La situation politique en France après les élections de 2017

EXTRAIT :

 » Venons-en donc à l’analyse de ce que représente, en France, le récent changement de l’équipe au pouvoir. La façon dont se recomposent les différentes fractions et expressions politiques n’est pas indifférente, sans bien sûr accorder crédit aux imbécillités des journalistes qui voient une « révolution » dans l’arrivée au pouvoir de Macron[1] et de des troupes.

Il n’en reste pas moins qu’il s’agit d’une reconfiguration du paysage politique qu’il importe d’analyser à l’aune de la situation du capitalisme en France, du capitalisme mondial et de la recomposition des rapports de force à l’échelle internationale. »

[1] Reproduisant ainsi l’enflure du discours de celui qui a intitulé son livre, précisément, « Révolution ».

Lire le texte en Pdf : Analyse France 2017-Robin Goodfellow

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SALUT DE ROBIN GOODFELLOW AU 12° CONGRES DES METALLURGISTES DE CAMPINAS ET SA REGION (Etat de São Paulo – Brésil)

Ci-dessous la déclaration lue par nos camarades, à l’invitation du syndicat des métallurgistes de Campinas, membre de Intersindical, lors de son douzième congrès (28 et 29 octobre 2016)..


Camarades,

Robin Goodfellow est le pseudonyme collectif  d’un petit groupe de militants de divers pays (France, Brésil, Espagne…) qui se dédient depuis quarante ans à la défense de la théorie et des principes marxistes.  Nous pensons que cette théorie est la seule à fournir non seulement une explication cohérente du monde, des tendances de l’économie capitaliste, mais aussi fournit une orientation pour les luttes pratiques et pour l’émancipation du prolétariat.

Les camarades de RG – qui avaient grâce à l’aide du syndicat édité et diffusé en 2013 le texte « Le marxisme en résumé » (disponible sur notre site http://www.robingoodfellow.info) saluent fraternellement le 12ème congrès du syndicat des métallurgistes de Campinas et région. Dans un contexte marqué par des tensions internationales fortes et une crise qui frappe le Brésil (en attendant le déclenchement d’une formidable crise de surproduction générale, à venir vers 2017 ou 2018, qui touchera le monde entier et frappera très durement les Etats-Unis d’Amérique), le prolétariat a besoin de se doter de structures fortes et combatives, qui n’acceptent aucune concession à l’ordre capitaliste, mais, qui, au contraire, en préparent le renversement définitif, qui est une condition de survie de l’humanité.

L’Europe et la France ont connu, ces derniers mois, des grèves et mouvements de lutte qui, outre le fait que leur ampleur a souvent été exagérée par l’extrême-gauche au Brésil, ont d’une part été battus, d’autre part n’ont pas permis de se dégager de l’influence néfaste des syndicats jaunes. Ainsi, en France où le gouvernement « de gauche » a mené les plus grandes attaques anti-ouvrières de ces dernières décennies, il existe un grand désarroi chez les minorités syndicales de lutte et une très faible mobilisation dans les masses. Ceci est notamment lié au fait que la structure de l’emploi prolétarien est en cours de changement avec de moins en moins de très grandes entreprises, des phénomènes de sous-traitance qui parfois renvoient les travailleurs (comme l’illustre, en Espagne, la belle grève de la Telefonica de 2015) à des statuts d’autonomes ou indépendants, et une précarisation croissante des emplois. Les syndicats historiques continuent à regrouper les catégories les plus « installées » mais sont complètement impuissants à organiser ces grandes masses de prolétaires pour constituer de véritables nouveaux organes de combat. Nous espérons que les échanges d’expérience entre nos frères de classes de différents pays (comme la coordination des travailleurs d’Amazon en Pologne, Allemagne…) et avec Intersindical contribueront à faire émerger une véritable stratégie internationaliste de mobilisation du prolétariat pour son émancipation et la libération définitive des chaînes du salariat.

São Paulo – Paris, 28/10/2016

Pour une politique étrangère du prolétariat

de toute

En 1864, au moment de la création de l’Association internationale des travailleurs lors du meeting de Saint-Martin’s Hall à Londres, Marx et Engels écrivaient ceci en conclusion du « Manifeste inaugural » de l’AIT :

« Si l’émancipation des classes travailleuses requiert leur union et leur concours fraternels, comment pourraient-elles accomplir cette grande mission si une politique étrangère, qui poursuit des desseins criminels, met en jeu les préjugés nationaux et fait couler dans des guerres de piraterie le sang et dilapide le bien du peuple ? Ce n’est pas la prudence des classes gouvernantes de l’Angleterre, mais bien la résistance héroïque de la classe ouvrière à leur criminelle folie qui a épargné à l’Europe occidentale l’infamie d’une croisade pour le maintien et le développement de l’esclavage outre Atlantique. L’approbation sans pudeur, la sympathie dérisoire ou l’indifférence stupide avec lesquelles les classes supérieures d’Europe ont vu la Russie saisir comme une proie les montagnes-forteresses du Caucase et assassiner l’héroïque Pologne, les empiétements immenses et sans entrave de cette puissance barbare dont la tête est à Saint-Pétersbourg et dont on retrouve la main dans tous les cabinets d’Europe, ont appris aux travailleurs qu’il leur fallait se mettre au courant des mystères de la politique internationale, surveiller la conduite diplomatique de leurs gouvernements respectifs, la combattre au besoin par tous les moyens en leur pouvoir, et enfin lorsqu’ils seraient impuissants à rien empêcher, s’entendre pour une protestation commune et revendiquer les simples lois de la morale et de la justice qui devraient gouverner les rapports entre individus, comme lois suprêmes dans le commerce des nations.

Combattre pour une politique étrangère de cette nature, c’est prendre part à la lutte générale pour l’affranchissement des travailleurs. » (nous soulignons)

Dans le contexte qui est, depuis près de 90 ans, celui d’une contre-révolution la plus longue de l’histoire, toutes les forces du prolétariat ont disparu en tant qu’expression autonome, il ne dispose plus ni de parti ni de tribune, ni de forces capables de faire valoir « sa » politique étrangère contre sa propre classe dominante, dans chaque pays, et contre tous les impérialismes, à l’échelle mondiale.

Dans ces conditions, face aux évènements tragiques qui frappent régulièrement sous la forme des attentats perpétrés par les groupes et états islamistes (mais dont curieusement le poids émotionnel varie selon la géographie ou la qualité des victimes : qui a fait une minute de silence pour les 300 morts dans l’attentat du 3 juillet à Bagdad ? pour les 50 morts homosexuels d’Orlando ?), il est en grande partie vain, comme le fait régulièrement le minuscule camp révolutionnaire resté fidèle à l’internationalisme prolétarien, d’exhorter à la révolution mondiale à l’aide de formules du type « Seul le prolétariat et la lutte de classes parviendront à faire cesser, etc. ». Lors de la prochaine révolution internationale, le prolétariat aura à affronter dans une guerre civile sans merci TOUS ses ennemis, à commencer par le plus important d’entre eux, son propre Etat, mais aussi toutes les bandes mercenaires qui pourront être appelées à la rescousse, et dont la haine du communisme et de la libération sociale qu’il représente pour tous, et notamment les femmes, est un moteur suffisant.

En revanche, on peut rappeler un certain nombre de positions qui devraient faire partie de la « politique étrangère du prolétariat », même si nous sommes à l’heure actuelle « impuissants à rien empêcher », revendications que demain un parti ouvrier international devrait porter haut et fort et imposer si besoin par la force.

  • Abolition de l’armée permanente, armement du prolétariat, service militaire obligatoire mixte après 18 ans
  • Arrêt des interventions impérialistes et des livraisons d’armes qui les accompagnent
  • Refus de tout soutien à et de toute solidarité envers l’État bourgeois
  • Démantèlement de toutes les armées privées et sociétés mercenaires avec confiscation de leur matériel et de leur capital social
  • Dénonciation de tous les traités secrets et publication de tous les documents liés à la diplomatie

Il convient évidemment de distinguer ici les mesures qui ne pourront être pleinement prises qu’une fois le prolétariat arrivé au pouvoir, de celles qui peuvent constituer des revendications et nécessiter une pression de la part du prolétariat –  lorsqu’il peut l’exercer. Tout ceci supposera, au-delà des points énumérés, qu’une révolution internationale redéfinisse de fond en comble les relations politiques et économiques entre les nations.

Mais en tous les cas, même du fonds de l’impuissance du camp prolétarien, rien n’est pire que l’indifférentisme, et le fait de renouer le fil ténu qui a toujours permis au prolétariat de faire entendre sa voix inter-nationale dans le concert des nations, est le minimum que nous puissions faire aujourd’hui.

La situation politique au Brésil

Pour lire le texte en entier : Situation-Brésil-juin2016

INTRODUCTION

Les événements politiques qui se sont produits à un rythme accéléré au Brésil,[1] dans un contexte de tension marquée par la polarisation entre ceux qui étaient pour l’impeachment de Dilma Rousseff et ceux qui appuyaient le gouvernement PT, sont des manifestations visibles aussi bien de la crise économique qui frappe le pays depuis quelques temps, que de la recherche par les différentes fractions de la bourgeoisie[2] d’une expression politique plus adéquate pour la représenter au sein de l’Etat dans la situation actuelle.

Ce changement d’attitude de la majorité des fractions de la bourgeoisie vis-à-vis du gouvernement actuel montre de manière éloquente que pour elle le gouvernement de Dilma n’est plus un “bon” gouvernement. Mais, du point de vue de la bourgeoisie, que serait un “bon” gouvernement dans une situation idéale ? La réponse coule de source : ce serait un organe capable de permettre à l’ensemble de la bourgeoisie de gouverner, de garantir la tranquillité des affaires et l’ordre social sur le plan interne, et notamment de s’assurer du soutien du prolétariat, de présenter un visage fort et assuré sur le plan externe, de garantir la sécurité des frontières (bref de défendre les intérêts impérialistes du Brésil) et de favoriser la production du maximum de plus-value, y compris en faisant de la lutte des classes un facteur de rationalisation et de développement de la production capitaliste. Cette situation idéale présuppose que tout ceci se déroule dans une phase d’expansion de l’accumulation qui favorise des relations sociales plus “malléables” et fluides et évite l’éruption de conflits importants. Cependant, le meilleur gouvernement bourgeois – “meilleur” du point de vue bourgeois, évidemment – ne peut pas étouffer la lutte des classes ni les contradictions et les conflits de pouvoir qui se manifestent dans la société.

Les diverses fractions de la bourgeoisie entrent en concurrence pour la production et la répartition de la plus-value produite, qui se décompose notamment en profit, intérêt, rente et impôts. Au sein de cette concurrence, les capitalistes industriels peuvent s’opposer aux propriétaires fonciers, les industriels aux capitalistes du commerce, la bourgeoisie à l’Etat ; les orientations du développement industriel peuvent amener différentes branches à s’opposer entre elles, comme par exemple les lobbies du transport routier face à ceux du transport ferroviaire ou fluvial. L’ouverture et l’expansion de marchés, les outils pour faciliter l’installation d’entreprises, les recours aux crédits sélectifs pour favoriser certains secteurs de l’économie ayant un fort pouvoir de lobbying auprès du gouvernement, etc. sont des mesures politiques qui indiquent le rapport de forces entre fractions bourgeoises, et ses manifestations à travers les représentations (partis) politiques au sein de l’Etat. Naturellement, le puissant antagonisme entre bourgeoisie et prolétariat est toujours présent et s’exprime de manière plus ou moins aigue selon les circonstances. Pour les fractions de la bourgeoisie, la question est celle de la production du maximum de plus-value et de sa répartition, pour le prolétariat il s’agit, sur le plan immédiat, de résister à une exploitation qui tend à être toujours plus importante[3].

Ainsi, le “bon” gouvernement pour la bourgeoisie, est celui qui arrive à maintenir, au milieu de tout cela, les équilibres et la paix sociale. En revanche, les intérêts du prolétariat révolutionnaire sont, eux, totalement inverses. Il a tout intérêt à ce que l’Etat bourgeois se trouve affaibli, que les partis qui représentent les différentes fractions de la bourgeoisie s’affrontent entre eux et se trouvent dans une situation de grande faiblesse pour assurer la conduite des affaires publiques d’un “bon” gouvernement. Le prolétariat, par conséquent, ne peut rester indifférent à l’évolution de la représentation politique du camp bourgeois et à ses difficultés, car elles lui sont favorables. Pour cette raison des événements comme ceux qui secouent le Brésil depuis bientôt deux ans méritent une analyse circonstanciée, du point de vue des intérêts du prolétariat, ce qui ne veut pas dire que ce dernier ait – dans le cas particulier [4]– à apporter son soutien à l’un ou l’autre camp.

Comme nous l’avons déjà dit il y a 15 ans dans notre texte d’analyse sur le “18 Brumaire”,[5] si la lutte des classes détermine les évolutions des partis, alors l’étude de cette évolution constitue un indicateur, même grossier, des tendances de la lutte des classes ou du moins des relations entre les classes. Comme les classes sociales (en y incluant évidemment le prolétariat) doivent être représentées au sein de la société, on peut reconnaître, sous la surface immédiate des phénomènes, les tendances aux bouleversements plus profonds entre les diverses fractions de la société, qu’elles se situent dans le camp bourgeois ou dans le camp prolétarien. Quant au prolétariat, même lorsqu’il ne dispose pas de son expression politique, de son parti de classe autonome et opposé à tous les autres partis de la société, il continue à exister et à s’exprimer politiquement, même sous une forme contradictoire et non révolutionnaire.

Au Brésil, particulièrement au cours de ces dernières années, différentes fractions de la bourgeoisie pressées par les difficultés issues de la crise mondiale de 2008-2009 s’efforcent d’arriver à un accord général sur le plan politique afin de déloger le PT du pouvoir. Ces derniers temps, alors que le Brésil retrouve une crise que le PT a tenté de juguler et a réussi à différer pendant quelques années, la dispute devient d’autant plus féroce que la concurrence entre les fractions de la bourgeoisie s’avive du fait de la baisse brutale du taux de profit. Ce mouvement a commencé à se manifester ici et là depuis la mi-2012, via des frictions au sein du Congrès national (Chambre des députés et Sénat fédéral)[6].

Nous ne chercherons pas ici à rappeler et analyser dans le détail l’évolution de ces expressions politiques, tant celles du camp bourgeois que celles du camp prolétarien, qui finirent par déboucher sur les événements actuels au Brésil, ni à raconter sur le mode journalistique et à chaud les derniers événements qui agitent le pays et évoluent rapidement à mesure des péripéties du long processus de destitution[7] et de ses conséquences politiques. Ce qui nous intéresse c’est de commenter deux liés à ces phénomènes :

  • la crise économique actuelle
  • la possibilité que les fractions de la classe bourgeoise forment un gouvernement capable d’assurer pour quelque temps la “paix politique et sociale” pour la libre exploitation de la classe prolétarienne, capable d’étouffer pendant quelques temps les revendications économiques et sociales du prolétariat, fortement touché par la crise économique.

Le principal défi posé à un tel gouvernement est de pouvoir compter sur l’appui d’une partie significative du prolétariat, car comme le disait déjà Engels, “la bourgeoisie a appris qu’elle ne parviendrait jamais à dominer politiquement et socialement la nation, autrement qu’avec l’aide de la classe ouvrière.” (Préface de 1892 à la réédition de “La situation de la classe laborieuse en Angleterre”, Editions sociale, p. 393)

[1] Rappelons, pour le lecteur francophone, que le Brésil est une république fédérale, à l’image des Etats-Unis. Le libellé exact de l’Etat est « République Fédérative du Brésil ». On a donc un niveau de gouvernement état par état, et le niveau fédéral représenté par le gouvernement central et les chambres haute et basse.

[2] Avec le développement du mode de production capitaliste, se développent des formes sociales de propriété (sociétés par actions, holdings, etc.) et les différences entre capitalistes et propriétaires fonciers tendent à disparaître, de manière plus ou moins affirmée en fonction du développement des rapports sociaux capitalistes d’un pays. La classe capitaliste et la classe des propriétaires fonciers tendent, par conséquent, à se fondre entre elles, à s’interpénétrer, les uns achetant les terres et les immeubles qui deviennent propriété sociale, les autres devenant actionnaires et capitalistes. Ainsi dans ce texte nous appelons bourgeoisie ou classe bourgeoise l’ensemble des diverses fractions de l’industrie, des finances, de l’agro-alimentaire, du grand commerce, des mines, etc. Plus de détails sur cette tendance peuvent être trouvés dans notre publication : « Le marxisme en abrégé », disponible en PDF sur notre site www.robingoodfellow.info ou en livre papier sur le site www.lulu.com

 

[3] On voit aussi comment de nouveaux acteurs dans le cadre de l’activité capitaliste cherchent à influencer les états pour promouvoir leur nouveau « modèle économique ». Par exemple Uber, dans le domaine du transport urbain se présente, dans les termes de l’idéologie bourgeoise, comme une firme moderne et libérale, s’oppose à fractions de la classe capitaliste et des classes moyennes (sociétés employant des chauffeurs salariés, artisans chauffeurs de taxi) et ramène le salariat à une forme de travail indépendant ou de travail à domicile. De nationalité américaine à la base, la firme couvre un très large champ international, se confrontant ainsi aux législations propres de chacun des états où elle cherche à s’implanter.

[4] Mais, comme le dit Engels en 1889 dans une lettre à Gerson Trier : “Cela n’exclut pas, cependant, que ce parti puisse momentanément utiliser à ses fins d’autres partis. Cela n’exclut pas davantage qu’il puisse soutenir momentanément d’autres partis pour des mesures qui représentent ou bien un avantage immédiat pour le prolétariat, ou bien un progrès dans le sens du développement économique ou de la liberté politique. Pour ma part, je soutiendrais quiconque lutte véritablement en Allemagne pour l’élimination de la succession par ordre de primogéniture et d’autres survivances féodales, de la bureaucratie, des droits de douane, des lois de répression contre les socialistes, des restrictions au droit de réunion et d’association. »

[5] Cf. “Notes sur le Bonapartisme. A propos du « 18 Brumaire de Louis-Napoléon Bonaparte »”, de Juin 2001, accessible sur notre site

[6] Nous ne distinguerons pas, dans ce texte les poids des représentations politiques et des lobbies des fractions de la bourgeoisie au sein du Parlement comme indicateur grossier de la lutte des classes, bien qu’il soit notoire qu’à la Chambre des Députés prédominent de loin les intérêts personnels les plus mesquins et les chasses gardées au sein du système de coalitions entre les partis. La grande masse des députés s’exprime peu ou pas du tout, appuyant ses leaders qui expriment politiquement les intérêts de ces fractions. Au Sénat fédéral, le mouvement des partis politiques, du fait du mode d’élection, tend à indiquer déjà de manière plus fine les intérêts des différentes fractions bourgeoises.

[7] Sur le modèle américain, les brésiliens désignent par l’anglicisme « impeachment » la procédure de destitution prévue par la Constitution. Nous le traduirons systématiquement ici par « destitution ».

Sur les revendications immédiates et les mesures révolutionnaires

Le commentaire ci-dessous a été adressé sur Facebook à une personne qui nous posait la question suivante : « Absolument d’accord pour la dictature prolétarienne, mais quand je lis « planification pour répartir la force de travail » ou « passage entre les mains de l’État des grandes entreprises » ou encore « augmentation de la productivité » j’ai l’impression que l’on repropose une gestion alternative du capitalisme plutôt que l’abolition de la marchandise et du salariat… Alors oui c’est le « demi-état », mais est-il hérétique de penser que l’on pourrait faire à moins de la transition? « 

Nous jugeons important de donner les grandes lignes de ce que pourrait être un « programme » révolutionnaire, qui ne se limite pas aux grandes incantations sur les conseils ouvriers ou la dictature du prolétariat. Si Marx et Engels se refusaient à lire dans les « marmites de l’avenir » pour ce qui était de la société communiste, ils ont toujours prêté une grande attention à la nature des mesures qu’il fallait prendre dans le cours des révolutions. Cela commence par les mesures énoncées à la fin du Manifeste du Parti communiste, et dont une partie a été réalisée, depuis lors, par la bourgeoisie elle-même jusqu’aux critiques des programmes de Gotha (1874) et Erfurt (1891) ou du P.O.F. Pour cette raison, nous avons fait figurer une série de mesures à la fin du livre « Le marxisme en résumé », que nous avons ensuite reclassées par grands thèmes dans le texte concernant le mouvement du printemps 2016. Une partie d’entre elles est directement reprise de ces écrits historiques. Dans la question que tu soulèves, il y a deux aspects qui sont intéressants à développer. L’un concerne la nature de l’État prolétarien et son rôle, l’autre la façon dont une société en transition vers le socialisme (dictature du prolétariat) s’organise pour briser les rapports de production existants et comment elle se situe en rupture avec les modes de gestion capitalistes. Nous traiterons surtout de ce dernier point. Il est vrai que dans la quinzaine d’éléments que nous avançons, il y a des choses hétérogènes et qui ne sont pas au même niveau.

On peut les classer en trois catégories :

1°) les REVENDICATIONS, qui pourraient être satisfaites par un gouvernement bourgeois et dont la réalisation déblaie le terrain pour un affrontement encore plus direct entre le prolétariat et la bourgeoisie. C’est la logique de la révolution permanente défendue de manière récurrente par Marx et Engels. A la limite, certaines de ces revendications sont énoncées par des partis bourgeois et défendues aussi par le parti prolétarien, sans jamais bien sûr qu’il ne se compromette auprès de ces partis. C’est ce que défendait Engels dans sa lettre à Gerson Trier du 18/12/1889 :

« Mais nous sommes d’accord sur le fait que le prolétariat ne peut conquérir sans révolution violente le pouvoir politique, seule porte donnant sur la société nouvelle. Pour qu’au jour de la décision le prolétariat soit assez fort pour vaincre et cela, Marx et moi nous l’avons défendu depuis 1847 , il est nécessaire qu’il se forme un parti autonome, séparé de tous les autres et opposé à eux tous, un parti de classe conscient.
Cela n’exclut pas, cependant, que ce parti puisse momentanément utiliser à ses fins d’autres partis. Cela n’exclut pas davantage qu’il puisse soutenir momentanément d’autres partis pour des mesures qui représentent ou bien un avantage immédiat pour le prolétariat, ou bien un progrès dans le sens du développement économique ou de la liberté politique. Pour ma part, je soutiendrais quiconque lutte véritablement en Allemagne pour l’élimination de la succession par ordre de primogéniture et d’autres survivances féodales, de la bureaucratie, des droits de douane, des lois de répression contre les socialistes, des restrictions au droit de réunion et d’association. Si notre parti allemand du progrès [20] ou votre Venstre danois [21] étaient de véritables partis bourgeois radicaux, et non de simples regroupements de misérables bavards qui, à la première menace de Bismarck ou d’Estrup, se mettent à ramper, je ne serais absolument pas inconditionnellement contre tout cheminement momentané avec eux pour certains buts précis. Si nos parlementaires votent pour un projet qui émane de l’autre côté et c’est ce qu’ils sont obligés de faire assez souvent , n’est-ce pas déjà un pas ensemble ? Mais je n’y suis favorable que lorsque l’avantage est direct pour nous, ou indubitable pour le développement historique du pays en direction de la révolution économique et politique, c’est-à-dire en vaut la peine, et à la condition préalable que le caractère prolétarien de classe du parti n’en soit pas affecté. C’est ce qui est pour moi la limite absolue. Cette politique, vous la trouverez développée dès 1847 dans le Manifeste communiste, et nous l’avons suivie partout, en 1848, dans l’Internationale. »

Ici, le rôle de l’État prolétarien, lorsqu’il a en mains les leviers, est de mettre en place rapidement ce pour quoi la bourgeoisie tergiverse ou a même renoncé.

2°) des MESURES immédiates qui ne pourront être prises, au contraire que par un semi-Etat prolétarien parce qu’elles supposent immédiatement ces « incursions dans la propriété privée » dont parlait Marx et par conséquent sont une déclaration de guerre totale à la bourgeoisie. Leur application suppose la prise du pouvoir ; elles peuvent aussi jouer un rôle dans le développement de la dynamique révolutionnaire.

3°) des TENDANCES à mettre en place et dont le déploiement et la réalisation sanctionneront la rupture irréversible avec a logique des rapports de production capitalistes. Ici le rôle de l’État est de favoriser la mise en place de nouveaux rapports de production, sachant évidemment que c’est au prolétariat et à ses organisations de masses (conseils et syndicats) de pousser cette dynamique à partir du socle concret de la vie réelle dans les sphères du travail, de l’éducation, de l’habitat… De ce point de vue, il est vrai que notre formulation sur la productivité du travail peut paraître ambiguë. Il vaudrait mieux écrire : « mise en place d’une organisation collective de la production qui favorise l’essor de la productivité du travail, afin de diminuer le temps de travail et d’augmenter le volume des moyens de consommation mis à disposition des travailleurs ».

(…)

Dans le mode de production capitaliste, le caractère social du travail ne s’affirme que par la médiation de l’échange marchand. Dans le communisme, l’activité est immédiatement sociale, ce qui change tout. Et sur la question du vocabulaire, nous sommes encore dans la contrainte de la société de classes. Ce que l’espèce se « distribue » ce ne sont plus des marchandises, pas non plus des « biens » si ce terme évoque trop la propriété ; alors parler de « moyens de consommation » (avec la distinction classique des « moyens de production ») est un pis-aller. On pourrait éventuellement dire « moyens de subsistance », pourquoi pas ?

Retrait sans conditions de la « Loi Travail » ! Et après ?…

La bourgeoisie française et les gouvernements qui, de droite comme de gauche, défendent les intérêts du capital, n’ont désormais plus d’autre choix que d’attaquer plus durement le prolétariat et de le dépouiller des « acquis » qui ont permis d’acheter une relative paix sociale durant les soixante dernières années. Les prolétaires espagnols, italiens, grecs, anglais, allemands… pour ne parler que de l’Europe, ont déjà eu à subir ce type d’attaques, à coup de nouvelles lois sur le travail, de baisse des salaires et des pensions, de réduction des services publics et sociaux. La France est un gros morceau, puisque, représentant 1% de la population mondiale, elle concentre 15% des transferts sociaux mondiaux. Ramener la France au niveau de l’Espagne ou même de l’Allemagne (travail jusqu’à 67 ans, salaires de quatre €uros de l’heure, temps de travail augmenté…) ne pourra pas se faire sans réactions, et la bourgeoisie française en est bien consciente.

C’est pourquoi, face à cette crainte, le gouvernement a longtemps louvoyé en testant (ANI, Loi Rebsamen, Loi Macron…) des dispositifs favorables au patronat, et a déjà reculé partiellement devant la – pourtant relativement faible – mobilisation de mars et avril. Toute une batterie de lois se met en place en parallèle, à l’hôpital, dans les transports, visant également à accroître les conditions d’exploitation. Mais, que ce soit ce gouvernement ou le suivant, ils chercheront de toutes les façons à prendre les mesures qui s’imposent dans une situation de concurrence accrue à l’échelle internationale et qui s’est aggravée avec la crise de 2007-2009 (une prochaine crise majeure de surproduction pouvant être attendue pour la fin de la décennie).

Le déclin relatif des plus vieilles nations capitalistes, concurrencées par de plus jeunes et malmenées régulièrement par des crises de surproduction dont la tendance est à l’aggravation, conduit la bourgeoisie à faire payer l’addition à ceux qui n’ont pas d’autres ressources que de se vendre pour survivre, aux producteurs, aux prolétaires. C’est tout l’enjeu des attaques actuelles, qui dépassent donc de loin le seul dispositif de la loi El-Khomry, même si celle-ci annonce directement la couleur et donc achève de faire tomber les dernières illusions sur les alternatives « de gauche » à l’austérité capitaliste. Derrière le mouvement actuel, il y a aussi la tentative de recomposer un camp de « gauche » dans la perspective de l’élection présidentielle. C’est un piège. Déjà à la fin du mouvement défait contre la réforme des retraites en 2010 on entendait dans les cortèges : « rendez-vous en 2012 ». On sait ce qu’il en est advenu.

Prétendre que tout ceci est la faute de « la finance », « de l’Europe », « de l’Allemagne »… en appeler au protectionnisme et aux solutions locales est pire qu’une illusion, c’est un moyen d’entraîner la classe ouvrière sur les chemins du chauvinisme, de la collaboration de classe, et finalement, de la guerre.

Mais le seul retrait de la loi El Khomry et des autres lois ne changerait rien sur le fond. Déjà, avec le code du travail actuel, les contrats précaires, les boulots déclassés, les stages sous-payés, l’arbitraire dans les boites, le temps partiel subi, les contraintes horaires, la pression sur les salaires, l’allongement de la durée du travail sont le lot quotidien de millions de prolétaires. La dégradation des services publics de transport et de santé empire encore les conditions de vie de la majorité des travailleurs. Mais cela ne suffit pas pour le patronat, qui exige d’avoir les coudées plus franches pour accentuer encore ce mouvement et faire tomber tous les garde-fous.

Ce faisant, il est parfaitement dans son rôle. Est-ce que le prolétariat est dans le sien ?

Malheureusement pas assez. Il ne suffira pas d’obtenir, si cela arrive, le retrait de la loi El Khomry ; il faut arriver à organiser à partir du lieu de travail et des quartiers une dynamique qui aille au-delà de la riposte aux attaques ; qui remette en cause la logique même du capitalisme qui cherchera toujours à accroître l’exploitation en employant tous les moyens de droit (d’où le rôle de l’Etat pour changer les lois) et de contrainte (chantage à l’emploi, pressions sur les travailleurs, méthodes musclées de « management », répression amplifiée de la lutte de classe …). Pour conserver et améliorer sa place dans la concurrence internationale, la bourgeoisie française est prête à tout. De prolongation en prolongation, l’état d’urgence est devenu permanent et les militaires sont à pied d’œuvre en cas de besoin. La répression des manifestations de rue atteint d’emblée un niveau élevé, et les poursuites contre les militants ouvriers et syndicalistes se multiplient. Et ce n’est pas avec des manifestations espacées, sans mouvement de grève réel dans une majorité d’entreprises, et dans le ron-ron syndical qui a déjà montré son efficacité…dans la démobilisation en 2003, 2010… que la tendance pourra s’enrayer.

En face, il nous faut renouer avec les traditions les plus vigoureuses du mouvement ouvrier international ; viser non pas l’aménagement de la société capitaliste comme le veulent tous les critiques et même les « anticapitalistes » d’opérette, mais sa destruction totale. C’est-à-dire commencer par se réapproprier les moyens de production et d’échange en expropriant les capitalistes, en détruisant la propriété privée, en centralisant les petites entreprises, en arrêtant les branches de production inutiles et en réaffectant des moyens de travail aux secteurs délaissés parce que considérés comme « non rentables » – du point de vue du capital dont l’unique motivation est d’extorquer le maximum de plus-value au prolétariat -, en généralisant le travail productif à l’ensemble de la société, tout en réduisant de manière drastique le temps passé au travail, pour permettre à chacun de participer aussi à la gestion collective de la société et aux activités libres.

Mais pour cela, il ne faut rien moins qu’une révolution communiste, suffisamment puissante pour renverser l’Etat de la bourgeoisie et constituer une république du Travail, qui ne se situe pas à l’échelle d’un seul pays, mais possède d’emblée une dimension internationale

Utopie ? Certainement pas plus que de penser que les politiques actuelles – qu’elles soient d’inspiration réformiste, libérale ou protectionniste-souverainiste – apporteront une quelconque amélioration à notre sort et empêcheront le cours à la guerre qui s’ouvrira inéluctablement avec l’aggravation des crises et l’exacerbation de la concurrence internationale.

Le prolétariat n’a pas d’autre choix que de reconstituer ses organes de classe, de s’unifier à l’échelle internationale en créant un parti prolétarien révolutionnaire distinct et opposé aux autres partis, y compris ceux qui se réclament de manière frauduleuse de « l’anticapitalisme », et de se préparer à conquérir le pouvoir politique

Seule l’abolition du salariat et de la propriété privée des moyens de production et d’échange constitue une véritable rupture, radicale, avec le capitalisme.

Dans l’époque actuelle, grosse d’une colère que les appareils bureaucratiques, politiques et syndicaux font tout pour étouffer, que des mouvements dits « citoyens » font tout pour détourner, il faut commencer par combattre le saucissonnage des conflits délibérément organisé par les syndicats, et pour cela systématiser les contacts entre entreprises, métiers, professions et avec les chômeurs et travailleurs précaires ; créer, sur les lieux de travail, dans les quartiers, des organes de discussion et de lutte : comités de grèves, comités de luttes, assemblées générales souveraines dont les élus sont révocables.

Nous n’avons pas d’autre choix.

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Le mouvement social en France

Des camarades à l’étranger nous ont demandé de commenter ce qui se passait en France actuellement. Au vu de certaines analyses dans divers sites ou publications d’extrême-gauche, le mouvement actuel est souvent sur-évalué et ceci sans doute pour deux raisons : le rôle des médias qui d’une part insistent sur les violences, images à l’appui, donnant ainsi une fausse image de radicalisme, et d’un autre côté manifestant une grande sympathie pour le phénomène « Nuit debout » ; et l’image traditionnelle du prolétariat français, combatif, déterminé, etc. Pourtant, comme nous en donnons ici une première analyse, le mouvement dans son expression générale (ce qui ne veut pas dire qu’il n’y ait pas des poussées de révolte sociale qui pourraient déboucher sur autre chose) reste parfaitement encadré par les forces réformistes et les pompiers sociaux, comme cela s’est passé pour le mouvement contre la réforme des retraites en 2010.

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«  Le mouvement social, engagé depuis le début du mois de mars contre, au premier chef, la « loi Travail » présentée par le gouvernement Valls/Hollande et dont, pour l’heure, il est encore difficile de prévoir l’évolution pourra apporter le meilleur comme le pire. L’objectif de ce texte n’est pas de faire une analyse à chaud des événements, qui se dérouleront selon leur propre logique, mais de réfléchir sur le contexte dans lequel ce mouvement émerge, précisément aujourd’hui, en France, et sur le rapport de forces qu’il serait nécessaire de mettre en place pour en faire un vrai mouvement de rupture avec l’ignoble collaboration de classes qui caractérise la vie sociale et politique dans ce pays depuis bientôt un siècle.

Il est remarquable de voir que, alors que le mouvement avait à peine démarré, les organisations encadrant le mouvement social : UNEF, CGT, FO et SUD n’ont absolument pas attendu pour se porter en tête et prendre une posture avancée vis-à-vis de la contestation. Pour une part cela témoigne de leur crainte de voir les choses échapper à tout contrôle, mais pour une autre part cela montre aussi que le mouvement se satisfaisait encore largement de cet encadrement. Tout comme le gouvernement, les forces de la conciliation sociale sentent, ou pressentent qu’une révolte générale est possible, et probable.

Pour autant que ce mouvement se cherche des références historiques, il n’a à offrir que des « victoires » en trompe l’œil (le CPE) des défaites (retraites 2010) et l’inévitable mai 68. Que, 48 ans après la « victoire » de mai-juin 1968, il faille se mobiliser pour empêcher l’augmentation de la semaine de travail et la baisse des salaires en dit long sur l’impasse du réformisme et sur le fait que, tant que le mode de production capitaliste n’aura pas été aboli, aucune « réforme », même obtenue au prix d’une grève générale massive, ne saurait améliorer de façon durable le sort du prolétariat. »

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