Crise du capital, crise de l’entreprise… suite et fin

« (…) les affaires paraissent toujours exagérément solides juste à la veille d’une débâcle » (Marx, Capital, L.III, Pléiade, T.2, p.1207

Dans le livre « crise du capital, crise de l’entreprise » nous avons montré que la crise du mode de production capitaliste était en même temps la crise de cette forme d’organisation propre à la production marchande et à sa forme généralisée, la production capitaliste : l’entreprise et que le dépassement de la production capitaliste appelait le dépassement de cette cellule de base du mode de production en vigueur. (http://www.lulu.com/shop/robin-goodfellow/crise-du-capital-crise-de-lentreprise/paperback/product-20685058.html)

Le livre partait de faits réels relatés dans un livre intitulé « Ma petite entreprise a connu la crise », ou un capitaliste racontait les péripéties qui l’ont conduit au dépôt de bilan et à la continuation de la société (après avoir licencié les 2/3 des effectifs) dans le cadre d’un redressement judiciaire. Le livre qui avait reçu les honneurs de la presse bourgeoise et valu une certaine notoriété à son auteur a été un succès de librairie et fait l’objet d’une seconde édition comme d’une édition sous forme de bande dessinée. L’auteur prompt dès lors à donner des conseils et à s’engager dans les rangs des réformateurs souhaitant libérer les entreprises des contraintes, réelles ou imaginaires, engendrées notamment par le code du travail, n’a cessé de surfer sur cette vague médiatique.

Dans un silence assourdissant, le redressement judiciaire vient de connaître un épilogue : la liquidation judiciaire.

Pourtant en 2012, profitant de la notoriété acquise par l’auteur, un affactureur, GE Capital prétendait avoir sauvé Solic[1] (la société en redressement judiciaire).

En juin 2013, notre capitaliste lançait un mouvement « entreprendre pour la France », un programme de renouveau « libéral pour l’entreprise, social pour l »homme ». Dans un article[2] consacré à sa démarche, il déclarait :

« Puis la crise est survenue, le 15 septembre 2008, avec la faillite de Lehman Brothers. Le secteur a été très sévèrement touché, et en 10 mois seulement Solic s’est retrouvée en redressement judiciaire, malgré trois plans sociaux successifs. Nous n’avions statistiquement que 2.5% de chances de survivre. Mais avec les collaborateurs restants nous nous sommes démenés et nous avons réussi à redresser la barre. Le juge qui a statué sur notre dossier a opté pour la continuation de l’activité. Aujourd’hui Solic est de nouveau une entreprise rentable, ce qui lui permet de faire face aux échéances de sa dette et de reprendre son développement. »

En juillet 2013, le même prétendait que «  l’entreprise se porte plutôt bien même si la conjoncture économique reste compliquée notamment dans les ressources humaines. Nous poursuivons le combat, nous remboursons nos dettes et nous espérons bien poursuivre l’aventure encore de nombreuses années. »[3]

Puis nous apprenons en 2014, la liquidation judiciaire[4] du cabinet Solic.

Les bilans publiés en 2010, 2011 et 2012 montrent que l’embellie a été de courte durée. Le chiffre d’affaire est passé de 3,9 millions d’euros en 2010 et 2011 à 2,5 millions d’euros en 2012 tandis que le résultat virait au rouge. En 2013, on devait donc être dans l’incantation, le déni de réalité et le mensonge de circonstance. Le redressement judiciaire s’est donc terminé par une liquidation judiciaire. Par la même occasion, les salariés restant ont dû être licenciés tandis que les débiteurs se retrouvent face à leur dette[5].

Selon les chiffres qu’il avait donnés dans son livre et repris dans ce dernier entretien, il rejoint donc les 97,5 % d’entreprises en cessation de paiement qui finissent en liquidation judiciaire.

Il serait intéressant, s’il en a la force, qu’il retrace sans fards, la période qui mène de la mise en redressement judiciaire à la liquidation de l’entreprise.

Une étude d’Altares[6], société spécialisée dans les informations sur les entreprises (filiale de Dun et Bradstreet) indique que, en France, sur les 50 à 60 000 défaillances annuelles d’entreprises, environ 1/3 fait l’objet d’une procédure conservatoire (redressement judiciaire – plus de 90% de ce tiers – ou plan de sauvegarde). Ces défaillances menacent en moyenne environ 200 000 emplois chaque année.

A travers les faillites d’entreprises, faillites qui s’accentuent pendant les crises périodiques, nous avons une forme de dévalorisation permanente du capital. Tandis que le patronat évalue à plus de 5 milliards d’euros les pertes subies par les entreprises créancières de sociétés faillies[7], une étude de l’IRDEME[8] évalue les pertes en capitaux propres dues aux disparitions d’entreprises à 13,5 milliards. Cette somme est par ailleurs bien plus faible que celle induite par les baisses de capitaux propres dues aux pertes de sociétés qui restent actives[9] (33,1 milliards).

[1] http://www.gpomag.fr/web/index.php/actu-gestion-finances/2509-ge-capital-sauve-lentreprise-solic-grace-a-une-solution-de-financement-originale

« Nicolas Doucerain, Président de Solic, se félicite quant à lui de cet accord : « Avec GE Capital Factofrance, nous avons trouvé un partenaire qui a su s’adapter à nos besoins très spécifiques, alors qu’aucune banque n’avait pu nous apporter de solutions. GE Capital a fait preuve d’innovation pour répondre à nos attentes. Grâce à cette solution, nous avons les outils et les ressources financières dont nous avons besoin pour conduire notre stratégie de croissance et envisager l’avenir avec un peu plus de sérénité. »

Aujourd’hui, la société Solic publie des résultats positifs sur les exercices 2010 et 2011, et se trouve en bonne voie pour sortir de sa période d’observation. »

« Son histoire interpelle les journalistes de BFM qui lui demandent d’apporter son témoignage. Coup de chance pour l’entrepreneur : le directeur général de GE Capital entend son histoire et décide de tout faire pour l’aider à développer de nouveau son entreprise. L’organisme de financement lui accorde des prêts visant à apporter un peu de souplesse au dirigeant dans la gestion de son BFR. Aujourd’hui l’entreprise renoue doucement avec la croissance… l »

http://www.dynamique-mag.com/actualite/lehman-brothers-n-aura-pas-eu sapeau.1443#sthash. ZiRoXa DN.dpuf

[2] http://www.contrepoints.org/2013/06/14/127833-nicolas-doucerain-chaque-decision-nuit-un-peu-plus -a-lemploi

[3] http://mapetiteentrepriseaconnulacrise.blogspot.fr/p/presentation-de-nicolas-doucerain.html

[4] http://www.rhadvisor.com/blog/liquidation-judiciaire-du-cabinet-solic.html

http://www.bilansgratuits.fr/entreprise/fiche/41849232800053.htm

http://www.infofaillite.fr/fr/liquidation-judiciaire/822334/solic.aspx

[5] On relève, sur le blog de notre capitaliste, ce libelle vengeur : « une petite entreprise qui a été liquidée début avril 2014 en mettant à la rue 25 salariés et en laissant une ardoise de 400k€ auprès de fournisseurs TPE PME …. Bravo le donneur de leçon !

Et dire qu’il se lance dans la politique !!! »

http://mapetiteentrepriseaconnulacrise.blogspot.fr/p/ presentation-de-nicolas-doucerain.html

[6] http://www.altares.fr/etudes/defaillances-dentreprises-en-france-3eme-trimestre-2014/

[7] Cf. Crise du capital, crise de l’entreprise, p.71

[8] http://www.irdeme.org/Pertes-en-capitaux-propres-des.html

[9] Selon nos estimations, à partir des données de l’étude, chaque année, plus du tiers des entreprises perdent de l’argent quand les autres font des profits.

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