Sur le travail productif et improductif (2008)

La question de la définition de ce qu’est le travail productif en regard du travail improductif n’a pas qu’une importance théorique. Elle concerne aussi la relation entre le prolétariat (la classe productive) et les autres classes, notamment les classes moyennes salariées.

En 2008, dans le cadre des débats au sein du « Réseau de discussion international », nous avions traité la question dans ce texte consultable ici : travprod

Voir aussi sur ce blog le post : Dynamique du capital et classes sociales

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Retrait sans conditions de la « Loi Travail » ! Et après ?…

La bourgeoisie française et les gouvernements qui, de droite comme de gauche, défendent les intérêts du capital, n’ont désormais plus d’autre choix que d’attaquer plus durement le prolétariat et de le dépouiller des « acquis » qui ont permis d’acheter une relative paix sociale durant les soixante dernières années. Les prolétaires espagnols, italiens, grecs, anglais, allemands… pour ne parler que de l’Europe, ont déjà eu à subir ce type d’attaques, à coup de nouvelles lois sur le travail, de baisse des salaires et des pensions, de réduction des services publics et sociaux. La France est un gros morceau, puisque, représentant 1% de la population mondiale, elle concentre 15% des transferts sociaux mondiaux. Ramener la France au niveau de l’Espagne ou même de l’Allemagne (travail jusqu’à 67 ans, salaires de quatre €uros de l’heure, temps de travail augmenté…) ne pourra pas se faire sans réactions, et la bourgeoisie française en est bien consciente.

C’est pourquoi, face à cette crainte, le gouvernement a longtemps louvoyé en testant (ANI, Loi Rebsamen, Loi Macron…) des dispositifs favorables au patronat, et a déjà reculé partiellement devant la – pourtant relativement faible – mobilisation de mars et avril. Toute une batterie de lois se met en place en parallèle, à l’hôpital, dans les transports, visant également à accroître les conditions d’exploitation. Mais, que ce soit ce gouvernement ou le suivant, ils chercheront de toutes les façons à prendre les mesures qui s’imposent dans une situation de concurrence accrue à l’échelle internationale et qui s’est aggravée avec la crise de 2007-2009 (une prochaine crise majeure de surproduction pouvant être attendue pour la fin de la décennie).

Le déclin relatif des plus vieilles nations capitalistes, concurrencées par de plus jeunes et malmenées régulièrement par des crises de surproduction dont la tendance est à l’aggravation, conduit la bourgeoisie à faire payer l’addition à ceux qui n’ont pas d’autres ressources que de se vendre pour survivre, aux producteurs, aux prolétaires. C’est tout l’enjeu des attaques actuelles, qui dépassent donc de loin le seul dispositif de la loi El-Khomry, même si celle-ci annonce directement la couleur et donc achève de faire tomber les dernières illusions sur les alternatives « de gauche » à l’austérité capitaliste. Derrière le mouvement actuel, il y a aussi la tentative de recomposer un camp de « gauche » dans la perspective de l’élection présidentielle. C’est un piège. Déjà à la fin du mouvement défait contre la réforme des retraites en 2010 on entendait dans les cortèges : « rendez-vous en 2012 ». On sait ce qu’il en est advenu.

Prétendre que tout ceci est la faute de « la finance », « de l’Europe », « de l’Allemagne »… en appeler au protectionnisme et aux solutions locales est pire qu’une illusion, c’est un moyen d’entraîner la classe ouvrière sur les chemins du chauvinisme, de la collaboration de classe, et finalement, de la guerre.

Mais le seul retrait de la loi El Khomry et des autres lois ne changerait rien sur le fond. Déjà, avec le code du travail actuel, les contrats précaires, les boulots déclassés, les stages sous-payés, l’arbitraire dans les boites, le temps partiel subi, les contraintes horaires, la pression sur les salaires, l’allongement de la durée du travail sont le lot quotidien de millions de prolétaires. La dégradation des services publics de transport et de santé empire encore les conditions de vie de la majorité des travailleurs. Mais cela ne suffit pas pour le patronat, qui exige d’avoir les coudées plus franches pour accentuer encore ce mouvement et faire tomber tous les garde-fous.

Ce faisant, il est parfaitement dans son rôle. Est-ce que le prolétariat est dans le sien ?

Malheureusement pas assez. Il ne suffira pas d’obtenir, si cela arrive, le retrait de la loi El Khomry ; il faut arriver à organiser à partir du lieu de travail et des quartiers une dynamique qui aille au-delà de la riposte aux attaques ; qui remette en cause la logique même du capitalisme qui cherchera toujours à accroître l’exploitation en employant tous les moyens de droit (d’où le rôle de l’Etat pour changer les lois) et de contrainte (chantage à l’emploi, pressions sur les travailleurs, méthodes musclées de « management », répression amplifiée de la lutte de classe …). Pour conserver et améliorer sa place dans la concurrence internationale, la bourgeoisie française est prête à tout. De prolongation en prolongation, l’état d’urgence est devenu permanent et les militaires sont à pied d’œuvre en cas de besoin. La répression des manifestations de rue atteint d’emblée un niveau élevé, et les poursuites contre les militants ouvriers et syndicalistes se multiplient. Et ce n’est pas avec des manifestations espacées, sans mouvement de grève réel dans une majorité d’entreprises, et dans le ron-ron syndical qui a déjà montré son efficacité…dans la démobilisation en 2003, 2010… que la tendance pourra s’enrayer.

En face, il nous faut renouer avec les traditions les plus vigoureuses du mouvement ouvrier international ; viser non pas l’aménagement de la société capitaliste comme le veulent tous les critiques et même les « anticapitalistes » d’opérette, mais sa destruction totale. C’est-à-dire commencer par se réapproprier les moyens de production et d’échange en expropriant les capitalistes, en détruisant la propriété privée, en centralisant les petites entreprises, en arrêtant les branches de production inutiles et en réaffectant des moyens de travail aux secteurs délaissés parce que considérés comme « non rentables » – du point de vue du capital dont l’unique motivation est d’extorquer le maximum de plus-value au prolétariat -, en généralisant le travail productif à l’ensemble de la société, tout en réduisant de manière drastique le temps passé au travail, pour permettre à chacun de participer aussi à la gestion collective de la société et aux activités libres.

Mais pour cela, il ne faut rien moins qu’une révolution communiste, suffisamment puissante pour renverser l’Etat de la bourgeoisie et constituer une république du Travail, qui ne se situe pas à l’échelle d’un seul pays, mais possède d’emblée une dimension internationale

Utopie ? Certainement pas plus que de penser que les politiques actuelles – qu’elles soient d’inspiration réformiste, libérale ou protectionniste-souverainiste – apporteront une quelconque amélioration à notre sort et empêcheront le cours à la guerre qui s’ouvrira inéluctablement avec l’aggravation des crises et l’exacerbation de la concurrence internationale.

Le prolétariat n’a pas d’autre choix que de reconstituer ses organes de classe, de s’unifier à l’échelle internationale en créant un parti prolétarien révolutionnaire distinct et opposé aux autres partis, y compris ceux qui se réclament de manière frauduleuse de « l’anticapitalisme », et de se préparer à conquérir le pouvoir politique

Seule l’abolition du salariat et de la propriété privée des moyens de production et d’échange constitue une véritable rupture, radicale, avec le capitalisme.

Dans l’époque actuelle, grosse d’une colère que les appareils bureaucratiques, politiques et syndicaux font tout pour étouffer, que des mouvements dits « citoyens » font tout pour détourner, il faut commencer par combattre le saucissonnage des conflits délibérément organisé par les syndicats, et pour cela systématiser les contacts entre entreprises, métiers, professions et avec les chômeurs et travailleurs précaires ; créer, sur les lieux de travail, dans les quartiers, des organes de discussion et de lutte : comités de grèves, comités de luttes, assemblées générales souveraines dont les élus sont révocables.

Nous n’avons pas d’autre choix.

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La faim n’est pas un problème de répartition des richesses

En réponse à l’étude annuelle publiée par l’ONG OXFAM (1) sur la répartition mondiales des richesses, le site du monde.fr publie un article critique sur la méthode statistique utilisée : http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2016/01/19/les-limites-de-l-etude-d-oxfam-sur-les-personnes-les-plus-riches_4849680_4355770.html

Ce que montre cet article (d’ailleurs pompé sur ce blog-ci : http://blog.francetvinfo.fr/…/inegalites-mondiales-les-absu…) n’est pas le plus important.

Le plus important est que ce genre d’enquête sensationnaliste, abondamment relayées sur Facebook, occulte complètement le vrai combat contre le mode de production capitaliste, qui ne concerne pas la mauvaise DISTRIBUTION des richesses, mais le MODE DE PRODUCTION et les RAPPORTS DE PRODUCTION.

Quand bien même les fameux « 1% » les plus riches donneraient toute leur fortune à toute l’humanité (!!), cela ferait une somme de 300 $ environ par personne, et 600 si l’on considère seulement les 3 milliards d’individus les plus pauvres.

Beau résultat en réalité, et qui ne résoudrait en rien la misère et la faim !!

Pour les éradiquer, il n’y a qu’une solution, qu’une révolution mondiale renverse l’ordre des rapports de production en expropriant les CAPITALISTES (et pas « LES RICHES ») et en ré-orientant complètement l’appareil productif, rendu aux mains de ceux qui produisent.

La rationalisation de la production, l’augmentation de la productivité pour faire baisser le temps de travail et augmenter la quantité de biens produits pour satisfaire les besoins de tous, l’augmentation de la qualité des biens produits, la participation de tous à la production ne seront possibles que lorsque le prolétariat se sera organisé à l’échelle mondiale (L’Internationale) pour s’emparer du pouvoir politique et exercer sa dictature contre les classes dominantes qu’il s’agira d’exproprier pour reprendre en mains et transformer tout l’appareil de production et de distribution.

ET CE NE SERA PAS FACILE.

C’est un autre point mortifère du slogan des « 1% », tel qu’il avait déjà été avancé par des mouvements comme « Occupy Wall Street ». Il laisse penser que, dans un rapport de 1 à 10, le renversement de l’ordre existant est une bluette qui se fera quand les 99% auront pris conscience de « l’injustice » représentée par la situation.

Ce genre de rhétorique n’a d’autre effet que de désarmer le prolétariat, en semant des illusions sur les possibilités de réussite d’une révolution sociale.

Que l’on songe que, simplement en France, les forces de répression, entre militaires, gendarmes, flics, gardiens de prison, agents de sécurité privés (2)… représentent pas loin de 600.000 membres soit… 1% de la population (et la plupart armés !). La bourgeoisie elle-même se repose sur la complicité, et l’accord au moins tacite des classes moyennes et d’une partie du prolétariat. Dans une dynamique révolutionnaire, le prolétariat devra affronter pour vaincre ou soumettre, beaucoup plus que « 1% » de la population.

Sans en constituer un facteur mécanique, les crises de surproduction qui vont se reproduire tout prochainement, d’une ampleur encore plus féroce que celle de 2007-2009, accéléreront la dynamique de rupture, en précipitant des pans entiers de la société et notamment les classes moyennes dans la misère noire. Mais ceci ne garantit pas à soi seul la reprise d’une perspective révolutionnaire.

En attendant, il faut combattre les pleurnicheries humanistes à la OXFAM et toujours répéter que notre combat ne vise pas à instaurer une meilleure équité et une meilleure justice sociale au sein du mode de production capitaliste, mais à DÉTRUIRE LE CAPITAL, SON MODE DE PRODUCTION ET TOUS SES SUPPÔTS.

(1) http://www.oxfamfrance.org/communique-presse/justice-fiscale/davos-2016-62-personnes-possedent-autant-que-moitie-plus-pauvre

(2) http://www.interieur.gouv.fr/…/Les-chiffres-de-la-securite-… – Cependant, à la différences des flics, militaires et gendarmes, ces derniers sont des prolétaires.

Marx, Engels et les phases historiques du mode de production capitaliste

L’Europe occidentale est le berceau du mode de production capitaliste. Pour Marx et Engels, ce mode de production n’a pas pour autant une histoire linéaire et son développement passe par des périodes différentes dont il est intéressant de montrer les spécificités.

Ces trois grands stades sont notamment dépeints dans le « Capital »[1].

  • La coopération
  • La manufacture
  • La grande industrie

Voir le fichier PDF : Robin_Goodfellow-Les phases_historiques_duMPC

[1] « Les termes économiques employés dans ce livre correspondent, dans la mesure où ils sont nouveaux, à ceux de l’édition anglaise du Capital de Marx. Nous désignons par «production des marchandises» cette phase de l’économie dans laquelle les denrées ne sont pas produites seulement pour l’usage du producteur, mais en vue de l’échange, c’est-à-dire comme marchandises, et non comme valeurs d’usage. Cette phase s’étend depuis les premiers débuts de la production pour l’échange jusqu’à nos jours; elle n’atteint son plein développement qu’avec la production capitaliste, c’est-à-dire avec les conditions dans lesquelles le capitaliste, propriétaire des moyens de production, occupe pour un salaire des ouvriers, gens privés de tout moyen de production à l’exception de leur propre force de travail, et empoche l’excédent du prix de vente des produits sur ses dépenses. Nous divisons l’histoire de la production industrielle, depuis le moyen âge, en trois périodes:

1- L’artisanat, petits maîtres-artisans assistés de quelques compagnons et apprentis, où chaque ouvrier fabrique l’article entier.

2- La manufacture, où un assez grand nombre d’ouvriers, groupés dans un grand atelier, fabrique l’article entier selon le principe de la division du travail, c’est-à-dire que chaque ouvrier n’exécute qu’une opération partielle, de sorte que le produit n’est terminé qu’après avoir passé successivement entre les mains de tous.

3- L’industrie moderne, où le produit est fabriqué par une force, et où le travail de l’ouvrier se borne à la surveillance et à la correction des opérations accomplies par la mécanique. » (Engels, Socialisme utopique et socialisme scientifique)

« Concentrer, élargir ces moyens de production dispersés et étriqués, en faire les leviers puissants de la production actuelle, tel fut précisément le rôle historique du mode de production capitaliste et de la classe qui en est le support, la bourgeoisie. Dans la quatrième section du Capital, Marx a décrit dans le détail comment elle a mené cette œuvre à bonne fin depuis le XVe siècle, aux trois stades de la coopération simple de la manufacture et de la grande industrie. » (Engels, Socialisme utopique et socialisme scientifique)