1842, non seulement n’enrayera pas leur dégénérescence, mais Bauer en prendra la tête. Engels qui donc connaît à son tour nombre des protagonistes de ce mouvement, à commencer par les frères Bauer [8], participe à leurs débats et écrit quelques articles dont certains pour la Gazette rhénane dont Marx devient un collaborateur puis le rédacteur en chef en 1842 [9].

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[1] Celui-ci poursuivra Strauss de sa vindicte tout au long de sa vie.

[2] Les synoptiques désignent les évangiles selon Matthieu, Marc et Luc car on peut les mettre en parallèle.

[3] Les principales œuvres de Bauer sont :

– Critique de l’histoire de la Révélation (1838)

– Herr Doktor Hegstenberg (1839)

– Die evangelische Landeskirche Preußens und die Wissenschaft (1840)

– Kritik der evangelischen Geschichte des Johannes (1840)

– Kritik der evangelischen Geschichte der Synoptiker (1841)

– Die Posaune des jüngsten Gerichts über Hegel, den Atheisten und Antichristen (1841)

– Die gute Sache der Freiheit und meine eigene Angelegenheit (1842)

– Hegels Lehre von der Religion und Kunst von dem Standpunkt des Glaubens aus beurteilt (1842)

– Das Entdeckte Christentum (1843)

– Die Judenfrage (1843)

– Geschichte der Politik, Kultur und Aufklärung des 18. Jahrhunderts (1843-45)

– Geschichte Deutschlands und der französischen Revolution unter der Herrschaft Napoleons (1846)

– Kritik der Evangelien und Geschichte ihres Ursprungs (1850-52)

– Die Apostelgeschichte, eine Ausgleichung des Paulinismus und des Judentums innerhalb der christlichen Kirche (1850)

– Rußland und das Germanentum (1853)

– Philo, Strauss und Renan und das Urchristentum (1864)

– Christus und die Cäsaren , der Ursprung des Christentums aus dem römischen Griechentum (1877)

– Zur Orientierung über die Bismarck’sche Ära (1880)

– Disraelis romantischer und Bismarcks sozialistischer Imperialismus (1882)

[4] Par exemple, la célèbre analogie de l’opium et de la religion, bien que présente chez des auteurs antérieurs (Moses Hess, Heine mais aussi Kant, Herder ou Feuerbach) doit sans doute aussi à Bauer.

[5] L’article contre la censure prussienne envoyé à Ruge en février 1842 marque déjà des différences par rapport à certains jeunes hégéliens qui se réjouissaient des bonnes dispositions du roi qui selon eux se manifestaient dans cette instruction.

[6] Cette rupture avec les Affranchis a lieu vers novembre 1842. «Cette volonté de réunir tous les éléments progressistes d’Allemagne, de concentrer toutes les forces libérales dans la lutte contre l’absolutisme, ne tarde pas à mettre Marx en opposition avec ses anciens amis de Berlin, et notamment avec Bruno Bauer. Avant même d’avoir pris la direction du journal, il exprime de profondes réserves sur leur façon désinvolte d’aborder de grands problèmes, de détourner les esprits sérieux de la lutte pratique et de faire inutilement peser sur les organes de la presse progressiste, déjà sévèrement bridés par la censure, des menaces d’interdiction. La rupture avec Bauer et le cercle des « Affranchis » de Berlin suit de près l’accession de Marx à la tête de la Rheinische Zeitung, le jeune directeur ayant pris parti pour Ruge et Herwegh et publiquement condamné dans les pages de son journal le « romantisme politique, le culte maniaque du génie et les fanfaronnades » par lesquels les bauériens « compromettent la cause et le parti de la liberté » (Reinische Zeitung, 29.11.42, Lukacs, Le Jeune Marx, son évolution philosophique de 1840 à 1844, Les éditions de la passion, p.35)

[7] En 1843, Marx publie dans la question juive une critique de deux textes de Bauer sur le même sujet.

[8] Bruno et Edgar Bauer (1820-1886)

[9] La première rencontre entre Marx et Engels, fin 1842, quand Engels est sur le chemin de l’Angleterre sera un peu froide. Pour Marx, Engels est assimilé aux Affranchis avec qui il s’apprête à rompre, tandis qu’Engels a été prévenu contre Marx par les frères Bauer.

Le marxisme et les évangiles (1 – David Strauss)

« La critique de la religion est la condition de toute critique » (Marx).

Nous entamons sur ce blog une série de publications sur la critique des évangiles par Marx et Engels, à la suite des positions prises dans les années 1840 par les « Jeunes Hégéliens ».

1 – David Strauss

En 1835, David Strauss (1808-1874), publie une vie de Jésus. Le livre de Strauss ouvre la voie à l’historicisation de Jésus. Jusqu’à la parution de cet ouvrage, la critique était de nature rationaliste ou portée par de libres penseurs qui insistaient sur la tromperie des prêtres. Avec l’émergence de la philosophie de l’histoire de Hegel, il n’était plus possible d’en rester là. Le livre de Strauss eut un grand retentissement [1]. Strauss ne remet nullement en cause l’existence de Jésus [2] ; il le resitue dans un contexte historique. Pour simplifier on peut dire que l’on passe de Jésus Christ [3] à Jésus.

Le jeune Engels, né et élevé dans des bastions piétistes, découvre Strauss, au cours de son itinéraire personnel, ce qui le mènera à l’abandon de la foi.

« Actuellement je m’occupe de philosophie et de théologie critique ; quand à l’âge de 18 ans on fait la connaissance de Strauss, des rationalistes et de la Kirchen-Zeitung on doit ou bien tout lire sans réfléchir ou bien se mettre à douter de sa foi Wuppertalienne. Je ne comprends pas que les prédicateurs orthodoxes puissent être aussi orthodoxes puisqu’il y a des contradictions manifestes dans la Bible. (…)

Je suis encore aussi bon spiritualiste qu’avant mais j’ai quitté l’orthodoxie … » (lettres aux frères Graeber, avril-mai 1839)

Quelques mois plus tard, une lecture attentive produit ses effets :

« (…) je suis devenu un enthousiaste de Strauss … Maintenant allons-y, j’ai des armes, bouclier et casque, et je me sens sûr : arrivez seulement et, malgré votre théologie, je vous martèlerai… Oui …Je suis partisan de Strauss … Adieu foi ! elle est trouée comme une éponge. Cà et là il voit trop de mythes mais c’est seulement sur les détails ; autrement il est génial sur toute la ligne. Si vous êtes capable de réfuter Strauss, eh bien je redeviendrai piétiste » (lettres aux frères Graeber, octobre1839)

« J’ai prêté serment au drapeau de D. Strauss et je suis un mythologue de première classe… Il a sapé vos conceptions par la base : le fondement historique est perdu sans retour et le fondement dogmatique le suivra dans sa chute. Il est impossible de réfuter Strauss … » (lettres aux frères Graeber, octobre1839)

« Au demeurant il n’est pas du tout infaillible ; mais même si toute sa vie de Jésus se dévoilait comme un complexe de purs sophismes, demeurerait le premier point, qui rend l’ouvrage si important, à savoir l’idée fondamentale (de la présence) du mythique dans le christianisme et celle-ci, malgré la réfutation susdite, n’en serait pas pour autant endommagée, car son application à l’histoire biblique peut toujours être recommencée sur de nouvelles bases » (lettres aux frères Graeber, novembre1839)

C’est également via Strauss qu’Engels va prendre le chemin de l’hégélianisme. Un autre saut significatif dans l’évolution d’Engels sera accompli avec le livre de Feuerbach consacré à l’Essence du Christianisme [4]. Plus tard, à la suite de ses contacts avec les jeunes hégéliens et a fortiori quand il sera devenu communiste, Engels relativisera de beaucoup l’importance de Strauss [5] vis-à-vis de l’œuvre de Bruno Bauer (1809-1882).

NOTES

[1] Et une influence durable. Il se dit que ce livre contribua à ce que Nietzsche perdit la foi (1863). cf. Schaberg, William, The Nietzsche Canon, University of Chicago Press, 1996, p. 32

[2] Il est très vraisemblable qu’il y ait une tendance à l’amalgame de tous les courants historicistes inspirée par les détracteurs en leur faisant dire qu’ils nient l’existence du personnage de Jésus. Ainsi Renan – qu’Engels ne manquera jamais de mépriser en tant que plagiaire des critiques allemands et notamment Bruno Bauer – fait remarquer dans son livre sur la vie de Jésus que «Il est à peine besoin de rappeler que pas un mot, dans le livre de M. Strauss, ne justifie l’étrange et absurde calomnie par laquelle on a tenté de décréditer auprès des personnes superficielles, un livre commode, exact, spirituel et consciencieux, quoique gâté dans ses parties générales par un système exclusif. Non seulement, Strauss n’a jamais nié l’existence de Jésus, mais chaque page de son livre implique cette existence. Ce qui est vrai, c’est que M. Strauss suppose le caractère de Jésus, plus effacé pour nous qu’il ne l’est peut-être en réalité. » (Ernest Renan, la vie de Jésus, p.VIII, 1863)

L’amalgame et les confusions semblent se poursuivre. Par exemple, sur ce site de la droite religieuse américaine on peut lire : « To summarize, it was in 1835 that David Strauss published his most famous work « Life of Jesus » in German. One of the first to read it were the professors of a young Student named Karl Marx.

This work on the Life of Christ was designed to undermine the Faith of Christians by pointing to supposed contradictions in the Bible between the various Gospel accounts of the Life of Jesus. The premise was flawed as well as the conclusions. But the book did not have to be accurate. It was designed to De-Convert Christians. One of the more successful efforts of this project can be seen in the life of Engels and Marx.

Karl Marx was a young University Student in Germany, when his professors made sure that young Marx read this work by David Strauss. The results were not long in coming: Marx decided that Christianity was not real and that the Jesus of the Bible was not authentic. Marx was led astray – because he was willing to listen to those who based their careers on personal efforts against Christianity. The Result in this case was that Marx became an enemy of Christianity and a God-hater in every way. The result of Marx’s mistakes in Logic and Biblical understanding were passed onto millions.

Even Karl Marx could not have invented Marxism and combined it with Atheism, if the Textual Critics has not helped him. Biographers of Marx will tell you that he could not be won over to his philosophical points, until his understanding of Jesus had been defeated. It was the book « life of Jesus » by David Strauss – a textual critic – that caused Marx to become an Atheist. Strauss was an academic and a German Textual Critic. His purpose was to assault the Bible and the claims of Jesus Christ to be God.” (http://www.exorthodoxforchrist.com/ david_strauss.htm).

Mais, il n’y a pas que les fanatiques qui vont dans ce sens. Ainsi, le traducteur et préfacier du pamphlet « La trompette du jugement dernier … » (voir plus bas), Henri-Alexis Baatsch, que l’on pourrait supposer particulièrement bien informé, écrit dans l’introduction de l’ouvrage « A l ‘encontre de Hegel qui prétendait que la réalité historique de la religion chrétienne était sans importance au regard du contenu symbolique des récits de l’Ancien et du Nouveau Testaments, Strausz voyait dans ces récits ce qui constitue l’essence même de la religion chrétienne et pour lui, les Evangiles, loin d’être des symboles, loin de révéler, des moments philosophiques, étaient des mythes inventés par le peuple juif, ou ses porte-parole, pour traduire ses aspirations profondes ; de là à nier l’existence historique de Jésus-Christ, il n’y avait qu’un pas que Strausz franchissait. Il ne lui attribuait qu’une valeur symbolique (…) » (H.-A. Baatsch in,  La trompette du jugement dernier contre Hegel, l’athée et l’antéchrist. Un ultimatum, Bauer, p.11-12, Aubier.)

Pour se faire sa propre opinion, on peut lire, pour ceux qui ne peuvent pas accéder au texte allemand, une traduction française de « La vie de Jésus », parue en 1853 – Librairie philosophique de Ladrange -, disponible sur le site Gallica de la BNF.

[3] C’est-à-dire le messie, celui qui a reçu l’onction de Dieu

[4] « Il faut avoir éprouvé soi-même l’action libératrice de ce livre pour s’en faire une idée. L’enthousiasme fut général : nous fûmes tous momentanément des « feuerbachiens ». On peut voir en lisant la Sainte Famille, avec quel enthousiasme Marx salua cette nouvelle façon de voir et à quel point – malgré toutes ses réserves critiques – il fut influencé par elle. » Engels, Ludwig Feuerbach et la fin de la philosophie classique allemande, Editions sociales, p.21).

« Strauss et Bauer en avaient détaché (de la philosophie hégélienne – NDR) chacun un des ses aspects et le retournaient de façon polémique contre l’autre. Feuerbach brisa le système tout entier et le mit tout simplement de côté » Engels, Ludwig Feuerbach et la fin de la philosophie classique allemande, Editions sociales, p.24)

[5] De son côté, Marx écrit en janvier 1842, un très court essai où il prend Luther comme arbitre entre Strauss et Feuerbach sur la question des miracles. Il penche clairement vers Feuerbach et l’idée que les miracles sont la réalisation de souhaits humains par des voies surnaturelles.