Le cycle des crises aux Etats-Unis depuis 1929 (8) – Révision générale des données et deuxième trimestre 2017

Lire le texte complet (PDF) : crise_usa_8_Revision_Generale_2T

Le 28 juillet 2017, le BEA (Bureau of economic analysis) a publié une révision générale des données. Elle concerne les trois dernières années et donc nombre de phases du cycle puisque nous avons, jusqu’à présent, fixé le point de retournement de la période d’accumulation du cycle au troisième trimestre 2014. D’autre part, le 30 août 2017, le même organisme a publié les données du deuxième trimestre 2017.

Dans notre dernière note de conjoncture, les données montraient que la vague d’accélération  était terminée mais qu’une deuxième vague, juxtaposée à la première (ce qui aurait été un nouveau cas dans l’histoire des cycles), pouvait prendre forme. Les nouvelles données confirment largement l’arrêt de la vague d’accélération et infirment l’hypothèse d’une deuxième vague d’accélération suivant la première. D’autre part, nous assistons à une convergence des diverses séries de données. Cette unification conduit au même diagnostic, à savoir que la vague d’accélération synthétique, initiée, selon les nouvelles données, au premier trimestre 2015 est terminée. Avec cet arrêt, sauf révision ultérieure des données, nous devons conclure, pour suivre la méthode que nous avons dégagée de l’étude des cycles depuis 1929 et plus précisément depuis 1947, qu’un sous-cycle s’est achevé et qu’un nouveau sous-cycle est en cours.

Compte-tenu des données actualisées, cette vague a duré huit trimestres selon la méthode des moyennes mobiles et cinq trimestres selon la méthode de la tangente. Par conséquent, la vague d’accélération de synthèse, qui résulte de la confrontation des deux méthodes, est de cinq trimestres. Nous l’avons superposée à la vague issue des moyennes mobiles dans la série i/p sous la forme d’un surlignage des données en jaune.

Un autre fait significatif apparaît à la suite de cette révision générale : le point de retournement de la période d’accumulation est désormais identique pour toutes les séries. Il y a un peu plus d’un an, quand nous avons publié le livre qui analyse l’ensemble des cycles, la distribution des points de retournement était loin d’être aussi homogène. Le taux de profit général se retournait au deuxième trimestre 2013. Il en allait de même pour le rapport k/p. Quant au taux de plus-value général apparent, il avait atteint un apogée au troisième trimestre 2011. En restant fidèle à la méthode qui consiste à privilégier le rapport i/p qui désignait le quatrième trimestre 2014 comme point de retournement, nous étions bien plus près du résultat qui semble définitif pour cette partie du cycle. Il montre aussi à quel point l’avertissement que nous faisions au début du chapitre 9 de cet ouvrage, intitulé : « conclusion provisoire », était justifié[1].

Dans notre dernière note[2], nous avions déjà identifié la fin de la vague d’accélération. Cependant, une nouvelle vague consécutive de la première pouvait être anticipée. Les données révisées comme la publication des données propres au deuxième trimestre ont fait disparaître cette perspective. L’idée d’une nouvelle vague proche de la première, sans être pour autant concomitante, ne doit pas encore être complètement écartée car il existe encore des séries (en nombre réduit) où cette première vague continue. D’autre part, selon la méthode de la tangente, la quasi-totalité des séries sont entrées dans la vague d’accélération. Mais cette méthode rend très mal compte des différentes vagues. Nous devons donc conclure qu’un sous-cycle a pris fin en 2016 et qu’un autre sous-cycle a débuté. En tout état de cause, si nous appliquons la méthode issue de l’analyse des cycles aux données actuelles, une nouvelle vague d’accélération ne pourrait exister qu’à partir du troisième trimestre 2017 et se poursuivre, pour être confirmée, au quatrième trimestre 2017. La perspective d’une crise ne serait donc ouverte qu’à partir du premier trimestre 2018 (donc un semestre de plus que dans l’analyse précédente).

La fin de cette première vague d’accélération, la plus tardive jamais rencontrée dans l’histoire des cycles, rend d’autant plus difficile la prévision de la crise à venir et scelle la fin de la prévision d’une crise pour 2017 (ce qui était la perspective la plus probable sur la base des données antérieures).

Il nous faut maintenant attendre une nouvelle vague d’accélération. Seule la méthode des moyennes mobiles est susceptible, dans l’état de nos travaux, de la détecter. L’existence d’un cycle à vagues rend d’autant plus lancinante l’autre question que pose la méthode en ce qui concerne la prévision : la disponibilité à temps d’une information stable. D’autre part, le fait que s’éloigne temporairement la crise de surproduction ne doit pas pour autant faire oublier qu’une crise financière reste possible.

Dans le passé, nous avons identifié deux cycles à vagues : le cinquième et le huitième cycles.

Dans les grandes conclusions que nous avons tirées sur ces cycles, figure l’idée qu’il s’agit de cycles de transition vers de nouvelles formes de cycles. Il est encore trop tôt pour de telles conclusions. Par contre, nous devons déjà souligner qu’il s’agit d’un avortement de vague tardif. Pour la première fois, une vague d’accélération s’arrête alors que le cycle compte déjà parmi les plus longs de l’histoire. Dans les cycles qui n’ont qu’une seule vague d’accélération, la crise de surproduction survient à l’issue de cette vague. Les cycles avec plusieurs vagues peuvent être considérés comme des cycles avec autant de sous-cycles et souvent avec une crise intermédiaire laquelle peut d’ailleurs escompter la crise finale du cycle (le huitième cycle est caractéristique de cette situation).

Nous reprendrons dans nos prochains textes l’analyse de ces deux cycles à vagues à partir des données générales révisées.

Tandis que la plupart des organes officiels annoncent des perspectives favorables à l’accumulation du capital mondial, le bulletin d’analyse de conjoncture brésilien Critica da economia[3] qui s’appuie sur le fait que la productivité du travail a baissé en 2016, phénomène qui ne s’était pas reproduit depuis 1981, pense qu’une nouvelle crise doit arriver entre les deux réunions annuelles des banquiers centraux à Jackson hole[4] ; ce qui signifie une crise entre septembre 2017 et fin août 2018[5].

 

 

NOTES –

[1] « Les analyses précédentes et leurs annexes montrent, tout d’abord, qu’il faut être extrêmement prudent dans la manipulation des données fournies par l’administration américaine car, en un instant, à travers une révision des données, la physionomie d’une période peut être changée du tout au tout » (Robin Goodfellow, Le cycle des crises aux Etats-Unis depuis 1929, L’Harmattan, p.55). La note qui suivait illustrait le propos.

[2] [2] http://www.robingoodfellow.info/pagesfr/rubriques/crise_usa_7_Maj1T.htm

[3] http://criticadaeconomia.com.br/

[4] Les banquiers se réunissent au Jackson lake lodge, un hôtel situé dans le parc national du Grand Teton, dans la vallée de Jackson hole (Wyoming). En 1982, pour donner de l’ampleur à son symposium, la réserve fédérale de Kansas city, réussit à appâter Paul Volcker, alors Président de la banque centrale américaine et passionné de pêche à la mouche, en déplaçant son rendez-vous annuel à Jackson hole. Depuis, la réunion est devenue un point de rencontre du gratin des banques centrales internationales.

[5] “O tempo urge. Afinal, esta deve ser a última reunião de Jackson Hole antes da explosão de um inusitado choque global. A gigantesca espaçonave do capital global que decolou há 32 trimestres (cerca de oito anos) não parou de ganhar altitude. É uma das expansões cíclicas mais extensas dos últimos setenta anos. Resta confirmar se seus dias estão contados. » (Produtividade na economia dos EUA registra primeiro declínio anual desde 1981, 21/08/22017)

“Le temps presse. Cette réunion de Jackson Hole doit être la dernière avant l’explosion d’un choc global inédit. Le gigantesque vaiisseau spatial du capital global qui a décollé il y a 32 trimestres (près de huit années) n’a cessé de gagner de l’alttitude. C’est l’une des expansions cycliques les plus étendues des derniers soixante-dix ans. Il reste à confirmer si ses jours sont comptés.”

Publicités

La situation politique en France après les élections de 2017

EXTRAIT :

 » Venons-en donc à l’analyse de ce que représente, en France, le récent changement de l’équipe au pouvoir. La façon dont se recomposent les différentes fractions et expressions politiques n’est pas indifférente, sans bien sûr accorder crédit aux imbécillités des journalistes qui voient une « révolution » dans l’arrivée au pouvoir de Macron[1] et de des troupes.

Il n’en reste pas moins qu’il s’agit d’une reconfiguration du paysage politique qu’il importe d’analyser à l’aune de la situation du capitalisme en France, du capitalisme mondial et de la recomposition des rapports de force à l’échelle internationale. »

[1] Reproduisant ainsi l’enflure du discours de celui qui a intitulé son livre, précisément, « Révolution ».

Lire le texte en Pdf : Analyse France 2017-Robin Goodfellow

Crise : 7° mise à jour de la prévision

EXTRAIT.

« En revanche, si une deuxième vague d’accélération se confirme (nous le saurons le trimestre prochain sous réserve de révisions), nous devons décaler la prévision de la crise de quatre trimestres. Nous pouvons encore maintenir un maximum de probabilité pour une crise en 2017-2018. La perspective d’une crise serait dans ce cas ouverte dès le troisième trimestre 2017.

Du point de vue de la durée absolue des vagues d’accélération synthétiques, soit quatre trimestres en moyenne plus ou moins deux trimestres, nous obtenons donc une crise entre le troisième trimestre 2017 et le troisième trimestre 2018. Nous avons établi que la durée relative d’une vague d’accélération représentait de 1/12 à 1/3 de la durée du cycle avec une moyenne de 1/5 (cf. notre mise à jour numéro 3 consacrée à la précision des données). La prévision à partir d’une durée relative est rendue plus complexe du fait de la juxtaposition des deux vagues d’accélération. Si nous réunissons les deux vagues, ce qui serait logique en l’absence d’un sous-cycle, nous ne changeons pas la prévision et donc nous restons globalement dans l’épure 2017-2018. »

crise_usa_7_Maj1T

La critique marxiste de l’aliénation (1)

Avec ce premier texte, nous ouvrons un cycle de publications sur la mystification du capital, qui donnera lieu à l’édition d’un ouvrage. Ce premier texte aborde les définitions que donne Marx de l’aliénation.

En voici la conclusion :

« Toutes ces questions, pour complexes qu’elles soient, sont bien loin de ne constituer qu’une discussion « philosophique », sans répercussions concrètes sur la vie du prolétariat et surtout sur sa lutte. Voici comment le Manifeste du parti communiste de 1848, en des mots simples, dans la partie 2 (« Prolétaires et communistes »), résume tout l’enjeu de l’antagonisme entre capital et travail, antagonisme qui ne peut se résoudre que par l’abolition de la propriété privée : « Mais est-ce que le travail salarié, le travail du prolétaire, crée pour lui de la propriété ? Nullement. Il crée le capital, c’est-à-dire la propriété qui exploite le travail salarié, et qui ne peut s’accroître qu’à la condition de produire encore et encore du travail salarié, afin de l’exploiter de nouveau. Dans sa forme présente, la propriété se meut entre ces deux termes antinomiques ; le Capital et le Travail. Examinons les deux termes de cette antinomie. Etre capitaliste, c’est occuper non seulement une position purement personnelle, mais encore une position sociale dans la production. Le capital est un produit collectif : il ne peut être mis en mouvement que par l’activité en commun de beaucoup d’individus, et même, en dernière analyse, que par l’activité en commun de tous les individus, de toute la société. Le capital n’est donc pas une puissance personnelle ; c’est une puissance sociale. Dès lors, si le capital est transformé en propriété commune appartenant à tous les membres de la société, ce n’est pas une propriété personnelle qui se change en propriété commune. Seul le caractère social de la propriété change. Il perd son caractère de classe. » (Marx, Engels, Le manifeste du parti communiste, Editions sociales, 1983, p.p. 52-53)

On y voit très clairement : que le prolétariat, par son activité qui se renverse en son contraire, nourrit et reconstitue l’être qui l’exploite ; que cet être, personnifié par le capitaliste, est une puissance sociale ; que dans son développement antagonique, le rapport social capitaliste crée les conditions pour une socialisation des moyens de production, pour l’abolition de la propriété privée et pour une société sans classes.

La sortie de l’aliénation est bien une question POLITIQUE : c’est celle de la révolution prolétarienne.

LIRE ET TELECHARGER LE TEXTE : Marxisme_Alienation_1

 

Le cycle des crises aux États-Unis depuis 1929 (6) Mise à jour quatrième trimestre 2016

Le BEA (Bureau of economic analysis) américain vient de publier, fin mars 2017 les données du quatrième trimestre 2016. Le premier trimestre 2017 s’est terminé sans qu’aucune crise ne se soit manifestée. Nous avons déjà, dans notre livre, montré que ce décalage entre la disponibilité des données et la situation présente pouvait être un facteur de difficulté dans l’analyse. La longueur comme la langueur (l’une et l’autre étant liées) du cycle d’accumulation ont cependant compensé, pour le moment, cette difficulté éventuelle. Il n’y a pas eu d’autre révision ; les données jusqu’au troisième trimestre 2016 n’ont pas été modifiées.

La vague d’accélération de synthèse, celle qui résulte de la confrontation des deux méthodes que nous avons utilisées pour la déterminer entre (s’il s’avère qu’elle se poursuit) ainsi dans son sixième trimestre, ce qui égalerait le maximum absolu déjà observé lors de cycles passés.

Les données du quatrième trimestre 2016 conduisent à la même conclusion que celles du trimestre précédent. A la fois nous ne pouvons que maintenir la prévision d’une crise pour 2017-2018 avec une plus grande probabilité pour 2017 et en même temps les doutes sur la capacité de cette vague d’accélération à aller jusqu’au bout s’accumulent. Cependant, ce n’est pas la première fois qu’une vague d’accélération s’étiole avant la crise (c’est le cas du deuxième – 1949/1954 – ou du troisième cycles – 1954/1958[1]). A l’inverse, nous avons mis en évidence l’existence de cycles avec plusieurs vagues d’accélération (comme pour le huitième cycle – 1983/1991-). Les calculs à partir des courbes de tendance montrent également une divergence entre la courbe prévue et la courbe réelle. Les derniers calculs à partir de l’ensemble des données disponibles (et donc sujettes à révision) repoussent le point de départ de la vague d’accélération en 2017 et non au début de 2016 ce qui est le résultat obtenu à partir du jeu de données utilisé pour faire la prévision.

Les données à venir seront peut-être déterminantes pour l’évaluation de la suite du cycle. Si la vague d’accélération vient à s’arrêter, nous serions confrontés à un cycle à plusieurs vagues. Cependant, ce serait la première fois qu’une vague d’accélération intervenant aussi tard dans le cycle serait stoppée. Par ailleurs, même en cas d’avortement de cette vague, il est probable qu’une crise survienne dans la sphère financière. La présence d’une vague d’accélération intermédiaire est rarement gratuite. Par contre, une crise intermédiaire peut escompter la crise générale finale (c’était le cas du huitième cycle). Nous reviendrons sur les cycles à vagues, comme les cinquième et huitième cycles, pour en retenir les principales leçons.

Le 1er mars, l’indice boursier américain SP500 battait son record historique. Depuis la fin de l’année 2016, nous nous posons la question de la fin de cette hausse. Si la question est pertinente, elle ne peut avoir qu’une plus grande acuité. L’analyse du cycle du capital fictif essayera d’y répondre.

[1] Cf. Goodfellow Robin, Les cycles et crises aux Etats-Unis depuis 1929, L’Harmattan, 2016 pp.112-113

LIRE LE TEXTE : crise_usa_6_Maj4T

Penser et classer les sciences

EXTRAIT DE NOTRE TEXTE : DE LA RÉVOLUTION INDUSTRIELLE.
www.robingoodfellow.info/pagesfr/rubriques/Revolution_Industrielle.pdf

Le socialisme ne considère pas la science comme un ensemble indistinct. Il ne met pas, en science comme en politique, tout dans le même sac. Il analyse l’histoire des sciences, leur objet, leur évolution, leur méthode et notamment leur capacité à assimiler la dialectique. Plus celle-ci est nécessaire, parce que les lois du mouvement dans le domaine considéré y sont plus complexes, plus le domaine scientifique sera en retard. Le monde organique retarde donc sur le monde inorganique, la biologie retarde sur la mécanique.

Le socialisme envisage donc plusieurs approches de la science, sans pour autant séparer ces diverses formes d’appréhension.

Vu sous l’angle de leur histoire, le développement des sciences reste conditionné par celui de la production. L’astronomie vient en premier, car elle est particulièrement nécessaire aux peuples de pasteurs et d’agriculteurs qui, pour assurer la vie et la survie, doivent anticiper le cycle des saisons, à travers l’observation du cycle des astres, notamment le soleil et la lune. Le champ céleste est aussi celui qui s’impose le plus comme un vaste champ d’observation, y compris sans instrument (le télescope – encore ne s’agit-il que d’une forte lunette – ne sera inventé que par Galilée), mais il est aussi le plus impressionnant avec ses manifestations climatiques spectaculaires (foudre, tonnerre, éclipses) et suscite des explications mystiques. Les premières représentations religieuses sont basées sur des cosmogonies. Pour se perfectionner, l’astronomie a besoin des mathématiques. Celles-ci, conduites nécessairement vers l’abstraction de par leur méthode (abstraction d’ailleurs renforcée par leur histoire et les conceptions métaphysiciennes des mathématiciens) en viennent à oublier qu’elles tirent leurs concepts de la réalité. Les métaphysiciens s’étonnent ensuite, jusqu’à y voir la main de Dieu, devant le constat que les concepts produits par les mathématiques trouvent, parfois plus tard, une application dans la réalité. Les besoins de la ville, la construction des édifices, ainsi que la guerre et la navigation favorisent le développement de la mécanique laquelle a également besoin des mathématiques. De ce point de vue, on peut classer les sciences en fonction de leur utilisation des mathématiques. Nous retrouvons l’ordre de leur développement : astronomie, mécanique, physique, chimie, biologie.

Pendant longtemps, seules l’astronomie, la mécanique et les mathématiques connurent un véritable développement, même si évidemment d’autres modes de pensée comme la philosophie s’intéressaient aussi au développement naturel, comme chez Aristote ou Pline l’ancien par exemple. Avec la Renaissance qui marque véritablement le point de départ de l’étude scientifique de la nature, la physique se sépare de la chimie. Celle-ci aussi s’établit comme science, tandis que les sciences de la vie (physiologie, zoologie, botanique, paléontologie, etc.) prennent ensuite leur essor.

Au-delà de ce classement historique, une autre manière de considérer et de classer les sciences est de prendre en compte leur objet. De ce point de vue, le socialisme les classe en fonction des formes du mouvement :

1° La mécanique (y compris l’astronomie) agit au niveau des masses. L’objet de la mécanique est le mouvement des masses (aussi bien terrestres que célestes).

2° La physique s’en tient au mouvement moléculaire

3° La chimie est une physique des atomes. C’est la science des changements qualitatifs qui se produisent par suite d’un changement quantitatif.

4° Engels n’avait fait que pressentir le mouvement scientifique d’où naîtrait une nouvelle conception de la matière[1]. Ce mouvement sera assumé par les physiciens plutôt que par les chimistes[2], d’où son nom. Mais il relève de formes du mouvement et d’un niveau d’intervention bien différents de celui de la physique classique puisqu’il vise un niveau sub-atomique. C’est la physique atomique, la physique des particules. C’est dans cette révolution scientifique que l’on doit chercher le noyau de vérité que recouvre la « troisième révolution industrielle ».

5° Engels, également, faute de matériaux, sera conduit à relativement laisser de côté les formes du mouvement organique[3]. Le mouvement communiste, si prompt à répéter les idioties de la bourgeoisie, a pourtant là de quoi exercer sa sagacité en intégrant plus d’un siècle de développement scientifique.

Engels jugeait que, pour l’époque du philosophe, le classement réalisé par Hegel, était complet. Celui-ci distinguait le mécanisme, le chimisme et l’organisme. On peut mesurer le haut degré de parenté entre le classement de Hegel et celui d’Engels[4].

Ce classement ne doit pas laisser l’impression que les diverses sciences sont séparées. Il correspond à un classement des formes du mouvement, et leur disposition suit la succession qui est inhérente à ces formes. Cette succession ne doit pas être artificiellement dialectique comme le fait Hegel, mais doit découler du développement même de la forme du mouvement. Il n’est pas dans notre propos d’aller plus avant dans cet exposé des formes du mouvement. Cette ébauche n’a pas d’autre but que de montrer que, pour le socialisme, il existe une histoire de la science et des techniques. Celles-ci ne sont pas mises dans un grand tout indifférencié. La critique de la science[5], non seulement dans ses effets sociaux mais aussi dans ses présupposés méthodologiques qui les conduit à bien des hypothèses absurdes est un devoir du mouvement révolutionnaire. Cela ne passe pas par l’admiration béate pour les soi-disant « révolutions technologiques » dont la bourgeoisie aime habiller la féroce exploitation du prolétariat dont elle se nourrit, mais par un combat sans merci contre la bourgeoisie, son idéologie, sa science, et toujours, ses religions.
—————————-
[1] « Lorsque nous avons défini la physique comme la mécanique du mouvement moléculaire, nous n’avons pas perdu de vue que cette expression n’embrasse nullement dans sa totalité le domaine de la physique d’aujourd’hui. Au contraire. Les vibrations de l’éther [ce concept dans son acception mécaniste sera démenti par la théorie de la relativité NDR] qui interviennent dans les phénomènes de la lumière et du rayonnement calorique ne sont certainement pas des mouvements moléculaires au sens actuel du mot. (…) Néanmoins, dans les phénomènes électriques et calorifiques, ce sont derechef avant tout les mouvements moléculaires qui entrent en ligne de compte, et il ne peut en être autrement, tant que nous n’en savons pas plus sur l’éther. Mais lorsque nous en serons au point de pouvoir exposer la mécanique de l’éther, elle embrassera aussi mainte chose qui est aujourd’hui nécessairement rangée dans la physique » (Engels, Dialectique de la nature, Editions sociales, p. 113-114) et aussi « Toute la nature qui nous est accessible constitue un système, un ensemble cohérent de corps, étant admis que nous entendons par corps toutes les réalités matérielles, de l’astre à l’atome, voire à la particule d’éther dans la mesure où on admet qu’elle existe » (Engels, Dialectique de la nature, Editions sociales, p. 76)
[2] « La radioactivité relève, désormais de l’histoire de la physique. La chimie n’y intervient plus qu’à titre de technique, pour identifier les isotopes produits par transmutation. Il est toujours vain de tenter de refaire l’histoire, mais on doit, ici, marquer un point d’arrêt, spéculatif. Pour la première fois, chimie et physique ont été confrontées en même temps à une même énigme, et la chimie s’est trouvée finalement définie comme technique au service de questions posées par les physiciens. Il est difficile de ne pas voir dans l’acharnement avec lequel Marie Curie continua à purifier le radium pendant que Rutherford se lançait dans l’exploration du noyau atomique un point de bascule tout à la fois événementiel, symbolique et irréversible, c’est-à-dire historique. Car la distribution des rôles qui s’institue ainsi ne ratifie pas une différence préexistante, mais crée une nouvelle image de la physique » (Bernadette Bensaude-Vincent, Isabelle Stengers, Histoire de la chimie, Editions La Découverte).
[3] « Si donc nous voulons étudier ici la nature du mouvement, nous sommes obligés de laisser de côté les formes de mouvement organiques. Aussi nous limiterons nous par force, – étant donné l’état de la science, – aux formes de mouvement de la nature inanimée. » (Engels, Dialectique de la nature, Editions sociales, p. 75)
[4] « Le mécanisme, c’est le mouvement des masses ; le chimisme, le mouvement des molécules (car la physique y est aussi comprise et les deux font bien partie du même ordre) et des atomes ; l’organisme, c’est le mouvement de corps tel que l’un est inséparable de l’autre » (Engels, Dialectique de la nature, Editions sociales, p. 255)
[5] C’est ce que rappelait la gauche communiste d’Italie :
« Lançons donc le cri de guerre qui laisse perplexes tous ceux qui sont aveuglés par la force des lieux communs putrides : à bas la science. » (Programme du communisme intégral et théorie marxiste de la connaissance Réunion de Milan 1962).
« Alors la révolution, accompagnée de la vague des générations qui ne sont plus dénaturées par votre abrutissante société, révisera vos textes et vos formules, et elle enseignera la science nouvelle. Elle daignera vous expliquer votre histoire et votre « anti-histoire ». Elle n’emploiera pas pour cela une chaire, mais la force, et, s’il le faut, la Terreur ». (La vie dans le cosmos. 1962)
Citons aussi Lafargue « Les Haeckel du Darwinisme, qui pour mériter les bonnes grâces des capitalistes, ont voulu rabaisser la science au niveau d’une religion, n’ont que prouvé, ce que les socialistes savaient déjà, qu’en fait de servilisme les savants valent les prêtres; et qu’ils avaient bien agi, ces révolutionnaires du siècle dernier, qui avaient tranché la tête de Lavoisier ce père de la chimie moderne et ce complice des financiers qui ruinaient la révolution. Les Darwiniens de France, d’Allemagne et d’Angleterre ne réussiront pas à falsifier les enseignements de la science jusqu’à en faire des moyens d’oppression intellectuelle. La science a toujours été et continuera toujours à être révolutionnaire ; elle déracinera les préjugés semés à larges mains par la classe possédante pour soutenir son pouvoir chancelant. Cette théorie darwinienne, qui devait consacrer scientifiquement l’inégalité sociale, arme au contraire les matérialismes communistes avec de nouveaux arguments pour appeler à révolte les classes opprimées contre cette société barbare, où ceux qui sèment la richesse ne récoltent que la pauvreté, où toutes les récompenses sociales sont emportées par les plus incapables et les plus inutiles, où les lois de l’évolution organique sont ignorées, méconnues et contrecarrées.. » (Lafargue, Le matérialisme économique de Karl Marx, II le milieu naturel : théorie darwinienne, p. 5, Bibliothèque socialiste, Cours d’économie sociale.)
« Devant les désastres accumulés sur la France par cette guerre, devant son effondrement national et sa ruine financière, ces classes moyennes sentent que ce n’est pas la classe corrompue de ceux qui veulent être les négriers de la France, mais que ce sont seules les aspirations viriles et la puissance herculéenne de la classe ouvrière qui peuvent apporter le salut !
Elles sentent que seule la classe ouvrière peut les émanciper de la tyrannie des prêtres, faire de la science non plus un instrument de domination de classe, mais une force populaire, faire des savants eux-mêmes non plus des proxénètes des préjugés de classe, des parasites d’Etat à l’affût de bonnes places et des alliés du capital, mais de libres agents de la pensée ! La science ne peut jouer son rôle authentique que dans la République du Travail. » (Marx, Essais de rédaction de « La guerre civile en France »)

Le cycle des crises, changement de base

Les données publiées fin décembre 2016 par le BEA, reposent sur un changement de base qui  modifie l’ensemble des données depuis 1947. Les analyses n’en sont pas pour autant modifiées, car les tendances restent identiques. Les signaux contradictoires perçus lors de la dernière mise à jour sont effacés avec la nouvelle mise à jour.

La vague d’accélération synthétique, la dernière phase du cycle avant la crise de surproduction, définie selon la méthodologie déjà exposée dans les textes précédents, est entrée dans son quatrième trimestre. La perspective d’une crise de surproduction pour 2017-2018 demeure inchangée. Cette analyse est en parfaite opposition avec l’analyse officielle[1] de la banque centrale américaine, la FED, qui augure de perspectives favorables pour l’économie américaine et a, en conséquence, relevé les taux d’intérêts directeurs.

L’indice SP500 est toujours au plus haut. La Bourse qui soutenait Hillary Clinton s’est parfaitement accommodée de la victoire de Trump et a trouvé dans celle-ci de nouvelles voies de spéculation. La moyenne de l’indice boursier du mois de décembre est la plus élevée jamais enregistrée et un nouveau record historique a été battu le 13 décembre 2016 (2277,53).

Nous profiterons de ce nouveau commentaire pour introduire un début d’analyse du cycle de la rente foncière urbaine.

(…)

Les signaux contradictoires perçus en novembre 2016 ont disparu. La vague d’accélération se poursuit et nous maintenons la prévision d’une crise de surproduction pour 2017-2018 avec une plus forte probabilité sur 2017.

[1] Cependant, on ne peut pas exclure que cette hausse soit aussi, du moins pour une part, liée à la polémique ouverte par la critique de Trump envers la politique de la Fed, accusée de mener une politique favorable à l’élection de Clinton en maintenant des taux d’intérêt bas. Peut-être qu’une partie de la bourgeoisie spécule sur un échec de Trump qu’une nouvelle crise viendrait précipiter.

POUR LIRE LE TEXTE COMPLET : crise_usa_5_changement_base