Retrait sans conditions de la « Loi Travail » ! Et après ?…

La bourgeoisie française et les gouvernements qui, de droite comme de gauche, défendent les intérêts du capital, n’ont désormais plus d’autre choix que d’attaquer plus durement le prolétariat et de le dépouiller des « acquis » qui ont permis d’acheter une relative paix sociale durant les soixante dernières années. Les prolétaires espagnols, italiens, grecs, anglais, allemands… pour ne parler que de l’Europe, ont déjà eu à subir ce type d’attaques, à coup de nouvelles lois sur le travail, de baisse des salaires et des pensions, de réduction des services publics et sociaux. La France est un gros morceau, puisque, représentant 1% de la population mondiale, elle concentre 15% des transferts sociaux mondiaux. Ramener la France au niveau de l’Espagne ou même de l’Allemagne (travail jusqu’à 67 ans, salaires de quatre €uros de l’heure, temps de travail augmenté…) ne pourra pas se faire sans réactions, et la bourgeoisie française en est bien consciente.

C’est pourquoi, face à cette crainte, le gouvernement a longtemps louvoyé en testant (ANI, Loi Rebsamen, Loi Macron…) des dispositifs favorables au patronat, et a déjà reculé partiellement devant la – pourtant relativement faible – mobilisation de mars et avril. Toute une batterie de lois se met en place en parallèle, à l’hôpital, dans les transports, visant également à accroître les conditions d’exploitation. Mais, que ce soit ce gouvernement ou le suivant, ils chercheront de toutes les façons à prendre les mesures qui s’imposent dans une situation de concurrence accrue à l’échelle internationale et qui s’est aggravée avec la crise de 2007-2009 (une prochaine crise majeure de surproduction pouvant être attendue pour la fin de la décennie).

Le déclin relatif des plus vieilles nations capitalistes, concurrencées par de plus jeunes et malmenées régulièrement par des crises de surproduction dont la tendance est à l’aggravation, conduit la bourgeoisie à faire payer l’addition à ceux qui n’ont pas d’autres ressources que de se vendre pour survivre, aux producteurs, aux prolétaires. C’est tout l’enjeu des attaques actuelles, qui dépassent donc de loin le seul dispositif de la loi El-Khomry, même si celle-ci annonce directement la couleur et donc achève de faire tomber les dernières illusions sur les alternatives « de gauche » à l’austérité capitaliste. Derrière le mouvement actuel, il y a aussi la tentative de recomposer un camp de « gauche » dans la perspective de l’élection présidentielle. C’est un piège. Déjà à la fin du mouvement défait contre la réforme des retraites en 2010 on entendait dans les cortèges : « rendez-vous en 2012 ». On sait ce qu’il en est advenu.

Prétendre que tout ceci est la faute de « la finance », « de l’Europe », « de l’Allemagne »… en appeler au protectionnisme et aux solutions locales est pire qu’une illusion, c’est un moyen d’entraîner la classe ouvrière sur les chemins du chauvinisme, de la collaboration de classe, et finalement, de la guerre.

Mais le seul retrait de la loi El Khomry et des autres lois ne changerait rien sur le fond. Déjà, avec le code du travail actuel, les contrats précaires, les boulots déclassés, les stages sous-payés, l’arbitraire dans les boites, le temps partiel subi, les contraintes horaires, la pression sur les salaires, l’allongement de la durée du travail sont le lot quotidien de millions de prolétaires. La dégradation des services publics de transport et de santé empire encore les conditions de vie de la majorité des travailleurs. Mais cela ne suffit pas pour le patronat, qui exige d’avoir les coudées plus franches pour accentuer encore ce mouvement et faire tomber tous les garde-fous.

Ce faisant, il est parfaitement dans son rôle. Est-ce que le prolétariat est dans le sien ?

Malheureusement pas assez. Il ne suffira pas d’obtenir, si cela arrive, le retrait de la loi El Khomry ; il faut arriver à organiser à partir du lieu de travail et des quartiers une dynamique qui aille au-delà de la riposte aux attaques ; qui remette en cause la logique même du capitalisme qui cherchera toujours à accroître l’exploitation en employant tous les moyens de droit (d’où le rôle de l’Etat pour changer les lois) et de contrainte (chantage à l’emploi, pressions sur les travailleurs, méthodes musclées de « management », répression amplifiée de la lutte de classe …). Pour conserver et améliorer sa place dans la concurrence internationale, la bourgeoisie française est prête à tout. De prolongation en prolongation, l’état d’urgence est devenu permanent et les militaires sont à pied d’œuvre en cas de besoin. La répression des manifestations de rue atteint d’emblée un niveau élevé, et les poursuites contre les militants ouvriers et syndicalistes se multiplient. Et ce n’est pas avec des manifestations espacées, sans mouvement de grève réel dans une majorité d’entreprises, et dans le ron-ron syndical qui a déjà montré son efficacité…dans la démobilisation en 2003, 2010… que la tendance pourra s’enrayer.

En face, il nous faut renouer avec les traditions les plus vigoureuses du mouvement ouvrier international ; viser non pas l’aménagement de la société capitaliste comme le veulent tous les critiques et même les « anticapitalistes » d’opérette, mais sa destruction totale. C’est-à-dire commencer par se réapproprier les moyens de production et d’échange en expropriant les capitalistes, en détruisant la propriété privée, en centralisant les petites entreprises, en arrêtant les branches de production inutiles et en réaffectant des moyens de travail aux secteurs délaissés parce que considérés comme « non rentables » – du point de vue du capital dont l’unique motivation est d’extorquer le maximum de plus-value au prolétariat -, en généralisant le travail productif à l’ensemble de la société, tout en réduisant de manière drastique le temps passé au travail, pour permettre à chacun de participer aussi à la gestion collective de la société et aux activités libres.

Mais pour cela, il ne faut rien moins qu’une révolution communiste, suffisamment puissante pour renverser l’Etat de la bourgeoisie et constituer une république du Travail, qui ne se situe pas à l’échelle d’un seul pays, mais possède d’emblée une dimension internationale

Utopie ? Certainement pas plus que de penser que les politiques actuelles – qu’elles soient d’inspiration réformiste, libérale ou protectionniste-souverainiste – apporteront une quelconque amélioration à notre sort et empêcheront le cours à la guerre qui s’ouvrira inéluctablement avec l’aggravation des crises et l’exacerbation de la concurrence internationale.

Le prolétariat n’a pas d’autre choix que de reconstituer ses organes de classe, de s’unifier à l’échelle internationale en créant un parti prolétarien révolutionnaire distinct et opposé aux autres partis, y compris ceux qui se réclament de manière frauduleuse de « l’anticapitalisme », et de se préparer à conquérir le pouvoir politique

Seule l’abolition du salariat et de la propriété privée des moyens de production et d’échange constitue une véritable rupture, radicale, avec le capitalisme.

Dans l’époque actuelle, grosse d’une colère que les appareils bureaucratiques, politiques et syndicaux font tout pour étouffer, que des mouvements dits « citoyens » font tout pour détourner, il faut commencer par combattre le saucissonnage des conflits délibérément organisé par les syndicats, et pour cela systématiser les contacts entre entreprises, métiers, professions et avec les chômeurs et travailleurs précaires ; créer, sur les lieux de travail, dans les quartiers, des organes de discussion et de lutte : comités de grèves, comités de luttes, assemblées générales souveraines dont les élus sont révocables.

Nous n’avons pas d’autre choix.

Tract_LoiTravail_Rgf

Le mouvement social en France

Des camarades à l’étranger nous ont demandé de commenter ce qui se passait en France actuellement. Au vu de certaines analyses dans divers sites ou publications d’extrême-gauche, le mouvement actuel est souvent sur-évalué et ceci sans doute pour deux raisons : le rôle des médias qui d’une part insistent sur les violences, images à l’appui, donnant ainsi une fausse image de radicalisme, et d’un autre côté manifestant une grande sympathie pour le phénomène « Nuit debout » ; et l’image traditionnelle du prolétariat français, combatif, déterminé, etc. Pourtant, comme nous en donnons ici une première analyse, le mouvement dans son expression générale (ce qui ne veut pas dire qu’il n’y ait pas des poussées de révolte sociale qui pourraient déboucher sur autre chose) reste parfaitement encadré par les forces réformistes et les pompiers sociaux, comme cela s’est passé pour le mouvement contre la réforme des retraites en 2010.

—————————————————-

«  Le mouvement social, engagé depuis le début du mois de mars contre, au premier chef, la « loi Travail » présentée par le gouvernement Valls/Hollande et dont, pour l’heure, il est encore difficile de prévoir l’évolution pourra apporter le meilleur comme le pire. L’objectif de ce texte n’est pas de faire une analyse à chaud des événements, qui se dérouleront selon leur propre logique, mais de réfléchir sur le contexte dans lequel ce mouvement émerge, précisément aujourd’hui, en France, et sur le rapport de forces qu’il serait nécessaire de mettre en place pour en faire un vrai mouvement de rupture avec l’ignoble collaboration de classes qui caractérise la vie sociale et politique dans ce pays depuis bientôt un siècle.

Il est remarquable de voir que, alors que le mouvement avait à peine démarré, les organisations encadrant le mouvement social : UNEF, CGT, FO et SUD n’ont absolument pas attendu pour se porter en tête et prendre une posture avancée vis-à-vis de la contestation. Pour une part cela témoigne de leur crainte de voir les choses échapper à tout contrôle, mais pour une autre part cela montre aussi que le mouvement se satisfaisait encore largement de cet encadrement. Tout comme le gouvernement, les forces de la conciliation sociale sentent, ou pressentent qu’une révolte générale est possible, et probable.

Pour autant que ce mouvement se cherche des références historiques, il n’a à offrir que des « victoires » en trompe l’œil (le CPE) des défaites (retraites 2010) et l’inévitable mai 68. Que, 48 ans après la « victoire » de mai-juin 1968, il faille se mobiliser pour empêcher l’augmentation de la semaine de travail et la baisse des salaires en dit long sur l’impasse du réformisme et sur le fait que, tant que le mode de production capitaliste n’aura pas été aboli, aucune « réforme », même obtenue au prix d’une grève générale massive, ne saurait améliorer de façon durable le sort du prolétariat. »

LIRE LA SUITE ICI : La situation en France

Le piège de « l’unité syndicale »

Au moment où s’annonce une offensive majeure contre les prolétaires, la CGT lance l’initiative d’une « intersyndicale ». Rappelons le rôle néfaste que celle-ci a joué lors de la mobilisation contre la réforme des retraites en 2010, en alignant toutes les positions sur le « moins-disant » et en bloquant toute radicalisation possible au nom de « l’unité ».

Nous présentons ici un extraite de notre texte de bilan de ce mouvement, écrit en 2011. Quoiqu’il se passe dans les prochaines semaines, seule l’auto-organisation des prolétaires au sein de comités de grèves, d’assemblées générales souveraines, d’organes regroupant des syndiqués et non-syndiqués, ouverts aux chômeurs et aux sans emplois, aux précaires et décidés à poser résolument la question de la rupture avec les rapports sociaux capitalistes peut fournir un cadre de lutte prometteur pour l’avenir.

Extrait :

« Anticipant le réveil massif d’une opposition en sommeil – que les échecs des démonstrations syndicales du printemps n’avaient fait qu’exacerber – les principaux syndicats français, pour maîtriser le mouvement revendicatif à venir, choisirent de s’organiser en intersyndicale.
C’est en effet la forme d’organisation la plus conforme à l’objectif de représenter l’océan de mécontentements que la politique sociale de ce gouvernement n’avait cessé d’alimenter.
Cette apparente concession au besoin d’unité et de force, même venant de la part ceux qui avaient si misérablement conduit les mouvements passés à la démonstration de leur impuissance, était la condition pour posséder une incontestable légitimité à diriger les luttes de l’automne français que tout annonçait massives.
Cette direction d’apparence unitaire était ainsi conforme à la hauteur non seulement de l’enjeu social (augmentation du temps de travail, baisse des pensions, diminution de l’espérance de vie), mais elle apparaissait de plus aux yeux de tous comme favorable dans son principe à l’explosion d’une riposte massive, condition sine qua non d’une victoire espérée depuis si longtemps, ceci à condition que l’unité ne reste pas un but en soi comme elle l’avait été en 2009, mais serve de moyen pour entraîner l’ensemble du mouvement vers un développement plus radical. Mais ce n’était évidemment l’intérêt d’aucune de ces centrales regroupées dans cette unité surprenante à plus d’un titre et qu’il convient d’analyser ici.
Tout d’abord rappelons que sur l’essentiel, le rejet de cette réforme, la position des directions syndicales n’était pas homogène et que toutes étaient favorables à une réforme pénalisant le prolétariat. Même la direction CGT qui s’est prétendue tout au long du mouvement comme LA centrale d’opposition la plus résolue au Gouvernement, éditait des affiches sur lesquelles on pouvait lire : « Pour une réforme plus juste ». Quant aux autres telles que la CFDT, qui s’inscrit dans une stratégie assumée de collaboration de classe, il était de notoriété publique qu’elles jugeaient cette réforme nécessaire, idem pour FO et consorts qui, avec leur projet de grève générale, se voulaient distincts de la mollesse des grandes confédérations mais qui piaffaient d’impatience en attendant de s’asseoir autour d’une table de négociations.
Les directions de la CFDT de la CFTC ou de la CGC voire de l’UNSA s’inscrivaient donc dans le mouvement revendicatif par pur opportunisme, par crainte notamment d’être marginalisées par un mouvement que tout annonçait être de très grande ampleur. Or qui dit : « réforme nécessaire » dans le contexte économique actuel dit nécessairement : « restrictions sévères des niveaux de vie des travailleurs » car c’est pour le capital la seule source de renouvellement du profit. Cela aussi tout un chacun l’avait parfaitement compris dès la crise financière de 2008.
Du côté du pouvoir, la stratégie fut celle du refus buté de négocier, même des miettes pour calmer le jeu, ce qui ne pouvait qu’encourager la détermination des manifestants à accroître leurs moyens de pression sur le gouvernement. En effet, ne pas entendre les masses tout en s’empressant de lécher les bottes des grandes fortunes apparût dans le pays comme un affront particulièrement culotté à l’esprit de justice sociale propre à l’idéologie bourgeoise française de la fin du XX° siècle.
Tout au long du mouvement, cette direction de l’intersyndicale fût peu contestée, même si concrètement à travers d’innombrables expressions individuelles ou de petits groupes locaux qui se fondaient sur les expériences passées, lesquelles démontraient à qui mieux mieux la connivence syndicats/gouvernements, se manifestait une conscience critique diffuse et le refus d’être promenés dans des manifestations randonnées par les directions syndicales. Même au moment de la plus forte contestation de la stratégie de l’intersyndicale, autour de son refus à appeler à la grève générale illimitée, aucune des formations bénéficiant d’une audience nationale ne se risqua à promouvoir ce mot d’ordre en opposition aux décisions de l’intersyndicale qui se bornait à renouveler les appels à de grandes manifestations à la tête desquelles elles caracolaient munies de simples logos publicitaires de leur boutique, à défaut de mots d’ordre plus substantiels et plus radicaux politiquement.
Et pour nous expliquer la limitation apportée aux revendications, nous ne croirons pas à la fable qui nous fût servie au plus fort du mouvement, en arguant que la CFDT se retirerait de l’intersyndicale si celle-ci reprenait le mot d’ordre de grève générale illimitée que de nombreux manifestants exigeaient. Le maintien à ce prix d’une unité de façade, aurait été de plus une grave erreur stratégique car dès lors que l’intersyndicale n’aurait plus été le symbole de l’unité des travailleurs au plus haut de son mouvement, cette unité se serait créée ailleurs, par nécessité, sans la CFDT et tous ceux qui craignaient de développer la force politique potentielle du mouvement revendicatif.
Non, la raison profonde du maintien de cette unité réside dans la nécessité absolue de maîtriser un mouvement qui, en l’absence d’une direction auto proclamée, se serait nécessairement doté d’une direction en adéquation avec ses objectifs et sa puissance : mettre en échec le gouvernement en le forçant à reculer sur cette réforme avec derrière soi une opinion majoritairement favorable à son succès. D’ailleurs la même CFDT qui, début octobre, se livrait à cet odieux chantage appela ses syndicats de routiers à peine quelques semaines plus tard à mener des opérations de blocage des routes montrant là un radicalisme de forme qui ne parvint cependant pas à faire oublier sa duplicité.
De même la CGT n’eût pas de mal à trouver des ouvriers pour se lancer dans des grèves longues et isolées tant leur colère était tenace. Ce fût le cas entre autres des ouvriers des raffineries qui assumèrent une nouvelle fois une grève longue et désespérée qui, si elle ne pût certes pleinement satisfaire les besoins de généralisation de la grève à toutes les branches de production du pays, servit de modèle de combativité et de courage en incarnant notamment la tentative d’un « blocage de l’économie », objectif qui s’était répandu dans tous les esprits.
Malgré ce modèle de combativité, pour l’intersyndicale et le gouvernement l’essentiel était sauf : la grève ne se sera pas généralisée. Usant du subterfuge devenu classique en France, dans les transports en commun principalement, consistant à faire passer l’arrêt de travail d’un secteur stratégique pour une tentative syndicale de généralisation de la grève, et qui est dans les faits son exact inverse puisque pour l’essentiel l’empêchement de travailler ne relève pas d’une volonté de se battre pour les travailleurs contraints de ne pas se rendre au travail bien que cela leur coûte autant, l’intersyndicale pût se mettre à la remorque de ces modèles de combativité pour redorer son blason et apparaître idéologiquement radicale bien qu’elle fit tout pour ne pas généraliser la grève au moment le plus opportun. L’essentiel était de circonscrire la grève à un secteur quitte à présenter sa lutte comme une délégation de l’intérêt général. »

TEXTE A LIRE SUR NOTRE SITE www.robingoodfellow.info

Il y a 10 ans, le mouvement contre le CPE

« Lille, 4 Avril : 60 000 personnes dans les rues.
Lille, 11 Avril : 2 000 manifestants.
Au plan national, c’est de plus de 2 millions à 40 000 que le nombre de
protestataires a chuté.
Ce reflux brutal, cet évanouissement subit du mouvement, cet éclatement d’une « bulle »
protestataire comme on parle de « bulle » financière ou immobilière, mérite à lui seul une analyse et au-delà c’est le mouvement tout entier de Mars 2006 qui doit faire l’objet d’un commentaire. »
Pour relire notre analyse de l’époque : « Cherche mouvement social… »