La nature de la révolution d’octobre 1917

Le texte que nous présentons ici a servi de trame à une conférence sur « La nature de la révolution d’octobre 1917 », tenue au Moulin de Saint-Félix (Oise), à l’initiative de jeunes camarades.

Tout en étant rédigé, il faut garder à l’esprit qu’il s’agit d’un support à une communication orale, d’une heure trente environ. Il ne saurait donc prétendre à fournir une étude exhaustive de la révolution russe, comme nous le disons en entrée du texte. Nous nous sommes limités à la séquence février-octobre, et avons privilégié l’analyse en termes de rapports de classes et de forces politiques, l’enjeu étant la caractérisation de la révolution d’octobre.

Certains faits rapportés sont forcément, dans ce contexte, lapidaires.

Nous nous sommes appuyés sur un travail en cours, beaucoup plus détaillé, sur le cours de la révolution russe, qui devrait être publié début 2018 dans le cadre de la réédition augmentée de notre texte de 2011 : « Le cours historique de la révolution prolétarienne ».

Lire le texte complet : Nature_revolution_russe

 

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1976-2016, regards sur les quarante ans écoulés

En novembre 1976, nous éditions le premier numéro de la revue « Communisme ou Civilisation » (plus loin CouC). Celui-ci contenait un texte de 22 pages intitulé, précisément, « Communisme ou Civilisation » et 19 pages de « thèses complémentaires au n°6 d’Invariance (1969) »[1].

Le petit noyau qui publia cette revue (et qui, pour l’essentiel constitue encore aujourd’hui notre organe collectif Robin Goodfellow) le fit au sortir d’un passage relativement bref par le Groupe Communiste Mondial, en 1975, qu’il quitta rapidement au vu du caractère mensonger de ce groupe qui prétendait se situer dans la lignée du projet de retour à Marx d’Invariance, et qui ne faisait en réalité, dans la pire ambiance de secte, qu’ânonner des formules et des litanies, dans une caricature d’invariance du marxisme qui n’en était que la totale ossification.

Dès le premier numéro sorti, ce petit noyau prit une teneur internationale, puisque des camarades brésiliens rencontrés à Paris organisèrent, une fois de retour et encore sous la dictature des généraux, un petit cercle d’études du Capital de Marx dont une partie s’agrégea à CouC. Même à l’échelle microscopique qui est encore la nôtre aujourd’hui, le travail de restauration programmatique s’effectuait à une échelle internationale, notamment dans des pays de langue latine (Espagne, Brésil, France, puis Mexique), mais aussi en Allemagne (de l’Ouest à l’époque).

[1] Tous ces textes sont disponibles sur notre site www.robingoodfellow.info, rubrique « Archives ».

LIRE LE TEXTE ENTIER (PDF) : 40-anniversaire

Marx-Engels et la république démocratique. Le cas français.

Marx et Engels ont toujours été des observateurs attentifs de l’évolution politique de la France. D’abord parce qu’ils ont toujours considéré, sauf à certaines époques de montée en puissance du parti ouvrier en Allemagne, par exemple après la défaite de la Commune, que le prolétariat français et notamment parisien se trouvait à l’avant-garde du prolétariat mondial ; ensuite parce qu’ils s’intéressent à l’évolution de l’Etat dans ce pays.

A la suite des textes précédents sur le 18 Brumaire, et sur la démocratie (critique du livre de Jacques Texier), nous abordons l’analyse de la Troisième république Française.

Le contexte historique.

Contrairement à l’Angleterre, où la révolution bourgeoise du 17° siècle s’est soldée par un compromis avec l’aristocratie, ou à l’Allemagne qui manifeste un retard important dû à l’arriération des formes sociales et des forces politiques, la France s’est engagée résolument, avec la révolution de 1789, dans un processus révolutionnaire bourgeois, mais heurté, avec des phases qui alternent des épisodes de révolution violente dans lesquels le prolétariat joue un rôle important, et des épisodes de contre-révolution marqués par une restauration monarchique ou impériale.

L’antithèse du Second Empire, a dit Marx, c’était la Commune. En 1871, le prolétariat parisien a montré au monde les grandes lignes de ce que devait être la dictature du prolétariat et la forme de gouvernement adéquate pour liquider le mode de production capitaliste. Mais, à la suite de la défaite du prolétariat révolutionnaire et la chute de Bonaparte, s’instaure, pour la première fois depuis 1791, de manière durable, la république démocratique bourgeoise, forme « nécessaire » de la lutte entre bourgeoisie et prolétariat. Malgré tout cette forme, plusieurs fois menacée, poursuivra un cours historique au cours duquel se (re)composent les forces politiques modernes de la domination capitaliste, la république bourgeoise se stabilise peu à peu, encore une fois par à-coups, jusqu’à s’affirmer dans les années 1880.

Après la dissolution de la Première Internationale à la Haye en 1872, Marx et Engels se flattent de n’avoir plus aucune « fonction officielle » dans aucun parti socialiste, mais ils interviennent régulièrement vis-à-vis des socialistes des différents pays (notamment allemands et français) pour les guider, les critiquer, ou commenter leur action, tout en analysant avec minutie des développements politiques et sociaux internationaux.

C’est ainsi que nous possédons, à travers de nombreux articles de journaux, textes et correspondances, un ensemble de positions, qui toutes vont dans le même sens, sur l’évolution de la république française. La plupart de ces textes sont disponibles dans un recueil publié par les Editions sociales en 1984 : Marx/Engels et la troisième république 1871/1895. Nous les utiliserons dans les pages qui suivent pour énumérer les thèmes qui définissent la position du parti du prolétariat par rapport à l’évolution de la république bourgeoise, et restituer les commentaires fait par ce parti sur les principales étapes de cette évolution.

La république comme ultime terrain de lutte.

« Ô si Marx avait assez vécu pour voir se vérifier en France et en Amérique sa thèse selon laquelle la république démocratique n’est rien d’autre que le terrain sur lequel se livre la bataille décisive entre bourgeoisie et prolétariat. » (Engels à Bebel, 18 Août 1886)

C’est un thème que nous avons déjà commenté dans notre texte consacré à la critique du livre de Texier. Marx et Engels ont toujours défendu l’idée que la république bourgeoise était la forme nécessaire, le terrain de lutte, pour l’antagonisme entre bourgeoisie et prolétariat, et donc la forme nécessaire POUR la dictature du prolétariat.

« Désormais, la classe ouvrière ne peut plus se faire d’illusions sur ce qu’est la république : la forme d’état où la domination de la bourgeoisie prend son expression ultime, vraiment accomplie. Dans la république moderne, on instaure enfin l’égalité politique pure, égalité encore soumise dans toutes les monarchies à certaines restrictions. Et cette égalité politique, est-ce autre chose que de déclarer que les antagonismes de classes ne concernent en rien l’état, que les bourgeois ont autant le droit d’être bourgeois que les travailleurs prolétaires ?

Mais les bourgeois eux-mêmes n’instaurent qu’avec une répugnance extrême cette forme ultime et accomplie de la domination de la bourgeoisie qu’est la république ; c’est elle qui s’impose à eux. D’où vient donc cette contradiction bizarre. De ce qu’instaurer la république signifie rompre avec la tradition politique tout entière ; de ce que, en république, toute institution politique doit pouvoir démontrer son droit à l’existence ; donc de ce que toutes les influences traditionnelles qui, sous la monarchie, soutenaient le pouvoir en place, s’effondrent. En d’autres termes : si elle est la forme accomplie de la domination de la bourgeoisie, la république moderne est en même temps la forme d’état où la lutte de classe se débarrasse de ses dernières entraves et où se prépare son terrain de lutte. La république moderne n’est précisément rien d’autre que ce terrain de lutte. »

Engels, La république en Espagne, Volksstaat n°18, 1er Mars 1873.

Il s’ensuit que le prolétariat ne peut être ni indifférentiste ni abstentionniste par rapport à cette question de la république. D’où son intervention dans les luttes anti féodales et anti monarchiques, d’où aussi le rôle qu’il doit jouer et les moyens qu’il doit employer dans le cours même de la vie politique bourgeoise.

Pour faciliter sa constitution en parti indépendant1, le prolétariat peut compter sur la liberté de la presse, d’association, de réunion. D’autre part, pour pouvoir se compter, s’exprimer devant la nation toute entière, le prolétariat doit participer aux élections, en exigeant le suffrage universel, c’est-à-dire l’abolition de toutes les barrières censitaires ou liées à un statut social particulier (propriété, etc.), et de manière générale l’extension de la démocratie.

« De l’autre côté, le maintien du gouvernement républicain existant lui offrirait au moins la perspective d’obtenir un niveau de liberté publique et individuelle tel qu’il lui permette de mettre sur pied une presse ouvrière, une agitation fondée sur des réunions et une organisation comme parti politique indépendant ; en outre, le maintien de la république épargnerait à la classe ouvrière la nécessité de devoir livrer une bataille particulière à seule fin de la rétablir dans les temps à venir. » (Engels, Les travailleurs européens en 1877, The labour Standard, Mars 1878)

« Mais il ne faut pas croire que ce soit d’une mince importance d’avoir des ouvriers dans les parlements. Si l’on étouffe leur voix comme à De Potter et Castiau, si on les expulse comme Manuel = l’effet de ces rigueurs et de cette intolérance est profond sur le peuple = Si au contraire comme Bebel et Liebknecht ils peuvent parler, de cette tribune, c’est le monde entier qui les entend = d’une manière comme d’une autre, c’est une grande publicité pour nos principes = Pour n’en citer qu’un exemple = lorsque Bebel et Liebknecht ont entrepris contre et pendant la guerre qui se livrait en France = cette lutte pour dégager toute la responsabilité de la classe ouvrière en face de ce qui se passait = toute l’Allemagne était ébranlée, et Münich même, cette ville où l’on ne faisait de Révolutions que pour le prix de la bière = se livrait à de grandes manifestations pour demander la fin de la guerre. Les gouvernements nous sont hostiles, il faut leur répondre par tous les moyens possibles que nous avons à notre disposition, mettre des ouvriers dans les parlements, c’est autant de gagné sur eux, mais il faut choisir des hommes et ne pas prendre des Tolain. »

Discours de Marx à la Conférence de Londres de l’AIT, Septembre 1871.

Lorsqu’il dispose de ce terrain de lutte, sur lequel se mène l’assaut final, le prolétariat doit l’utiliser pour se renforcer, créer son propre parti, accroître son influence sur les masses ouvrières, la paysannerie, la fraction des classes moyennes qui est en permanence sur le point de basculer dans le prolétariat.

La consolidation de la république.

Pendant un long moment après l’explosion de la révolution bourgeoise de 1789-1795, les forces hostiles à la république continuent à se manifester et à s’organiser. Les courants monarchistes, puis bonapartistes jouent un rôle contradictoire important vis-à-vis de la tendance à la consolidation de la république bourgeoise.

L’analyse de Marx et Engels montre que les courants monarchistes, divisés entre tendances dynastiques opposées, sont incapables de s’unir pour aboutir à une véritable restauration, et qu’ils sont conduits, paradoxalement, à se rallier à la république pour aboutir à leur unité2. C’est ainsi qu’il se constitue petit à petit un parti républicain conservateur, en face duquel les républicains traditionnels, se répartissent en diverses tendances, la plus à gauche étant celle des radicaux.

Ainsi, au fur et à mesure que s’estompe la menace d’une contre-révolution monarchique (même si une telle éventualité se manifeste de manière récurrente, très tard dans le siècle), s’ouvre le cours spécifique de la république bourgeoise qui est le suivant : sous la pression de la classe ouvrière, les gouvernements bourgeois se succèdent en amenant au pouvoir des partis toujours plus radicaux, jusqu’à ce qu’ils se soient tous compromis et qu’il n’existe plus, comme véritable opposition au gouvernement bourgeois, quelle que soit sa couleur, que le parti ouvrier, c’est-à-dire les socialistes. A ce moment-là, pacifiquement ou par la force selon les cas, ce parti est placé en condition d’accéder au pouvoir.

Ce cheminement est le cadre théorique constant à partir duquel Marx et Engels vont analyser la situation en France, laquelle est marquée par des crises successives au cours desquelles la question de la défense du « terrain de lutte », la république, est à nouveau posée.

a) La crise de 1877.

Lors des élections de 1876, les républicains, emmenés par Gambetta, emportèrent une majorité de 340 sièges sur 500 à l’Assemblée nationale, tandis que le Sénat, ainsi que le Président de la république, Mac-Mahon, étaient de tendance monarchiste. Cette forme de « cohabitation » entraînant conflit sur conflit, Mac Mahon décide de nommer le Duc de Broglie président du conseil en Mai 1876. Face à ce casus belli, la chambre vote la défiance vis-à-vis du gouvernement, ce qui pousse Mac Mahon à la dissolution. En 1877, de nouvelles élections confirment une majorité républicaine, derrière Gambetta, même si l’écart est moins net (321 sièges contre 208 députés monarchistes).

Cet épisode, qui ne fait finalement que consacrer le pouvoir des républicains modérés est malgré tout salué par Marx et Engels comme une grande victoire pour le prolétariat français, dans la mesure où il consolide le fameux terrain de lutte et ouvre la voie à une organisation autonome en parti indépendant. Dans l’article du Labour Standard cité ci-dessus, Engels commente ainsi l’épisode du 16 Mai 1876 :

« Ce fut donc une nouvelle preuve du haut niveau de l’intelligence politique instinctive de la classe ouvrière française que le fait que, dès que le 16 mai dernier la grande conjuration des trois fractions monarchistes déclara la guerre à la république, les ouvriers, comme un seul homme, firent du maintien de la République leur tâche immédiate la plus importante. Sans doute se comportaient-ils, en agissant ainsi comme l’appendice des républicains bourgeois et des radicaux, mais une classe ouvrière qui ne dispose ni d’une presse, ni de possibilités de se réunir, ni de clubs ou d’associations politiques, que peut-elle être d’autre, sinon l’appendice du parti radical bourgeois ? Que peut-elle faire d’autre pour obtenir son indépendance politique que de soutenir le seul parti qui s’est chargé à assurer au peuple en général et donc aussi aux ouvriers des libertés telles qu’elles les autorisent à avoir une organisation indépendante ? »

Et il ajoute qu’il était inutile, dans ces conditions, de présenter aux élections des candidats ouvriers, inconnus, sans soutien organisationnel, et donc incapables d’attirer les suffrages en quantité suffisante.

L’épisode de 1877 est considéré comme positif, car il montre que le régime républicain est désormais consolidé, y compris dans les campagnes. Le coup de force de Mac Mahon ne s’est pas traduit comme par le passé, par un coup militaire qui aurait obligé à une riposte violente de la classe ouvrière suivie d’une répression nouvelle. Sans coup férir, le prolétariat a contribué à élargir l’espace de son action politique.

« En conséquence de quoi, aussi méprisable que puisse être l’actuel gouvernement républicain en France, la consolidation définitive de la république a au moins fourni aux ouvriers français le terrain sur lequel ils peuvent s’organiser en parti politique indépendant et disputer leurs prochaines batailles non pas pour le profit d’autres qu’eux, mais bien pour leur propre profit ; elle a en même temps fourni le terrain sur lequel ils peuvent s’allier à la masse des paysans qui jusqu’à présent leur était hostile et faire de leurs victoires futures non plus, comme c’était jusqu’ici le cas, de brefs triomphes de Paris sur la France, mais des triomphes définitifs de classes opprimées de France sous la conduite des ouvriers de Paris et des grandes villes de Province. »

(idem)

A partir de ce moment là, Marx et Engels suivent avec attention les progrès du parti ouvrier dans les différentes élections, notamment municipales, en se réjouissant de ce que ce mouvement se déroule de façon pacifique.

« Mais dans l’ensemble la marche pacifique régulière de l’évolution en France ne peut finalement que nous être favorable. Ce n’est que si la province, comme c’est le cas depuis 1871, est entraînée dans le mouvement et devient, comme cela advient de plus en plus, une puissance dans l’état, c’est-à-dire sous une forme normale, que peut prendre fin dans notre intérêt à tous le type d’évolution française par saccades, impulsée par des coups de Paris et refoulée pour des années par la réaction provinciale. Au moment où il sera temps pour Paris d’agir, il aura ainsi la province derrière, et non contre lui. »

(Engels à Kautsky 27 Août 1881)3

Une fois ce cadre général mis en place et apparemment stabilisé, le cours attendu est celui d’un glissement progressif vers la « gauche » à l’intérieur même de la république bourgeoise, jusqu’à ne plus laisser face à face que le parti républicain radical au pouvoir et le parti du prolétariat comme seule force d’opposition crédible.

b) La position vis-à-vis du radicalisme.

Tant que la république n’était pas encore consolidée, et surtout tant qu’il n’existait pas encore de parti ouvrier indépendant, les ouvriers agissent au mieux, sur la base de leur instinct politique, comme l’appendice du parti radical.  En revanche, une fois qu’il s’est constitué un parti autonome, défendant réellement les intérêts de la classe ouvrière, ce dernier doit travailler à soustraire les masses à l’influence des partis bourgeois lesquels seront amenés de toutes les façons, par l’enchaînement des événements, à se déconsidérer.

« D’ailleurs tout le « parti ouvrier », avec les deux fractions qui le composent, ne représente qu’une partie infiniment petite des masses ouvrières de Paris qui continuent à suivre encore des gens comme Clemenceau, contre lequel Guesde a mené sa polémique de façon bien trop personnelle – une fois encore – et pas du tout d’ailleurs comme il le fallait. Clemenceau est en fait très susceptible d’évolution et peut – dans certaines circonstances – aller bien plus loin que maintenant, spécialement s’il vient à se rendre compte qu’il s’agit de luttes de classes ; il est vrai qu’il ne s’en rendra compte que le jour où il n’aura pas d’autre choix. Guesde, lui, s’est mis une fois pour toutes dans la tête que la république athénienne de Gambetta est bien moins dangereuse pour les socialistes que la République spartiate de Clemenceau et veut donc rendre impossible cette dernière, comme si nous, ou quelque parti dans le monde, pouvions empêcher qu’un pays passe par les stades d’évolution historiquement nécessaires et sans prendre en considération qu’en France nous passerons difficilement d’une république à la Gambetta au socialisme sans passer par une république à la Clémenceau. »

(Engels à Bernstein 22 Septembre 1882)

Pour Engels, c’est toujours « la logique de 1792-94 » qui prévaut (Engels à Lafargue 12 Octobre 1885), et l’inéluctable développement du cours politique travaille à dresser le théâtre de l’affrontement final entre bourgeois et prolétaires.

« Nous sommes toujours, comme en 1848, l’opposition de l’avenir et il nous faut attendre qu’arrive à la barre le plus extrémiste des partis actuels pour pouvoir devenir face à lui l’opposition présente. L’immobilisme politique, c’est-à-dire la lutte sans raison et sans objectif des partis officiels à laquelle on assiste, ne peut pas à la longue nous être profitable. Par contre, nous servirait bien une lutte progressive de ces partis avec un déplacement graduel de son centre de gravité vers la gauche. C’est ce qui se passe en France actuellement, où la lutte politique se déroule comme toujours d’une manière classique. Les gouvernements qui se succèdent tendent de plus en plus à gauche, la perspective d’un ministère Clemenceau existe déjà et encore ce ne sera pas le ministère bourgeois le plus à gauche. Des concessions aux ouvriers, telle est la retombée de tout déplacement vers la gauche (…) de plus – et cela est plus important encore – le terrain pour le combat décisif se déblaie de plus en plus et l’on assiste à une clarification de la place des partis politiques, à une classification des positions sur l’échiquier. Je tiens cette lente mais irrésistible évolution de la République française vers son nécessaire épilogue – l’antagonisme entre bourgeois radicaux jouant aux socialistes et ouvriers réellement révolutionnaires – pour un des événements les plus importants et j’espère qu’elle ne sera pas interrompue. »

(Engels à Bebel, Juin 1884)

Il est évident que le communisme ne pourrait pas tenir un tel discours s’il estimait, comme les indifférentistes, que toutes les forces politiques en présence se valent et qu’il n’existe pas de terrains plus favorables que d’autres à l’exercice de la lutte des classes. Si, en l’occurrence, le radicalisme républicain est considéré comme un élément favorable, c’est qu’il a dans son programme un certain nombre de réformes qui visent toutes à étendre et approfondir l’organisation républicaine du pays, notamment par la décentralisation, la restitution d’une plus grande autonomie aux communes et la suppression de la bureaucratie. Autrement dit, il s’agit de rompre avec le cours séculaire de renforcement de l’exécutif décrit par Marx dans « Le 18 Brumaire », puis dans « La guerre civile en France ». S’il y arrivait (et même l’amorce d’une telle chose, dit Engels) cela serait « la plus grande révolution depuis 1800 » en France. L’état bourgeois ne s’est pas figé dans la république après 1872, laissant le prolétariat indifférent à son évolution. Plus la république sera développée, plus son champ d’influence sur la société sera grand, plus elle aura balayé d’obstacles à la prise du pouvoir par le prolétariat, plus les combats de l’avenir auront une chance de se conclure par la victoire de celui-ci. Et Engels conclut :

« Mais les radicaux au pouvoir, cela signifie avant tout en France émancipation du prolétariat de l’ancienne tradition révolutionnaire, lutte directe entre prolétariat et bourgeoisie, c’est-à-dire enfin l’instauration d’une situation de lutte tout à fait claire. »

(Engels à Bebel 24 Juillet 1885)

Or, il est plus que probable, qu’une fois au pouvoir, le radicalisme sera incapable de mettre en œuvre les réformes qu’il a promises. Dans la dynamique que provoquerait ce mouvement, il y a trop de danger de voir celui-ci entraîner plus ou moins rapidement le prolétariat sur le devant de la scène. Comme toujours, la bourgeoisie se trouve devant sa contradiction historique : elle a besoin de la république pour assurer son pouvoir, mais elle craint que celle-ci ne donne vie à son adversaire, le prolétariat.

« La bourgeoisie, à partir du moment où elle a en face d’elle un prolétariat conscient et organisé, s’empêtre dans des contradictions désespérées entre ses tendances générales libérales et démocratiques d’une part, et les nécessités répressives de sa lutte défensive contre le prolétariat d’autre part. Une bourgeoisie lâche, comme celle d’Allemagne et de Russie, sacrifie ses tendances générales de classe aux avantages provisoires de la répression brutale. Mais une bourgeoisie qui possède sa propre histoire révolutionnaire, comme la bourgeoisie anglaise et particulièrement la bourgeoisie française, ne peut le faire avec autant de facilité. D’où cette lutte au sein de la bourgeoisie elle-même, qui, malgré des accès passagers de violence et d’oppression, la pousse en avant dans l’ensemble : considère les diverses réformes électorales de Gladstone en Angleterre et les progrès du radicalisme en France. »

(Engels à Laura Lafargue, 2 Octobre 1886)

Dans  de nombreux autres textes, la thèse de l’arrivée au pouvoir des radicaux comme prélude à la constitution du parti du prolétariat comme véritable parti d’opposition, est réaffirmée. Il est important de voir que, dans ce cas, c’est en arrachant les ouvriers à l’influence des radicaux, que le parti socialiste pourra acquérir « des millions de voix » dit Engels. Par conséquent, tout épisode manifestant l’accroissement de l’influence des socialistes vis-à-vis des radicaux est décrit comme un moment favorable de l’évolution historique.

Ainsi par exemple en 1886, Engels salue l’élection de deux ouvriers à la chambre, Basly et Camélinat, « que les radicaux ont fait élire, mais qui contre tous les usages ne sont pas devenus des serviteurs de Messieurs les radicaux, mais sont au contraire intervenus en tant qu’ouvriers », notamment à propos de la grève des mineurs de Decazeville (cf. Lettre à Sorge du 29 Avril 1886). Toujours à propos de cet épisode, Engels développe dans plusieurs correspondances la thèse selon laquelle cet épisode marque la constitution d’un véritable parti ouvrier à la chambre des députés, parti qui se constitue dans la séparation d’avec les radicaux.

« Le socialisme français est subitement passé de la secte au parti, ce qui permet désormais l’adhésion massive des ouvriers, car là-bas ces derniers en ont plus qu’assez du sectarisme et c’est là que résidait le mystère de leur attachement au parti bourgeois le plus extrémiste, aux radicaux. »

Cette vision générale du cours historique suppose que le processus ne soit pas interrompu, ni par une aventure spontanée anticipée de la part du prolétariat (répondant par exemple à une provocation du pouvoir), ni par un retour à des formes monarchiques ou bonapartistes. C’est dans ce contexte qu’il faut analyser l’épisode boulangiste de 1886.

c) L’analyse du boulangisme.

Les élections de 1885 avaient porté au pouvoir une coalition composée de républicains modérés et de radicaux, sur fond de renforcement d’une opposition monarchiste assez intransigeante, notamment sur la question religieuse. Oscillant en permanence entre des revendications de droite et de gauche, miné par des scandales, le gouvernement suscite un rejet croissant des masses populaires, sur fond d’antiparlementarisme. Boulanger, ministre de la guerre dispose de la sympathie des radicaux et du soutien d’une partie de la population. Il incarne le désir de revanche sur l’Allemagne, focalisé sur la question de l’Alsace-Lorraine. En 1887, à la suite de nouveaux scandales politiques, se fixe sur la personne de Boulanger une coalition d’intérêts hétéroclites entre le patriotisme revanchard d’un Déroulède, des fractions monarchistes et bonapartistes tentées par le coup d’état, et une partie des radicaux. Boulanger se présente, entre 1887 et 1889 à plusieurs élections, démissionnant à chaque fois, de façon à multiplier des mini-plébiscites en sa faveur dans différentes régions (Le Nord, la Somme, la Dordogne) – la loi permettait à l’époque les candidatures multiples -. Il finit par battre le candidat républicain à Paris avec 80.000 voix d’avance, occasionnant de forts déplacements de votes radicaux et socialistes (Boulanger obtient notamment l’appui des blanquistes). Malgré l’avis de ses partisans, Boulanger refuse de profiter de l’occasion pour faire un coup d’Etat. Les républicains contre-attaquent sur le plan judiciaire (sous la menace d’un procès en haute cour, Boulanger s’enfuit à l’étranger) et électoral (en présentant notamment des candidatures uniques) et renversent la tendance aux élections de septembre-octobre 1889 (sauf à Paris où les candidats boulangistes recueillent un certain succès). Boulanger se suicide le 30 Septembre 1891.

Commentant l’élection de Boulanger en février 1889 à Paris, Engels écrit :

« Je ne puis voir dans l’élection de Boulanger autre chose qu’un réveil caractérisé de cette tendance au bonapartisme qui constitue un élément du caractère des Parisiens. En 1789 et en 1848 tout comme en 1889, ce réveil a eu pour cause le mécontentement provoqué par la république bourgeoise, mais cette forme particulière qu’il a prise (l’appel à un sauveur de la société) résulte exclusivement d’un courant chauvin. Or il y a plus grave : en 1798 [1799], Napoléon a du faire un coup d’état pour conquérir ces Parisiens qu’il avait fusillé en Vendémiaire ; en 1889, ce sont les Parisiens eux-mêmes qui élisent un boucher de la Commune. En termes doux, Paris a, au moins provisoirement, abdiqué son titre de ville révolutionnaire ; abdiqué non pas devant un coup d’état victorieux et en pleine guerre comme en 1798, non pas six mois après une défaite écrasante comme en décembre 1848, mais en pleine paix, dix-huit ans après la Commune et à la veille d’une révolution probable. Et personne ne peut donner tort à Bebel, quand il dit dans la Gleichheit de Vienne : « Les ouvriers parisiens se sont, dans leur majorité, comportés d’une façon tout simplement lamentable : leur conscience socialiste et leur esprit de classe doivent être en bien piteux état pour que 17.000 voix seulement échoient à un candidat socialiste, tandis qu’un polichinelle et un démagogue comme Boulanger en obtient 244.000. » « (Engels à Laura Lafargue, 4 Février 1889)

Le caractère révolutionnaire et avant-gardiste du prolétariat d’une nation donnée n’est jamais quelque chose d’acquis une fois pour toutes. Dans le mouvement des années 1880 identifié comme une lente, mais inexorable montée du parti ouvrier, une rechute dans la prosternation devant ce que la bourgeoisie a de pire montre que les reculs ne sont jamais à exclure. Il est à noter qu’en 1888, Engels se refusait à voir dans le bonapartisme des ouvriers parisiens autre chose qu’une illusion. Il critique l’analyse de Paul Lafargue qui diagnostiquait chez les français une oscillation permanente entre le parlementarisme, qui les déçoit régulièrement, et la tentation de l’homme providentiel. Il estimait que ce dilemme ne devait pas en être un pour le parti ouvrier.

« Ma foi, si les Français ne voient pas d’autre issue que soit un gouvernement personnel, soit un gouvernement parlementaire, autant renoncer à en trouver une ! Ce que je voudrais, c’est que nos amis montrent qu’il y a une troisième voie, réelle celle-là, en dehors de ce faux dilemme qui n’est un dilemme que pour le vulgaire philistin, et qu’ils ne prennent pas le mouvement boulangiste, confusionniste, philistin, et au fond, chauvin, pour un mouvement vraiment populaire. »

(Engels à Laura Lafargue, 3 Juin 1888).

Par ailleurs, Engels reprochait à l’ensemble des partis français d’avoir acquiescé à la revendication de l’Alsace-Lorraine comme étant le fait primordial de la politique française, et d’avoir ainsi donné un poids démesuré à celui qui serait le plus conséquent et le plus radical dans la défense de cette revendication.

Le terme du mouvement.

Après 1889, Engels estime que le mouvement de constitution de la république bourgeoise est arrivé à son terme. Nous avons le « terrain de lutte » qui permet que s’affirme et se batte, sans aucun obstacle préalable, le parti ouvrier pour la victoire de ses revendications de classe.

« La Boulange en France et la question irlandaise en Angleterre sont les deux grands obstacles sur notre chemin, les deux questions secondaires qui empêchent la formation d’un parti ouvrier indépendant. Maintenant que Boulanger est écrasé, la voie est déblayée en France. Et, en même temps, l’assaut monarchiste contre la République a échoué. Cela veut dire pour le monarchisme, passage progressif d’une base politique pratique à une base sentimentale, conversion des monarchistes à l’opportunisme, formation d’un nouveau parti conservateur issu des deux anciens et lutte de ce parti bourgeois conservateur contre les petits bourgeois et les paysans radicaux et contre la classe ouvrière, lutte dans laquelle les socialistes de la classe ouvrière auront tôt fait de prendre le pas sur les radicaux, surtout après la façon dont ceux-ci se seront discrédités. Je ne m’attends pas à ce que tout se passe sous cette forme simple et classique, mais la logique innée du développement en France viendra sûrement à bout de toutes les incidences et de tous les obstacles, et d’autant mieux que les deux formes vieillies de la réaction (qui ne sont pas exclusivement bourgeoises), le boulangisme et le monarchisme, ont été si bien battues. Et tout ce que nous pouvons demander, c’est que toutes ces incidences soient écartées et que le champ soit libre pour la lutte des trois grandes sections de la société française : bourgeois, petits bourgeois et paysans, ouvriers. Je pense que nous y arriverons. »

(Engels à Laura Lafargue, 8 Octobre 1889)

En reprenant l’histoire de la France, Engels estime que la réalisation d’une république qui est le gouvernement de la classe bourgeoise toute entière constitue un progrès historique. Jusqu’à présent, la division de cette classe en fractions différentes et hostiles (propriétaires fonciers, ancienne haute finance sous Louis-Philippe, « second groupe de la haute finance du Second Empire », républicains opportunistes, bourgeoisie industrielle et commerciale) diluait les objectifs de lutte de tout parti révolutionnaire. L’expulsion du pouvoir d’une de ces fractions n’aboutissait qu’à le remettre aux mains d’une autre de ces fractions, générant à chaque fois un nouvel obstacle devant l’action autonome du parti prolétarien.

« Maintenant tous ces groupes devront s’unir sous l’étiquette de « modérés » et « conservateurs », ils devront abandonner leurs vieilles doctrines et les mots d’ordre partisans qui les divisaient, et, pour la première fois, agir en tant que bourgeoisie une et indivisible. Et c’est cette concentration bourgeoise qui donnera son sens véritable à toutes les concentrations républicaines et autres dont on a tant parlé ces derniers temps, et ce sera un grand progrès, car elle aboutira peu à peu à l’éparpillement des radicaux et à la concentration véritable des socialistes. »

(idem)

Dans la république consolidée, deux grands partis se disputent le pouvoir, non pas dans le sens d’un mouvement révolutionnaire, mais comme alternatives d’un même type de gouvernement : le gouvernement uni de la bourgeoisie. Ce qui existe déjà aux Etats-Unis4 ou en Angleterre devrait finir par être également la forme en vigueur en France.

« …c’est alors que seront réalisées les conditions véritables de la domination de la classe bourgeoise tout entière, du parlementarisme à son apogée : deux partis luttant pour avoir la majorité et devenant à tour de rôle gouvernement et opposition. Ici, en Angleterre, s’exerce la domination de la classe bourgeoise tout entière ; mais cela ne veut pas dire que conservateurs et radicaux ne forment qu’un bloc ; au contraire, chaque parti fait la relève de l’autre. Si les choses devaient suivre leur cours classique et lent, alors la montée du parti prolétarien les forcerait finalement sans aucun doute à fusionner contre cette opposition nouvelle et extra-parlementaire. Mais il n’est pas probable que les choses se passent ainsi : leur développement connaîtra des accélérations violentes.

Le progrès réside, à mon avis, dans les faits suivants : d’abord la preuve est faite que combattre la république est devenu une tâche sans espoir, et c’est ensuite, par voie de conséquence, le lent dépérissement de tous les partis anti-républicains, ce qui signifie la participation de toutes les fractions de la bourgeoisie au gouvernement, soit au pouvoir, soit dans l’opposition, le parti au pouvoir devant être pour le moment celui des modérés grossis de renforts, et l’opposition celle des radicaux. Une seule élection ne peut tout faire d’un coup ; réjouissons-nous que celle-ci ait déblayé le terrain. »

(Engels à Laura Lafargue, 29 Octobre 1889)

Ainsi, d’un côté Marx et Engels évoquent, pour expliquer le cours politique de la démocratie bourgeoise, le modèle historique de la Révolution Française ; au pouvoir se succèdent des fractions toujours plus radicales, jusqu’à ce que le parti ouvrier apparaisse comme la seule opposition véritable, chaque parti d’opposition bourgeois s’étant à son tour déconsidéré et compromis dans l’exercice du pouvoir. Cependant, cet enchaînement ne suit pas forcément une ligne aussi régulière, et notamment n’ a pas atteint, dans les démocraties occidentales, son terme : l’affrontement polarisé entre le parti du prolétariat et les partis bourgeois coalisés. D’un autre côté, Engels décrit une alternative à ce mouvement : la stabilisation du jeu démocratique sous la forme de l’alternance au pouvoir de deux principaux partis, dont l’un représente les intérêts du capital et l’autre les intérêts du travail, non plus de manière révolutionnaire, mais en tant que parti réformiste. Le prolétariat forme alors la « queue » de la démocratie bourgeoise. Ces partis s’alternent au pouvoir et dans l’opposition dans les principaux régimes parlementaires modernes, comme en Angleterre (Conservateurs et Labouristes), ou aux Etats-Unis (républicains et démocrates), parfois de manière moins polarisée, sinon à travers un affrontement droite-gauche entre plusieurs partis, comme en France, en Italie, etc. Mais il est important de noter, dans la citation ci-dessus, la formule employée par Engels : c’est la bourgeoisie « toute entière » qui gouverne, même lorsqu’une de ses fractions n’est pas au pouvoir.

La première chose à noter est que ces deux descriptions du mouvement historique ne sont aucunement contradictoires. Elles prennent en compte, successivement, l’évolution réelle du mouvement de la démocratie bourgeoise, et articulent finement deux phases distinctes de son histoire. Une phase que l’on pourrait appeler « phase d’installation », où le modèle démocratique est encore fragile, instable, menacé de régression et où il y a un « cours à gauche ». C’est ce que connaît par exemple la France, avec plusieurs restaurations et une montée des partis radicaux bourgeois jusqu’en 1880 environ. Puis une phase où la prise du pouvoir par le prolétariat n’ayant pas rencontré de circonstances favorables, la vie politique se stabilise autour de deux pôles principaux répondent aux caractéristiques décrites plus haut. Ce n’est que là que fonctionne à plein le modèle démocratique, qui d’un côté exclut la possibilité d’expression d’un prolétariat qui serait révolutionnaire, mais de l’autre intègre au jeu politique l’expression d’un prolétariat qui ne l’est pas. Comme l’a dit Engels, « la bourgeoisie ne peut gouverner sans l’appui de la classe ouvrière. » Il y va donc de l’intérêt vital du capitalisme d’avoir face à lui une représentation légale, organisée, disciplinée (à cette représentation politique, correspond, sur le plan social, la reconnaissance des syndicats comme forme de la représentation ouvrière).

Il est important de noter, en revenant à la formule exacte de Marx et Engels, que ce dualisme n’est pas construit sur une simple opposition entre des intérêts singuliers, mais qu’il incarne un partage des tâches dans un objectif commun qui est la défense du mode de production capitaliste. Dans le même temps, chacun incarne réellement des intérêts spécifiques et il est bien peu dialectique d’imaginer un simple jeu de larrons qui s’entendent entre eux pour berner le peuple par leurs comédies. Dans la mesure où la société est en permanence en proie à la lutte des classes, même larvée, même souterraine, il est normal que les effets de cette lutte s’expriment dans le jeu de l’affrontement entre les partis. Lorsqu’on dit que l’un représente les intérêts du capital et l’autre ceux du travail, feindre de croire que leur affrontement relève de la pure et simple comédie serait renoncer à toute vision matérialiste des contradictions de classe. S’il est vrai que le capital et le travail ont des intérêts opposés de manière irréductible, alors, même policé, affadi, englué dans le conformisme démocratique, cet antagonisme doit s’exprimer. Notre position de révolutionnaires est de dire que rien n’en sortira de positif et surtout de durable pour le prolétariat, sans la destruction radicale du mode de production capitaliste, mais elle n’est certainement pas de la nier. Le réformisme pense à une amélioration graduelle et permanente par ce biais des conditions de vie du prolétariat ; le communisme révolutionnaire affirme que le mode de production capitaliste ne peut durablement améliorer le sort du prolétariat, car il plonge périodiquement dans des crises catastrophiques toujours plus violentes et accroît dramatiquement l’épuisement des « deux sources de la richesse : la terre et le travailleur ».

L’un des traits caractéristiques de la république bourgeoise est la corruption. A plusieurs reprises, Engels souligne que la bourgeoisie au pouvoir ne peut manquer de tremper dans des scandales de toutes sortes, qui sont constitutifs même du pouvoir capitaliste.

A propos notamment du scandale du Panama (1892), il écrit :

« Par ailleurs, les Américains ont fourni depuis longtemps au monde européen la preuve que la république bourgeoise est la république des hommes d’affaires capitalistes, où la politique n’est qu’une affaire commerciale parmi d’autres, et les Français, chez lesquels les politiciens bourgeois de quelque poids ont compris cela depuis longtemps et l’ont discrètement mis en pratique, apprennent enfin cette vérité à l’échelle cette fois nationale par le scandale de Panama. »

(Engels à Sorge, 31 Décembre 1892)

Désormais, toute l’évolution de la république bourgeoise5 ne peut aller que vers le renforcement du pouvoir de la bourgeoisie, par ailleurs tout risque sérieux de restauration monarchique étant écarté, le parti ouvrier ne doit pas se laisser abuser par les cris de « La république en danger » poussés à tort et à travers (danger pour lequel la réponse la plus efficace, dit Engels, consiste en l’armement du prolétariat). Il s’agit de travailler au renforcement du parti, à la fois dans les luttes et au parlement6, en évitant (comme ce fut le cas en 1892) les rapprochements ou fusions intempestives avec des pseudos-socialistes comme les boulangistes ralliés, pour faire nombre. Mieux vaut un groupe minoritaire socialiste actif, qui renforcera son influence sur les masses d’élection en élection, que le gonflement des effectifs par le ralliement d’éléments douteux. En même temps, Engels n’exclut pas, par exemple à propos de Jaurès, que des éléments tièdes et mal formés à la théorie socialiste, notamment en matière économique, ne puissent évoluer sous l’influence des socialistes révolutionnaires.

Ce n’est qu’au terme d’un tel mouvement qu’apparaîtrait la fameuse « masse réactionnaire » de Lassalle, notion critiquée par Marx et Engels, mais qui en reconnaissent la validité au tout dernier moment, lorsque le parti ouvrier constitue une réelle menace pour la société. Alors, toutes les fractions bourgeoises s’unissent pour faire face, se désignant ainsi une fois pour toutes de manière claire comme l’ennemi du prolétariat révolutionnaire.

On voit bien ici à quel point l’universitaire Texier, dont nous avons déjà critiqué les écrits est un faussaire. Utilisant les traductions truquées de l’original allemand, il prétend que tout le mouvement que nous avons décrit dans ce texte, n’est, pour Engels, que la poursuite et l’achèvement de la révolution française, qui débouche sur la république démocratique c’est-à-dire la forme de la dictature du prolétariat. Il est bien clair, au contraire que pour Engels, une fois achevé le cours historique vers la république démocratique et une fois celle-ci consolidée commence alors le véritable combat historique : celui entre la bourgeoisie désormais unifiée dans toutes ses fractions, et le prolétariat révolutionnaire organisé en parti politique. Le terme ultime de la politique révolutionnaire du prolétariat n’est pas l’achèvement de la révolution bourgeoise sous la forme de la république démocratique, c’est la révolution prolétarienne, à savoir la dictature du prolétariat.

Conclusion : la donne au 20° siècle.

S’ouvre ici pour notre mouvement un travail patient de reconstitution des faits historiques afin d’interpréter la suite des événements, qu’Engels n’a pas pu commenter. Nous trouverons chez Rosa Luxembourg des commentaires pertinents sur le cas Millerand et l’affaire Dreyfus. Le mouvement d’ascension du socialisme international a été brutalement interrompu par la guerre (hypothèse qu’évoquait et craignait Engels et que nous commenterons dans un texte ultérieur), entraînant la trahison et la faillite (Lénine) de la Seconde Internationale et de tous les partis nationaux, à l’exception de quelques minorités de révolutionnaires, et du parti russe.

Dans la configuration qui se dessine après la paix, intervient un fait nouveau : celui de l’intégration définitive à la république bourgeoise des partis représentant officiellement le prolétariat. Les révolutionnaires ont cru, légitimement, dans la fournaise des révolutions des années 1917-20, que cet état de fait serait dépassé par l’élan communiste révolutionnaire à l’échelle du monde. Non seulement cela n’a pas été le cas, mais les partis communistes, nés en réaction à la faillite de la Seconde Internationale ont à leur tour fait faillite dans la contre-révolution. Cette immense victoire du capitalisme mondial, de la démocratie bourgeoise, a pour longtemps obscurci l’horizon révolutionnaire et la claire polarisation, envisagée par Engels, en deux camps ostensiblement opposés. Nous devrons analyser ce que signifie une république où, qu’ils soient au pouvoir ou dans l’opposition, ces partis contraignent le prolétariat à se comporter durablement en « appendice » de la démocratie, et les conséquences sur la re-constitution d’un parti ouvrier indépendant, opposé à toutes les fractions capitalistes, quels que soient les oripeaux dont elles se revêtent.

Robin Goodfellow.

Mai 2003
1 « Bien que la crise en France se soit soldée par un résultat fort peu satisfaisant, il me semble pourtant qu’une situation en découlera permettant aux socialistes français d’agir par le biais de la presse, de réunions publiques et d’associations, et de s’organiser en tant que parti ouvrier, c’est tout ce que nous pouvons obtenir maintenant, après le massacre de 1871. »

(Engels, Le mouvement ouvrier en Allemagne, en France, aux Etats-Unis et en Russie, Vorwäts, nov-déc 1877)

2 « La République demeure toujours le gouvernement qui divise le moins les trois sectes monarchistes, qui leur permet de s’unir en parti conservateur. Si la possibilité d’une restauration monarchique devient discutable, le parti conservateur se divise à l’instant en trois sectes… » (Engels à Lafargue, 12 Octobre 1885)

3 Notons, par rapport à cette question de la marche pacifique qu’à un moment donné, au couple classique Angleterre-Etats-Unis concerné par cette évolution, Engels ajoute la France, à cause du régime de la république démocratique (vérif. Date et citation).

4  » Nulle part les  » politiciens  » ne forment dans la nation un clan plus isolé et plus puissant qu’en Amérique du Nord, précisément. Là, chacun des deux grands partis, qui se relaient au pouvoir, est lui-même dirigé par des gens qui font de la politique une affaire, spéculent sur les sièges aux assemblées législatives de l’Union comme à celles des Etats, ou qui vivent de l’agitation pour leur parti et sont récompensés de sa victoire par des places. On sait assez combien les Américains cherchent depuis trente ans à secouer ce joug devenu insupportable, et comment, malgré tout, ils s’embourbent toujours plus profondément dans ce marécage de la corruption. C’est précisément en Amérique que nous pouvons le mieux voir comment le pouvoir d’Etat devient indépendant vis-à-vis de la société, dont, à l’origine, il ne devait être que le simple instrument. Là n’existent ni dynastie, ni noblesse, ni armée permanente (à part la poignée de soldats commis à la surveillance des indiens), ni bureaucratie avec postes fixes et droit à la retraite. Et pourtant, nous avons là deux grandes bandes de politiciens spéculateurs, qui se relaient pour prendre possession du pouvoir de l’Etat et l’exploitent avec les moyens les plus corrompus et pour les fins les plus éhontées ; et la nation est impuissante en face de ces deux grands cartels de politiciens qui sont soi-disant à son service, mais en réalité, la dominent et la pillent. » (Engels, introduction à « La guerre civile en France »)

5 A partir d’un certain moment Engels demande aux français d’arrêter de considérer que, grâce à la république, ils disposent d’une supériorité sur les autres composantes du mouvement socialiste international, notamment les allemands. Il explique qu’en Allemagne, le passage par l’étape nécessaire d’une république démocratique ne sera qu’une formalité de quelques jours, les conditions étant mûres pour le passage au socialisme, et la monarchie n’étant plus, en tant que telle, qu’un obstacle formel, à éliminer rapidement.

6 Nous reviendrons dans un autre texte sur la question de la nature « pacifique » de ce mouvement. Engels a toujours été très clair sur la question de la légalité, et notamment sur le fait que, à un moment donné, c’est la bourgeoisie elle-même, se sentant menacée, qui rompra la légalité lorsqu’elle sentira que le parti socialiste peut arriver au pouvoir. Ce sera alors le temps de l’insurrection, avec beaucoup plus de chances de victoire que lors des « coups » qui ont marqué l’histoire du mouvement ouvrier français.

Manifeste de Zimmerwald (5-8 septembre 1915)

Prolétaires d’Europe !

Voici plus d’un an que dure la guerre ! Des millions de cadavres couvrent les champs de bataille. Des millions d’hommes seront, pour le reste de leurs jours, mutilés. L’Europe est devenue un gigantesque abattoir d’hommes. Toute la civilisation créée par le travail de plusieurs générations est vouée à l’anéantissement. La barbarie la plus sauvage triomphe aujourd’hui de tout ce qui, jusqu’à présent, faisait l’orgueil de l’humanité.

Quels que soient les responsables immédiats du déchaînement de cette guerre, une chose est certaine : la guerre qui a provoqué tout ce chaos est le produit de l’impérialisme. Elle est issue de la volonté des classes capitalistes de chaque nation de vivre de l’exploitation du travail humain et des richesses naturelles de l’univers. De telle sorte que les nations économiquement arriérées ou politiquement faibles tombent sous le joug des grandes puissances, lesquelles essaient, dans cette guerre, de remanier la carte du monde par le fer et par le sang, selon leurs intérêts.

C’est ainsi que des peuples et des pays entiers comme la Belgique, la Pologne, les Etats balkaniques, l’Arménie, courent le risque d’être annexés, en totalité ou en partie, par le simple jeu des compensations.

Les mobiles de la guerre apparaissent dans toute leur nudité au fur et à mesure que les événements se développent. Morceau par morceau, tombe le voile par lequel a été cachée à la conscience des peuples la signification de cette catastrophe mondiale.

Les capitalistes de tous les pays, qui frappent dans le sang des peuples la monnaie rouge des profits de guerre, affirment que la guerre servira à la défense de la patrie, de la démocratie, à la libération des peuples opprimés. Ils mentent. La vérité est qu’en fait, ils ensevelissent, sous les foyers détruits, la liberté de leurs propres peuples en même temps que l’indépendance des autres nations. De nouvelles chaînes, de nouvelles charges, voilà ce qui résultera de cette guerre, et c’est le prolétariat de tous les pays, vainqueurs et vaincus, qui devra les porter.

Accroissement du bien‑être, disait‑on, lors du déchaînement de la guerre.

Misère et privations, chômage et renchérissement de la vie, maladies, épidémies, tels en sont les vrais résultats. Pour des dizaines d’années, les dépenses de la guerre absorberont le meilleur des forces des peuples, compromettront la conquête des améliorations sociales et empêcheront tout progrès.

Faillite de la civilisation, dépression économique, réaction politique, voilà les bienfaits de cette terrible lutte des peuples.

La guerre révèle ainsi le caractère véritable du capitalisme moderne qui est incompatible, non seulement avec les intérêts des classes ouvrières et les exigences de l’évolution historique, mais aussi avec les conditions élémentaires d’existence de la communauté humaine.

Les institutions du régime capitaliste qui disposaient du sort des peuples : les gouvernements ‑ monarchiques ou républicains, ‑ la diplomatie secrète, les puissantes organisations patronales, les partis bourgeois, la presse capitaliste, l’Eglise : sur elles toutes pèse la responsabilité de cette guerre surgie d’un ordre social qui les nourrit, qu’elles défendent et qui ne sert que leurs intérêts.

Ouvriers !

Vous, hier, exploités, dépossédés, méprisés, on vous a appelés frères et camarades quand il s’est agi de vous envoyer au massacre et à la mort. Et aujourd’hui que le militarisme vous a mutilés, déchirés, humiliés, écrasés, les classes dominantes réclament de vous l’abdication de vos intérêts, de votre idéal, en un mot une soumission d’esclaves à la paix sociale. On vous enlève la possibilité d’exprimer vos opinions, vos sentiments, vos souffrances. On vous interdit de formuler vos revendications et de les défendre. La presse jugulée, les libertés et les droits politiques foulés aux pieds : c’est le règne de la dictature militariste au poing de fer.

Nous ne pouvons plus ni ne devons rester inactifs devant cette situation qui menace l’avenir de l’Europe et de l’humanité.

Pendant de longues années, le prolétariat socialiste a mené la lutte contre le militarisme; avec une appréhension croissante, ses représentants se préoccupaient dans leurs congrès nationaux et internationaux des dangers de guerre que l’impérialisme faisait surgir, de plus en plus menaçants. A Stuttgart, à Copenhague, à Bâle, les congrès socialistes internationaux ont tracé la voie que doit suivre le prolétariat.

Mais, partis socialistes et organisations ouvrières de certains pays, tout en ayant contribué à l’élaboration de ces décisions, ont méconnu, dès le commencement de la guerre, les obligations qu’elles leur imposaient. Leurs représentants ont entraîné les travailleurs à abandonner la lutte de classe, seul moyen efficace de l’émancipation prolétarienne. Ils ont accordé aux classes dirigeantes les crédits de guerre; ils se sont mis au service des gouvernements pour des besognes diverses; ils ont essayé, par leur presse et par des émissaires, de gagner les neutres à la politique gouvernementale de leurs pays respectifs; ils ont fourni aux gouvernements des ministres socialistes comme otages de l’« Union sacrée ». Par cela même ils ont accepté, devant la classe ouvrière, de partager avec les classes dirigeantes les responsabilités actuelles et futures de cette guerre, de ses buts et de ses méthodes. Et de même que chaque parti, séparément, manquait à sa tâche, le représentant le plus haut des organisations socialistes de tous les pays, le Bureau socialiste international manquait à la sienne.

C’est à cause de ces faits que la classe ouvrière, qui n’avait pas cédé à l’affolement général ou qui avait su, depuis, s’en libérer, n’a pas encore trouvé, dans la seconde année du carnage des peuples, les moyens d’entreprendre, dans tous les pays, une lutte active et simultanée pour la paix dans cette situation intolérable, nous, représentants de partis socialistes, de syndicats, ou de minorités de ces organisations, Allemands, Français, Italiens, Russes, Polonais, Lettons, Roumains, Bulgares, Suédois, Norvégiens, Hollandais et Suisses, nous qui ne nous plaçons pas sur le terrain de la solidarité nationale avec nos exploiteurs mais qui sommes restés fidèles à la solidarité internationale du prolétariat et à la lutte de classe, nous nous sommes réunis pour renouer les liens brisés des relations internationales, pour appeler la classe ouvrière à reprendre conscience d’elle‑même et l’entraîner dans la lutte pour la paix.

Cette lutte est la lutte pour la liberté, pour la fraternité des peuples, pour le socialisme.. Il faut entreprendre cette lutte pour la paix, pour la paix sans annexions ni indemnités de guerre. Mais une telle paix n’est possible qu’à condition de condamner toute pensée de violation des droits et des libertés des peuples. Elle ne doit conduire ni à l’occupation de pays entiers, ni à des annexions partielles. Pas d’annexions, ni avouées ni masquées, pas plus qu’un assujettissement économique qui, en raison de la perte de l’autonomie politique qu’il entraîne, devient encore plus intolérable. Le droit des peuples de disposer d’eux‑mêmes doit être le fondement inébranlable dans l’ordre des rapports de nation à nation.

Prolétaires !

Depuis que la guerre est déchaînée, vous avez mis toutes vos forces, tout votre courage, toute votre endurance au service des classes possédantes, pour vous entretuer les uns les autres. Aujourd’hui, il faut, restant sur le terrain de la lutte de classe irréductible, agir pour votre propre cause, pour le but sacré du socialisme, pour l’émancipation des peuples opprimés et des classes asservies.

C’est le devoir et la tâche des socialistes des pays belligérants d’entreprendre cette lutte avec toute leur énergie. C’est le devoir et la tâche des socialistes des pays neutres d’aider leurs frères, par tous les moyens, dans cette lutte contre la barbarie sanguinaire.

Jamais, dans l’histoire du monde, il n’y eut tâche plus urgente, plus élevée, plus noble; son accomplissement doit être notre œuvre commune. Aucun sacrifice n’est trop grand, aucun fardeau trop lourd pour atteindre ce but : le rétablissement de la paix entre les peuples.

Ouvriers et ouvrières, mères et pères, veuves et orphelins, blessés et mutilés, à vous tous qui souffrez de la guerre et par la guerre, nous vous crions : Par‑dessus les frontières par‑dessus les champs de bataille, par‑dessus les campagnes et les villes dévastées :

Prolétaires de tous les pays, unissez‑vous !

Zimmerwald (Suisse), septembre 1915.

Pour la délégation allemande : Georg Ledebour, Adolf Hoffmann.

Pour la délégation française : A. Bourderon, A . Merrheim.

Pour la délégation italienne : G. E. Modigliani, Constantino Lazzari.

Pour la délégation russe : N. Lénine, Paul Axelrod, M. Bobrov.

Pour la délégation polonaise : St. Lapinski, A . Varski, Cz. Hanecki.

Pour la Fédération socialiste interbalkanique :

Au nom de la délégation roumaine : C. Racovski;

Au nom de la délégation bulgare : Vassil Kolarov.

Pour la délégation suédoise et norvégienne : Z . Hőglund, Ture Nerman.

Pour la délégation hollandaise : H. Roland Holst.

Pour la délégation suisse : Robert Grimm, Charles Naine.

Texte complet sur : https://www.marxists.org/francais/inter_com/1915/zimmerwald.htm

L’expérience vivante des internationales prolétariennes

Avertissement : ces notes constituent le support d’un exposé oral d’environ une heure effectué le 1er septembre 2012, à l’invitation de l’association Table rase, pour son camp d’été. Ce texte ne constitue donc pas un matériel théorique approfondi, mais nous avons malgré tout jugé utile d’en faire une diffusion publique.

Lire le PDF ici : RG_Exposé_internationales